Les raisins de l’amour

publicat in Page des enfants pe 12 Septembre 2019, 05:21

Après les chaleurs de l’été, voici le doux mois de Septembre, celui des vendanges ! Dans certaines régions de France, les collines et les vallées étalent leurs rangées de ceps de vigne, couverts de feuilles nombreuses sous lesquelles s’abritent les grappes de raisin dorées ou noires et pleines de bon jus sucré. Qui ne se réjouit pas à la vue de ces beaux fruits déposés dans la corbeille et posée sur la table pour la joie de tous ? Qui ne désire pas, devant ces fruits généreux, approcher la main et cueillir un grain de raisin ?

Mais envolons-nous très loin d’ici, dans le grand pays d’Égypte, aux rares plaines fertiles, mais surtout où s’étirent à perte de vue les déserts de sable et de cailloux, les montagnes escarpées où se nichent de nombreuses grottes sombres et fraîches.

Nous voici en l’an 330 après la naissance de notre Seigneur Jésus Christ. En ce temps-là, loin du tumulte des villes, vivait un moine très humble et rempli de l’amour de Dieu qui s’appelait Abba Macaire. Il habitait dans une petite hutte et consacrait ses journées à la prière et au travail manuel en tressant des feuilles de palmier. 

Bientôt de nombreux moines se rassemblèrent autour de lui pour recevoir son enseignement et ses bons conseils. Il les accueillait fraternellement, si bien que quelques temps plus tard, il se constitua comme un village composé de huttes et d’ermitages où vivaient les moines. 

Plusieurs personnes qui habitaient les villages alentour rendaient visite au saint moine Macaire, dans le but de bénéficier du fruit de son amour pour eux, de ses saintes prières et de ses bons conseils. Sa renommée se répandait ainsi dans toute la région.

Un jour, des pèlerins vinrent au village des moines pour voir Abba Macaire. Ils avaient pris soin d’emporter avec eux un panier plein de raisins succulents et parfumés. Ils restèrent longtemps avec lui. Enfin, lorsqu’ils furent rassasiés de ses précieux conseils, sa présence pleine de douceur et d’attention, ils se décidèrent à le quitter et à prendre la longue route du retour.

Mais avant de sortir de la petite hutte, un des hôtes s’adressa au moine en lui tendant un panier.

- Ceci est pour toi, Abba. Nous savons que tu apprécies beaucoup le raisin. Garde-le, nous t’en prions !

Abba Macaire les remercia et tout en souriant il les reconduisit jusqu’à l’entrée du village.

Maintenant, au milieu de sa pauvre hutte trônait le panier avec ces superbes raisins. Quel cadeau rare en ce lieu désert !

Qui n’a pas eu le désir de tendre la main vers une grappe de raisin offerte avec amour et gratitude ?

- Ils doivent être succulents, se dit le saint moine et il voulut en goûter.

Mais tandis qu’il se penchait vers le panier, il vit de sa fenêtre les autres moines qui étaient au loin occupés à leurs travaux. Il fut pris de remords et son cœur se resserra imperceptiblement. Il se redressa doucement et se dit en lui-même :

- Il n’est pas juste que je garde ce raisin pour moi seul, alors que les autres pères n’en ont pas. Mieux vaut offrir ces fruits à Abba Pierre. Il est le plus âgé de nous tous et cela lui fera plaisir.

Et aussitôt dit, aussitôt fait !

Saint Macaire attrapa le panier et sortit de sa hutte. Il se rendit chez Abba Pierre. 

- Regarde Abba, dit Macaire avec un beau sourire, on vient de me remettre ces grappes. Je sais combien tu aimes manger le raisin. La paix soit avec toi. Tiens, il est à toi !

Oh, grand merci Abba ! Et que Dieu te bénisse ! Répondit le vieux moine.

Une fois Macaire sorti de la hutte, Abba Pierre se saisit d’une grappe. Mais à peine la grappe se trouva-t-elle dans sa main, qu’elle resta suspendue comme arrêtée hors du temps. Une pensée traversa son esprit :

- Oh là, un instant... Les autres pères n’en ont pas reçu... Et je prendrais ce raisin pour moi seul !Je sais qu’Abba Isidore aime le raisin... 

Et aussitôt dit, aussitôt fait ! 

Abba Pierre attrapa le panier et sortit de sa hutte. Il se rendit auprès d’Abba Isidore et lui présenta les belles grappes sucrées et juteuses.

- Abba, on vient juste de me donner ces grappes. La paix soit avec toi, garde-les. Je sais que tu aimes en manger.

- Oh, grand merci ! Et que Dieu te bénisse ! répondit Abba Isidore. 

Mais lui aussi ne les garda pas pour lui-même. Il se disait : 

- Il n’est pas juste que j’en profite tout seul lorsque mes frères peinent à leurs travaux et subissent la forte chaleur...

Et aussitôt dit, aussitôt fait !

Il prit le panier et s’en alla le présenter à un autre moine. Mais lui aussi en fit autant, et ainsi que le suivant ! Si bien que du matin jusqu’au coucher du soleil, le panier passa de mains en mains sans qu’aucun moine ne toucha à un seul grain de raisin ! Chacun se disait que le voisin en aurait plus besoin que lui. 

Et il en fut ainsi jusqu’au dernier moine qui habitait le village. Devant ce panier rempli de si beaux raisins, cet humble moine se dit aussi : 

- C’est péché que de les garder pour moi. J’en connais un auquel ces raisins feront un immense plaisir. 

Et aussitôt dit, aussitôt fait !

 Il attrapa le panier et sortit de sa hutte. Il se rendit prestement chez Abba Macaire et lui remit le fameux panier.

- Abba, je sais combien le raisin te plaît. Il t’est justement destiné. La paix soit avec toi ! Garde-le, je te prie.

Quand Abba Macaire vit le panier plein de raisins encore intact, il rendit grâces à Dieu qui avait rempli ce village de moines si pleins d’amour et de miséricorde !

C’est alors que surgirent dans sa cellule des visiteurs venus de très loin pour prendre sa bénédiction. Alors, débordant de joie, il leur dit :

- Prenez mes chers enfants, ces raisins de l’amour. Ces sont les fruits les plus rafraîchissants et les plus sucrés du monde !

Et une fois installés autour de lui, il leur raconta toute l’histoire et tout le monde en fut grandement touché et fortifié. Ils repartirent chez eux avec le désir ardent de vivre aussi cet amour, cette miséricorde qui sont les dons de Dieu et que nous pouvons demander de tout notre cœur dans nos prières.

Texte issu des « Paroles des Anciens » et librement adapté par Hélène Dragone