publicat in Le monde intérieur pe 10 Avril 2019, 16:41
« Si par la foi en Christ, quelqu’un n’arrive pas à l’immortalité et à la victoire sur la mort, à quoi sert notre foi ? Si le Christ n’est pas ressuscité, cela veut dire que le péché et la mort n’ont pas été vaincus. Et si ces deux n’ont pas été vaincus, pourquoi croira-t-on au Christ ? (…) Mais le Christ a ressuscité et nous a fait don de l’immortalité. Sans cette vérité, le monde n’est qu’une exposition chaotique d’odieuses stupidités. C’est seulement par sa glorieuse Résurrection que notre merveilleux Seigneur et Dieu nous a libérés de l’absurdité et du désespoir. Car sans la Résurrection, il n’est ni dans le ciel ni sous le ciel, chose plus absurde que ce monde, que cette vie privée d’immortalité. (…) Pour nous, chrétiens, cette vie sur terre est une école où nous apprenons à nous assurer la vie éternelle. »
Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »
Depuis la chute d’Adam, l’homme porte sa propre destruction en lui-même comme une partie constitutive de son être, qu’il transmet à sa descendance. Ainsi nos parents terrestres nous donnent en même temps la vie et la mort : « L’homme commence à mourir, quand il commence à vivre » (Saint Nicodème l’Athonite, « La garde des cinq sens »).
Face au pouvoir total et invincible de la mort, d’autant plus terrifiant qu’il est absurde et arbitraire, n’obéit à aucune logique, à aucune loi, sauf la destruction implacable de tous les vivants, face à ce tyran sanguinaire et inhumain, qui règne à la surface de toute la terre, l’homme sans Dieu se trouve entièrement démuni et impuissant, privé de tout secours et de toute issue, de sorte que sa situation sur terre est semblable à celle d’un condamné à mort : « Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes, et tous condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et se regardant les uns et les autres avec douleur et sans espérance , attendent leur tour. C’est l’image de la condition des hommes » (Pascal, « Pensées »).
Une vie qui s’autodétruit à mesure que nous la vivons, et qui nous conduit inévitablement à la mort, ressemble à une maladie incurable et ne mérite pas le nom de vie . C’est pourquoi tous les êtres humains ressentent l’absence de la vie réelle, comme une soif et une faim qu’aucune chose de ce monde ne peut assouvir : « La soif, la faim, ces mots qui reviennent si souvent dans l’Évangile (…) désignent une vie finie ; la vie d’une chair telle que la nôtre, qui n’est pas capable de se suffire à elle-même (…), toujours dans le besoin, désirante et souffrante (…), une vie qui n’est pas son propre fondement. À elle s’oppose la vie infinie de Dieu » (Michel Henry, « Paroles du Christ »).
Jésus-Christ est venu sur terre pour abolir la tyrannie millénaire de la mort et nous apporter la vie infinie qui vient de Dieu et ne meurt jamais. Cette vie, le premier homme l’avait reçue de son Créateur – « il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant » (Gen. 2, 7) –, et l’avait perdue en obéissant à une volonté contraire à celle de Dieu, qui au lieu de lui donner la vie lui a donné la mort, le réduisant à l’état de matière inanimée, tel qu’il était avant d’avoir reçu le souffle de Dieu : l’homme retournera à la terre d’où il a été pris, car il n’est que poussière et retournera dans la poussière (Cf. Gen. 3, 19).
Désormais, l’homme tombera sous la domination de la mort, qui n’est qu’un autre nom du diable, l’ennemi de Dieu et de la Vie, qui « a été meurtrier dès le commencement » (Jean 8, 44) et « qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt. 10, 28). La Résurrection du Christ détruit la domination du diable et de la mort sur l’humanité déchue, car elle a le pouvoir de ressusciter l’âme et le corps de tous les hommes au royaume des cieux : « Par Sa Résurrection, Il nous a tous ressuscités » (Métropolite Joseph, « Sur le chemin de la Croix avec le Christ, vers la Résurrection » ).
Ainsi, de même que la mort est un autre nom du diable, la Vie est un autre nom du Christ : « Moi, je suis la résurrection et la vie » (Jn. 11, 25). C’est pourquoi « être chrétien, croire au Christ, signifie et a toujours signifié ceci : savoir (…) que le Christ est la Vie de toute vie, que c’est lui la Vie, et par conséquent ma vie » (Père Alexandre Schmemann, « Pour la vie du monde »).
Celui qui ne croit pas au Christ et à Sa Résurrection, ne croit pas à la Vie, et fait allégeance à l’ennemi de la Vie, car « celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc. 11, 23).
Ainsi, les sociétés modernes où prédominent l’incroyance ou l’indifférence religieuse et la vision matérialiste du monde, se situent dans le camp des ennemis du Christ et de la Vie. Les sciences matérialistes sont devenues les divinités du monde moderne, dont les grands prêtres prêchent la toute-puissance du néant et de la mort, en nous assurant que nous ne sommes qu’une poussière de cellules et d’atomes qui retournera dans la poussière de la matière inanimée : « Dans le passé, ce fut un présupposé évident que tout ce qui était, devait sa vie à la volonté créatrice d’un Dieu spirituel. (…) Aujourd’hui ce n’est pas la force de l’âme qui s’édifie un corps, mais au contraire, la matière qui par son chimisme engendre une âme. (…) Qu’est-ce donc au fond que cette matière toute-puissante ? C’est encore un Dieu créateur, mais dépouillé cette fois de son anthropomorphisme » (C.-G. Jung, « L’homme à la découverte de son âme »).
En effet, un monde sans Dieu est un monde sans l’homme et sans âme, où « les choses sont tout entières ce qu’elles paraissent être – et derrière elles… il n’y a rien » (J.-P. Sartre, « La nausée »). Le monde devient ainsi « un milieu d’extériorité pure », puisque « tout ce qui se montre et devient visible en lui se montre comme extérieur, comme autre que nous, comme différent de nous » et aussi « comme totalement indifférent (…), dans une neutralité terrifiante. Ce sont des faits et dans leur objectivité – cette objectivité dont la modernité et ses sciences sont si fières – tous ces faits sont équivalents. (…) Réduit à son extériorité, le monde n’est qu’un milieu vide, un horizon privé de contenu ». L’homme devient alors « semblable au voyageur accoudé à la fenêtre d’un train, qui se borne à découvrir ce qui défile devant son regard impuissant » (Michel Henry, op. cit.).
Si le train de notre voyage sur terre prend une direction contraire à la voie du Christ, il nous conduira à coup sûr – avec une précision scientifique ! – à la mort. Car sans la Résurrection du Christ qui a rouvert aux hommes la voie de la vie éternelle, la terre ne serait qu’un camp de la mort, un Auschwitz à l’échelle planétaire. Un monde sans Dieu est, en effet, semblable à une chambre à gaz où l’âme humaine ne peut respirer et vivre : « Sans foi, on ne peut pas vivre » (L. N. Tolstoï – « Confession »). Car « l’Esprit de Dieu est pour l’âme ce que l’âme est pour le corps. Donc, de même que le corps est mort lorsque l’âme n’est pas en lui, l’âme est morte lorsqu’il n’y a pas en elle l’Esprit de Dieu » (Saint Tikhon de Zadonsk – « Les devoirs du chrétien envers lui-même »). C’est pourquoi « la religion constitue une attitude instinctive propre à l’homme » (C.-G. Jung, « Présent et avenir »), au même titre que l’instinct biologique, qui en cas de danger, nous dicte de sauver notre vie.
Car l’âme de l’homme qui, avant la chute d’Adam, avait connu Dieu et la vraie vie qui vient de Lui, ressent de manière instinctive – malgré la certitude scientifique de la mort corporelle –, que « le but de notre vie n’est pas la mort mais la vie que nous avons reçue de Celui qui est la Vie elle-même » (Métropolite Joseph, « La Résurrection du Christ – lumière de l’amour divin »).
La Résurrection du Christ n’est pas seulement un fait historique qui a ouvert une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, mais une Résurrection éternelle qui doit avoir lieu dans le cœur de chacun de nous et constituer le but suprême de notre existence, afin que notre passage sur terre soit un chemin de vie et non de mort, car « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mt. 22, 32). Ainsi la Résurrection du Christ sera dès maintenant une source de vie éternelle, qui nous donnera la force et le courage d’affronter toutes les épreuves et les souffrances de l’existence terrestre, et la mort elle-même, car « dans le Christ toutes choses en ce monde (…) deviennent une ascension, une entrée vers et dans cette nouvelle vie (…) ; la défaite de l’homme, sa mort même, deviennent chemin vers la Vie » (Père Alexandre Schmemann, op. cit.).
Celui qui croit à la Résurrection du Christ et la reçoit dans son cœur et dans son esprit, connaît tout ce que l’homme doit connaître pour être sauvé, et que l’on ne peut connaître que par la foi : « Je sais que, dans le Christ, ce grand passage, la « Pâques » du monde a commencé, je sais que la lumière du « monde à venir » nous vient dans la joie et la paix de l’Esprit-Saint, car le Christ est ressuscité et c’est le règne de la vie » (Père Alexandre Schmemann, op. cit.).