publicat in Synaxaire pe 9 Septembre 2019, 12:27
Sainte Kéthévan1 vécut dans une Géorgie déchirée par l’affrontement de ses deux puissants voisins : l’empire ottoman et la Perse de chah Abbas le Grand (1587-1629). La famille royale elle-même était divisée sur la politique à suivre. Certains princes avaient été élevés en Perse, d’autres en Turquie, ce qui entraînait des choix différents, souvent préjudiciables à leur patrie.
La princesse Kéthévan, qui descendait des Bagratides, famille royale du Kartli, avait épousé le fils aîné du roi Alexandre II de Kakhétie (au sud-est du Caucase), David. Ce dernier mourut après un règne très bref (1601), laissant un fils promis à un glorieux destin, Théimouraz, qui fut envoyé à la cour de Perse pour parfaire son éducation. Mais Constantin, le frère du défunt roi David, était un homme sans scrupule et plein d’ambition, qui s’était converti à l’islam chiite lors de son séjour en Perse. Sur la proposition du chah Abbas, il assassina son propre père, Alexandre, et son frère cadet, Georges, pour régner seul sur la Kakhétie. Une fois ce forfait accompli, il offrit à Kéthévan, de partager le trône avec lui. Refusant cet odieux marché, la pieuse reine rassembla une armée contre ce traître, qui fut tué dans la bataille. En 1606, le jeune Théimouraz, de retour de Perse, reçut la couronne. Son voisin, le roi de Kartli, Luarsab II, entretenait les meilleurs relations avec lui, car la même foi fervente les unissait.
En 1614, après de nombreux complots ourdis contre les deux rois chrétiens de Géorgie par le chah Abbas, ce dernier envahit leurs royaumes, déportant et massacrant les populations, profanant les églises et détruisant de ses propres mains les croix et les icônes. Luarsab et Théimouraz trouvèrent alors refuge auprès du roi Georges II d’Iméréthie (Géorgie occidentale), qui refusa de les livrer aux Perses. Cependant, par une ruse perfide, le chah s’empara de Luarsab et le fit enfermer dans une forteresse de Shiraz, où il mourut étranglé en 1622 après un long martyr2.
Pour réduire Théimouraz, chah Abbas avait envahi le territoire de Gandja en 1615. La reine Kéthévan, mère du malheureux souverain, se rendit alors à la cour de Perse accompagnée de ses jeunes petits-fils, Levan et Alexandre, afin de persuader le chah d’épargner la Géorgie. Abbas y consentit à condition de garder en otages les deux jeunes princes qu’il ordonna plus tard de castrer. L’aîné en mourut (1620), le plus jeune en perdit la raison.
Quant à la malheureuse Kéthévan, ayant refusé les propositions de mariage du chah, elle endura dix années de captivité, pendant lesquelles elle se prépara, par l’ascèse, à subir le martyre. Ayant refusé de se convertir à l’islam, elle fut soumise à de terribles tortures et son corps fut déchiré au moyen de crocs et de broches incandescentes. Avant chaque supplice, la sainte faisait le signe de la Croix, en disant : « Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Finalement, on lui riva sur la tête un chaudron rempli de charbons ardents, qui lui provoqua d’horribles souffrances, puis ses bourreaux l’achevèrent en l’étranglant au moyen d’une corde d’arc. Après ce glorieux martyre, qui eut lieu à Shiraz le 22 septembre 1624, on raconte que trois colonnes de lumière descendirent du ciel et se tinrent au-dessus de son corps. Celui-ci fut jeté dans les égouts de la ville, mais des chrétiens vinrent de nuit l’en retirer pour l’ensevelir dignement. Un an plus tard, des moines latins découvrir la tombe et cédèrent le crâne de sainte Kéthévan à son fils Théimouraz, qui avait été restauré sur le trône. La précieuse relique fut déposée dans l’église Saint-Georges d’Alaverdi, où elle est vénérée jusqu’à nos jours.
Synaxaire, Tome I, Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra
Notes :