publicat in L’évangile au Monastère pe 17 Janvier 2019, 12:32
D’abord naissent dans l’âme de ceux qui combattent, les pensées passionnées, puis les passions se montrent, et alors elles sont anéanties. Mais nous qui commettons le péché et entretenons toujours les passions, nous ne savons pas quand naissent les pensées passionnées, ni quand se dévoilent les passions pour combattre contre elles. Nous sommes encore en bas, en Égypte, misérablement occupés à faire des briques pour Pharaon. Qui nous donnera de prendre au moins conscience de notre amère servitude, afin d’en être humiliés et de faire effort pour obtenir miséricorde ?
Quand les fils d’Israël étaient en Égypte au service de Pharaon, ils faisaient de la brique. Or ceux qui font des briques sont constamment courbés, le regard fixé sur la terre. De même si l’âme est asservie au diable et commet le péché, le diable foule aux pieds son entendement, lui interdit toute pensée spirituelle et la contraint à toujours considérer et accomplir les choses terrestres.
Et quand Dieu envoya Moïse pour les faire sortir d’Égypte et les délivrer de la servitude de Pharaon, celui-ci rendit plus lourds encore leurs travaux et leur dit : « Vous êtes des paresseux, des paresseux ! Voilà pourquoi vous dites : Allons offrir des sacrifices au Seigneur notre Dieu ». De même quand le diable voit que Dieu s’est penché sur une âme pour lui faire miséricorde et la soulager de ses passions, soit par sa parole, soit par l’un de ses serviteurs, alors lui aussi l’accable davantage sous le poids des passions et l’attaque avec plus de violence. Sachant cela, les Pères fortifient l’homme de leurs enseignements et ne le laissent pas s’effrayer. L’un dit : « Es-tu tombé ? Relève-toi. Tombes-tu de nouveau ? Relève-toi encore ». Un autre déclare : « La force de ceux qui veulent acquérir les vertus consiste à ne pas se décourager quand ils tombent, mais à reprendre leur résolution ». Bref, chacun à sa manière, d’une façon ou d’une autre, tend la main à ceux qui sont combattus et tourmentés par l’ennemi.
Quand, sous la conduite de Moïse, les fils d’Israël eurent quitté l’Égypte et passé la mer Rouge, Dieu, voulant les faire aller aux soixante-dix palmiers et aux douze sources d’eau, les mena d’abord à Méra, et le peuple se désola de ne pas trouver à boire, parce que l’eau était amère. Puis, de Méra, Dieu les conduisit à l’emplacement des soixante-dix palmiers et des douze sources d’eau.
Ainsi l’âme qui a cessé de commettre le péché et traversé la mer spirituelle, doit d’abord peiner dans la lutte et de multiples afflictions ; et c’est ainsi, à travers les épreuves, qu’elle entrera dans le saint repos. Car les épreuves amènent la miséricorde de Dieu sur l’âme, tout comme les vents déclenchent la pluie. Mais la pluie trop fréquente fait pourrir le bourgeon encore tendre et détruit son fruit, tandis que les vents le font peu à peu sécher et lui rendent vigueur ; il en est ainsi pour l’âme : le relâchement, l’insouciance et le repos l’amollissent et la dissipent ; les tentations au contraire la recueillent et l’unissent à Dieu.
Saint Dorothée de Gaza, « Saint Dorothée de Gaza - Œuvres complètes - Instruction 13 », 145-148.