publicat in Varia pe 5 Septembre 2019, 20:09
Jules était un jeune homme plein d’ambition. Il essayait tout le temps de se motiver pour dépasser ses propres limites. C’est ce qu’il avait appris de son père, de ne jamais s’arrêter, mais de faire toujours plus d’efforts pour devenir meilleur que les autres.
Plongé dans cet effort de s’auto-dépasser et dans un permanent esprit de compétition, Jules ne trouvait jamais de repos. Il projetait son propre perfectionnisme sur tout le monde. Personne autour de lui ne s’élevait à la hauteur de ses attentes. Tous étaient pour lui des gens ratés, des incompétents, des vantards. Il avait une très haute opinion de lui-même. Il faisait tout pour être remarqué par les autres, pour être applaudi et vénéré comme un grand initié aux mystères de la connaissance. Il soutenait, c’est vrai, ses airs de supériorité par un travail assidu, par des gestes surprenants de générosité, mais le tout seulement par souci d’être au-dessus de tous.
Les années passèrent et Jules remplit son CV d’une multitude d’exploits, l’un plus spectaculaire que l’autre. Il réussit à fonder des entreprises renommées, à changer des mentalités, à introduire de nouvelles tendances dans le domaine artistique, à découvrir des méthodes de recherche innovantes, et devint célèbre dans le monde entier.
À mesure que son CV devenait grandiose, sa vie était de plus en plus dépourvue de tranquillité et de joie. Il avait perdu sa famille et ses amis. Il ne faisait plus confiance à personne. Les relations avec les autres étaient sous le signe d’un rôle étranger à son âme, un rôle qu’il maîtrisait à la perfection. Il s’était complètement réfugié dans une tour d’ivoire où il avait atteint les sommets de l’amour de soi.
Vint aussi le moment de clore ce CV par une date triste gravée sur une pierre tombale, 01/01/01. Le dernier jour de sa vie, Jules prescrivit dans son testament, après avoir sincèrement passé toute son existence en revue, que l’on inscrive sur la croix en marbre noir comme la douleur de son âme, avec des lettres profondément gravées : « Orgueil, tu as ruiné ma vie ! »
P. Iosif Cristian Rădulescu