publicat in Varia pe 5 Avril 2019, 16:21
« Les prêtres sont des voleurs ! » C’est avec ces paroles qu’est venu prendre la lumière, pendant la Nuit de la Résurrection, un homme d’une trentaine d’années, mécontent d’avoir été obligé de sortir de sa poche quelques pièces et acheter la veilleuse qu’il voulait ramener allumée à la maison. Le prêtre le regarda dans les yeux troublés par la colère et continua à chanter, d’une voix joyeuse « Le Christ est ressuscité ». Rien ne pouvait lui enlever la paix et la joie que lui donnait le Christ en ces moments-là.
Les années passèrent. Les cheveux du père brillaient d’un blanc beau comme son âme. Il était en train de se préparer pour la Divine Liturgie de la Nuit de la Résurrection, lorsqu’il vit, à la porte de gauche du sanctuaire, un homme au cœur brisé de douleur qui venait apporter son offrande pour l’office qui allait commencer. Il offrit une bougie, la prosphore et le diptyque, les mains tremblantes, et disparut dans la foule en habits de fête.
La Divine Liturgie commença et la voix priante de notre père remplissait non seulement l’église mais aussi les cœurs des fidèles. À la fin du majestueux office, chaque fidèle s’approcha pour embrasser le Saint Évangile et prendre la bénédiction du prêtre. Parmi eux, il y avait aussi l’homme aux mains tremblantes et aux yeux mouillés de larmes qui semblaient éviter le regard du père.
Le père serra sa main avec force et lui dit à voix basse :
– Restez quelques moments pour parler un peu.
L’homme le remercia et se retira dans un coin de l’église. Après avoir fini de saluer et de donner la bénédiction à la foule de gens qui attendait pour partager avec lui la joie de la Résurrection, le prêtre s’approcha de l’homme et lui demanda d’une voix douce :
– Qu’est-ce qui t’afflige, mon très cher ?
Des pleurs sonores retentirent lorsque l’homme entendit ces paroles, qui le frappèrent comme ouvrant une ancienne blessure. La bonté de l’accueil lui faisait mal. Et il avait mal en revoyant les images si vives encore de cette Nuit de la Résurrection qu’il avait passée dans l’église. Il réussit à dire, d’une voix suffoquée par l’émotion :
– Père, il y a beaucoup d’années je suis venu dans cette église et j’ai voulu gâcher votre fête. Je vous ai injurié, je vous ai traité de voleur, menteur, malin et bien d’autres. Ces moments sont restés gravés dans mon esprit et dans mon cœur depuis, mais aujourd’hui cela fait plus mal que jamais.
– Pourquoi aujourd’hui ? demanda le père avec discrétion.
– Parce qu’aujourd’hui, mon père, je suis venu allumer une bougie non pas pour la ramener à la maison, mais pour la mettre sur la tombe de ma femme.
Le père l’embrassa et lui dit :
– Cette nuit, il n’y a pas de mort, ni de morts ! Il y a seulement la lumière de la Résurrection du Christ !
Ensuite il offrit à l’homme un œuf rouge et l’invita à le choquer avec le sien.
– Le Christ est ressuscité !
– En vérité Il est ressuscité ! répondit l’homme en essayant d’esquisser un sourire. Mais son sourire se fit plus large. Pour lui, renaissait l’espoir de rencontrer à nouveau sa femme bien-aimée, qu’il sentait maintenant se réjouir de la lumière de la Résurrection, beaucoup plus que de celle de la bougie qu’il tenait avec soin pour qu’elle ne s’éteigne pas.
Il quitta le père avec reconnaissance et d’un pas rapide il sortit de l’église. Peu après, il pénétra dans le cimetière rempli de la lumière des bougies et arriva devant la tombe couverte de roses blanches, sur la croix de laquelle on avait inscrit « Ici gît la servante de Dieu Anastassia ». Timidement, il posa la veilleuse qu’il avait amenée de l’église, et se mit à genoux. Son cœur battait avec force et la nostalgie descendait en flots sur la pierre qui semblait devenir vivante.
– Anastassia, pendant cette nuit sainte j’ai enfin compris pourquoi les prêtres sont des voleurs. Cette nuit, le père a volé mon cœur et l’a caché dans la joie de la Résurrection..., chuchota Pierre, comme s’il voulait être entendu seulement par Anastassia.
Il se leva après avoir longuement prié, et observa autour de lui quelques tombes qui restaient silencieuses dans la nuit sombre. Il sortit de sa poche une poignée de bougies et commença à les allumer une à une sur chaque tombe, en prononçant avec joie à chaque fois « Le Christ est ressuscité ! », et il semblait attendre une réponse des âmes de ceux à qui il venait d’offrir une lumière de sa propre lumière.