publicat in L’évangile au Monastère pe 17 Mars 2018, 16:22
Les animaux au service de Dieu (II)
On se souvient du lion providentiel qui creusa la tombe de Sainte Marie l’Égyptienne car Saint Zossima n’en avait pas la force. Ce fait existe de nombreuses fois dans le synaxaire. Ainsi, ce furent deux lions qui vinrent aider de leurs griffes Saint Antoine le Grand à creuser une fosse pour y déposer le corps de Saint Paul de Thèbes. Le lion considéré comme le roi des animaux, a aussi servi de monture au jeune Saint Mammas. Le corbeau, quant à lui, est souvent chargé d’apporter de la nourriture aux anachorètes – on pense immédiatement au prophète Élie. Cette obédience si bien accomplie par cet oiseau, est d’autant plus inattendue qu’il est vorace, intelligent à trouver toutes sortes de pitances qu’il ne se gêne pas d’arracher à d’autres volatiles ou même à des confrères plus faibles que lui. Dans l’Ancien Testament, il y a ce récit étonnant de l’ânesse qui sauva Balaam de l’épée de l’Ange du Seigneur par trois fois, en se faisant injustement battre par son maître, jusqu’à ce que Yahvé ouvre la bouche de l’animal… exemple émouvant d’un animal fidèle qui sauve son maître de la mort en dépit des mauvais coups. (Nb, XXII, 22-35). Les récits d’animaux au service de Dieu foisonnent.
Les animaux au service de l’homme (I)
Saint Païssios de l’Athos et les animaux
Ce Saint tout proche de nous (né au Ciel en 1994) avait une grande familiarité avec les animaux, et son amour pour eux concernait particulièrement les animaux sauvages qui, à leur tour, ressentaient son amour et l’approchaient. Voire le servaient.
Un faon venait manger dans sa main et il lui peignit une croix sur le front pour avertir les chasseurs, en les priant de ne pas chasser près du monastère. Hélas, un chasseur désobéit à cette injonction et le tua. Saint Païssios en fut grandement peiné.
Dans la forêt près de son monastère vivaient des ours. Il racontait que l’ours fait le fanfaron pour ne pas montrer qu’il a peur mais qu’après il s’enfuit. Il en venait souvent un que le Saint nourrissait. Il l’avertissait de ne pas se montrer quand il y avait du monde au monastère pour ne pas effrayer les gens. « Ne te montre pas demain en bas… sinon je te prendrai par l’oreille et je t’enfermerai dans l’étable ! » Il arrivait à l’animal de désobéir. Ainsi, une fidèle le prit pour un gros chien un soir où elle venait à l’office, et Saint Païssios la détrompa en riant. L’un d’entre eux, se trouvant sur un étroit sentier, se blottit à l’une des extrémités pour laisser passer le Saint et son âne chargé. Mais Saint Païssios lui fit signe de passer en premier… et qu’arriva-t-il ? L’ours étendit la patte et toucha la main du Saint pour qu’il passe en premier !
L’histoire suivante témoigne aussi de sa familiarité avec les serpents, et comment l’un d’entre eux vint à son aide. Des prêtres de paroisses étaient venus lui demander comment traiter ceux qui se confessent. Ils voulaient respecter les canons avec rigueur, sans discernement. Le Saint leur recommanda la clémence et la charité : « Puisque nous devons même traiter les serpents avec charité, c’est aussi vrai pour les hommes ». À ce moment-là un gros serpent vint à côté de lui et se dressa, comme pour étayer sa parole. Les confesseurs en furent stupéfaits mais aussi totalement convaincus par cet étrange plaidoyer !
Le Saint s’était lié d’amitié avec un rouge-gorge quand il allait prier le chapelet sur une hauteur. Il lui donna le nom de « Oueled » qui veut dire en Bédouin, enfant. Dès qu’il l’appelait, Oueled venait se percher sur son épaule puis mangeait dans sa main. Il lui laissait de la nourriture sur une dalle. Saint Païssios racontait : « Voilà 5 ans que je suis l’ami de Oueled. Un jour que j’étais malade, il ne mangea pas la nourriture que je lui avais laissée, mais vint voir ce qui se passait. Le pauvre m’émut. Ils se rendent compte des dispositions des hommes et s’approchent en conséquence. Ils tiennent l’homme pour leur dieu. C’est pourquoi l’homme se doit de les aimer, car ils n’attendent pas d’autre paradis. »
Voilà l’interaction entre l’homme et l’animal, ce dernier soumis, prêt à servir et à aimer quand il sent un respect et un amour qui lui donnent sa juste place dans la création.
Extraits adaptés de « L’Ancien Païssios de la Sainte Montagne »,
Hiéromoine Isaac, Éd. l’Âge d’Homme, Anne Monney