La lampe sur le chandelier

publicat in Hymnographie et philocalie pe 9 Juillet 2018, 13:13

La lampe placée sur le chandelier, dont parle l’Écriture, c’est notre Seigneur Jésus Christ, véritable lumière du Père, qui éclaire tout homme venant au monde. En prenant notre chair à nous, Il est devenu et s’est appelé « lampe », c’est-à-dire Sagesse et Parole du Père selon sa nature, et Il est proclamé dans l’Église de Dieu par la piété et par la foi. Glorifié et manifesté parmi les nations par l’exemple de la vie et la fidélité à ses commandements, Il brille pour tous ceux qui sont dans la maison, c’est-à-dire pour ce monde. C’est ce que dit la Parole même de Dieu : On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le chandelier, afin d’éclairer tous ceux qui sont dans la maison (Mt 5, 15).

Comme on le voit, Il se nomme Lui-même lampe, car Il est Dieu par nature et s’est fait chair dans l’économie du salut. C’est à cela, me semble-t-il, que pensait le grand David, lorsqu’il disait en parlant du Seigneur : Une lumière sur mes pas, telle est ta parole, une lumière sur ma route (Ps 119, 105).

Notre Sauveur et notre Dieu nous délivre des ténèbres de l’ignorance et du mal, c’est pourquoi Il est appelé « lampe » dans l’Écriture. En dissipant comme une lampe l’obscurité de l’ignorance et les ombres du péché, Lui seul est devenu pour tous le chemin du salut. Par la connaissance et la vertu, Il mène au Père ceux qui veulent parcourir avec Lui, comme un chemin de justice, la voie des commandements divins.

Quant au chandelier, c’est la sainte Église. C’est sur sa prédication que repose la Parole lumineuse de Dieu, qui éclaire les hommes du monde entier comme les habitants de sa maison, et remplit tous les esprits de la connaissance de Dieu.

La Parole ne veut nullement demeurer sous le boisseau ; elle désire être mise bien en évidence, au sommet de l’Église. Dissimulée sous la lettre de la loi comme sous le boisseau, la Parole aurait privé tous les hommes de la lumière éternelle. Elle n’aurait pu donner la contemplation spirituelle à ceux qui cherchent à se dégager de la séduction des sens capables d’illusion et prompts à recevoir seulement les choses passagères inhérentes à la matière. Mais, placée sur le chandelier qu’est l’Église, c’est-à-dire fondée sur le culte en esprit et en vérité, elle éclaire tous les hommes. Car la lettre, si elle n’est pas comprise selon l’esprit, n’a que la valeur sensible et limitée de son expression et elle ne permet pas à l’intelligence de saisir la portée de ce qui est écrit.

Ne plaçons donc pas sous le boisseau, par nos pensées et nos actions, la lampe allumée, c’est-à-dire la Parole qui éclaire l’intelligence, afin de n’être pas coupables de dissimuler sous la lettre la force incompréhensible de la Sagesse. Plaçons-la plutôt sur le chandelier qu’est l’Église, au sommet de la vraie contemplation qui fait luire pour tous la lumière de la révélation divine.

Maxime le Confesseur, Question 63 à Thalassius,  PG 90, 667, 670.