publicat in Homélies et sermons pe 9 Janvier 2019, 11:36
Arrêtons le mal dans sa naissance, en cherchant tous les moyens de bannir la colère de nos âmes. Par-là, nous pourrons détourner beaucoup de maux en coupant cette passion qui en est la racine et le principe. On vous a injurié ! répondez des choses honnêtes. On vous a frappé ! endurez-le.
On vous méprise, on vous regarde comme un homme de rien ! songez que vous êtes sorti de la terre et que vous vous en retournerez dans la terre (Gn 3, 19). Si vous vous prémunissez de ces raisons, les reproches les plus injurieux vous paraîtront au-dessous de la vérité. Vous réduirez votre ennemi à l’impuissance de se venger en vous montrant invulnérable aux invectives, et vous vous procurerez à vous-même une grande couronne de patience, en faisant servir la folie d’autrui à votre vertu. Si donc vous m’en croyez, vous renchérirez vous-même sur les injures qu’on vous adresse. On vous reproche d’être d’une naissance basse et obscure, d’être un homme de rien ! dites-vous à vous-même que vous êtes cendre et poussière (Gn 18, 7). Vous n’êtes pas plus illustre que notre père Abraham qui s’est traité lui-même de la sorte. On dit que vous n’êtes qu’un ignorant, un pauvre, un misérable ! dites comme David que vous n’êtes qu’un ver de terre sorti de la boue (Ps 21, 7). Imitez la générosité de Moïse, qui, attaqué par les discours offensants d’Aaron et de Marie, loin d’implorer contre eux le Seigneur, le pria pour eux (Nb 12). De qui voulez-vous être le disciple ? est-ce des amis d’un Dieu de bonté ou des esclaves d’un esprit de malice ? Lorsque vous êtes exposé à la tentation de renvoyer des injures, croyez qu’on vous éprouve, qu’on veut savoir si vous vous approcherez de Dieu par la patience, ou si vous vous rangerez du côté de son ennemi par la colère. Donnez-vous le temps de délibérer et de choisir le bon parti. Ou vous apaiserez votre ennemi par un exemple de douceur, ou vous vous en vengerez par le mépris de ses outrages. Eh ! qu’y aurait-il pour lui de plus chagrinant que de vous voir au-dessus de ses insultes ? Ne laissez pas abattre votre courage ; rougissez d’être dompté par un homme qui éclate contre vous en invectives. Laissez-le crier en vain, et se livrer à tout son dépit. Quand on frappe un homme qui ne sent rien, on se punit soi-même, parce qu’on ne se venge pas de son ennemi et qu’on persiste dans sa colère. Ainsi, quand on injurie un homme qui est au-dessus des injures, loin de trouver à satisfaire son ressentiment, on sent son dépit s’accroître. La différence de conduite vous attire à vous et à votre adversaire des noms différents. Dans l’esprit de tout le monde, lui est un homme porté à injurier, vous, une âme grande ; lui, un homme violent et emporté, vous, un homme doux et paisible. Il se repentira de ses discours, vous, vous ne vous repentirez jamais de votre vertu. Qu’est-il besoin de s’étendre ? ses injures lui ferment le Royaume des cieux ; car « les médisants ne participeront point au Royaume du ciel » (1 Co 6, 10) ; vous, votre silence vous prépare ce même Royaume ; car « celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (Mt 10, 21).