Souvenirs des débuts... jusqu’à présent…

publicat in Anniversaire pe 7 Mars 2018, 05:13

Pour être sincère, il m’est difficile d’écrire ces lignes, et si j’ai accepté de le faire, c’est tant par reconnaissance envers Son Éminence notre Père Joseph, que par amour pour ceux qui se sont trouvés dès le début à ses côtés – une sorte de « vieille garde » ou peut-être une « Garde blanche » comme dans le roman de Boulgakov, errant à travers l’hiver et le blizzard sans savoir où elle se dirigeait avant de rencontrer Son Éminence.

Quand ai-je rencontré pour la première fois Monseigneur Joseph ? Je ne sais plus exactement... cela a dû être vers novembre ou décembre 1997, dans la maison de nos bons amis Ovidiu et Cristina Milea. Il était avec le Père Cyprien (désormais Monseigneur Silouane), que j’avais déjà rencontré au monastère de Bussy-en-Othe, et ma première impression fut : « Sancho, vois-tu comment le sort nous emmène / à travers des pays de pierre ? » D’un point de vue spirituel il en était ainsi, ils étaient des missionnaires envoyés vers les pays de pierre de nos cœurs ! Je peux dire qu’ils n’étaient pas comme les autres ecclésiastiques auxquels nous étions habitués. Pourquoi ? La première chose qui me surprit fut leur manière de chanter : plus juste, plus directe, plus calme, en tous points différente des paroisses que j’avais connues auparavant, où un « Seigneur, aie pitié » durait deux fois plus que la normale ; et tous ressentions cela. Ils étaient d’une autre génération, d’une autre région du pays, mais non seulement : ils étaient remplis de grâce, une grâce qu’ils réussirent à nous transmettre.

Le scénographe Petrică Ionescu avait construit dans la cour de sa maison de Villiers-sur-Marne, dans un abri de jardin, une chapelle à laquelle il avait ajouté une tour en verre : celle-ci conférait au petit local de 10 m2 un aspect tout à fait spécial : « Adonaï en remerciant les choses humbles / est monté au ciel, au-delà des choses de la nature ». C’est là qu’aux côtés du Père Joseph, nous avons célébré l’office de Noël en 1997. La chapelle, aux soins de Silvia Jarnea, la mère de Mihaela Ionescu, fut donc la première cathédrale de Monseigneur !

Le dimanche 15 mars 1998, le Père Joseph fut ordonné archevêque dans la Cathédrale orthodoxe grecque « Saint-Étienne » de Paris. La cérémonie fut impressionnante : la synaxe des prêtres, diacres, la solennité du moment, tout comme le grand nombre de fidèles, en firent un événement inoubliable. Aussitôt après, s’est posé le problème de trouver une église où il puisse célébrer, la communauté roumaine de Paris étant alors divisée entre les pour et les contre l’affiliation à l’Église Orthodoxe Roumaine. Dans les mois qui suivirent, nous nous réunîmes chaque semaine chez une famille (Şerban Boureanu, Claudiu Cristea, Dan Munteanu, Petrică Ionescu, Şerban Mihăileanu, Dan Munteanu, Mihai Ricci, Ghighi Şubovici etc.), où eurent alors lieu des offices et des acathistes. C’est là que furent invités à tenir des conférences de nombreuses personnalités éminentes de l’orthodoxie roumaine – les pères Rafail Noica, Teofil Părăian, Ioan Iovan, Lau-renţiu Streza – et française : les pères Boris Bobrinskoy et Nicolas Molinier. Monseigneur Joseph célébrait aussi au monastère de Rosiers, avec le Père Ioachim Giosanu, ou dans la paroisse du Père Aurel Grigoraş.

Dans l’appartement de la rue Théodore de Banville, mis à disposition par l’amabilité de Mère Anastasia (Delphine Weulersse), le service liturgique était quotidien, et souvent s’y déroulaient des conférences catéchétiques. Le premier secrétaire de Monseigneur fut le père Ioan-Casian Tunaru, actuellement évêque du Canada. Une personne très cultivée, avec un caractère doux et profond, il venait de finir ses études à Rome lorsque Monseigneur l’appela à ses côtés. Le père Ioan-Casian était aussi le chef de la chorale – improvisée bien sûr –, et le Père Cyprien en complétait merveilleusement l’équipe.

En août 1998, dans un lieu appartenant à l’Association des Étudiants Orthodoxes d’origine russe (ACER-MJO), Monseigneur Joseph organisa un camp d’une semaine à la Servagère, dans le massif du Vercors. Nous n’étions que 15 participants, et il faisait un temps terrible – pluie, froid et brouillard la plupart du temps, même si un peu plus bas le soleil répandait sa chaleur –, mais je peux dire que la grâce divine réchauffa littéralement nos âmes.

Et notre Dieu, qui comme nous le savons, œuvre à travers toute personne, fit les choses à merveille : à moins de six mois de l’intronisation de Monseigneur Joseph, nous étions douze à nous réunir dans une chapelle protestante (!) dans la banlieue de Paris. Dans le cas présent, c’est à travers Mère Anastasia, François de la Morandière, Gustave Alstadt et Şerban Mihăileanu qu’Il œuvra. C’était un bâtiment en bois que la Norvège avait envoyé à l’exposition universelle de Paris en 1889 et qui par la suite avait été installé sur un terrain de Ville d’Avray. Ce que cette chapelle avait d’intéressant c’était son exposition : l’autel y était situé à l’ouest, et les trois fenêtres avec des vitraux dorés donnaient vers le sud et l’ouest. Ainsi, la lumière créait un effet tout particulier : la lumière venant du sud et le bois de sapin utilisé pour la chapelle lui conféraient une chaleur que je n’ai plus rencontrée depuis : « Lumière joyeuse de la sainte gloire du Père immortel…».

Petrică Ionescu avait élaboré deux panneaux en guise d’iconostase, sur lesquels étaient disposées les icônes de Jésus Christ et de la Mère de Dieu, des photocopies d’icônes russes du XIVe siècle (elles se trouvent toujours sur deux des piliers de la crypte de Saint Sulpice), et plus tard Octavian et Ingrid Dabija peignirent deux superbes icônes royales.

Au premier office, vers septembre 1998, on était 14 personnes, prêtres compris.

Peu à peu, notre communauté s’accrut : à côté de ceux qui venaient de la rue Jean de Beauvais (les familles Cădere, Dabija, Mihăileanu, Miok, Tănăsescu, Ţovaru) ou de ceux qui ne venaient de nulle part mais étaient appelés par Dieu, apparurent beaucoup de jeunes venus étudier en France : Theodor Paleologu, Petre Guran, Adrian Papahagi, Radu Mărășescu, Nicolae Florea, Adina Peleanu, Dan Săvan, Iuliana Streza, Răzvan Ionescu, Cristian Galeriu et beaucoup d’autres que je porte encore dans mon âme, même s’ils ne sont pas mentionnés ici.

Au saint office de la Résurrection 1999 nous étions plus de cent personnes, la petite chapelle était désormais insuffisante : « Et ils viendront nombreux du soleil couchant – ceux d’hier et ceux que nous ne connaissons pas aujourd’hui ».

Un dimanche de mai 1999, Monseigneur Joseph obtint l’accord de la hiérarchie catholique pour célébrer un office dans la crypte « Saint-François » de l’église « Saint-Sulpice ». Celle-ci était libre, mais avait été utilisée quelques années par la communauté copte de Paris. Je pense qu’il s’agissait d’un « examen » que Monseigneur passa brillamment, car dès le mois de septembre la crypte fut louée à l’association « Sainte-Parascève-et-Sainte-Geneviève », nouvellement fondée, et dont, grâce à Dieu et à Monseigneur Joseph, nous faisons encore partie.

Nous nous sommes séparés avec reconnaissance de la communauté protestante, et, tout comme à Ville d’Avray, nous avons recommencé à nous mobiliser. Petrică confectionna deux nouveaux panneaux-iconostase (qui se trouvent encore à la crypte), que nous avons transportés et installés un samedi après-midi pour la Divine Liturgie qui devait avoir lieu le lendemain. Ces panneaux cependant présentaient l’inconvénient d’être flexibles, si bien qu’au moment où une personne fervente voulut vénérer les icônes royales, le panneau s’inclina vers l’autel et il s’en fallut de peu qu’il ne tombât…

Là encore, à la première Liturgie, nous n’étions que 20 ou 30 personnes, mais la miséricorde de Dieu, le charisme de Monseigneur, et, j’ose le croire, nos prières, firent le reste. Quelques mois plus tard, à la divine fête de Pâques, le 30 avril 2000, la crypte était désormais trop étroite pour les 600 personnes qui s’y trouvaient. Au moment où le Père Paul Roumanet, le recteur de la paroisse de « Saint-Sulpice », entra, invité par Monseigneur Joseph, et vit la foule de fidèles avec les cierges pascals allumés, il eut un moment d’hésitation : « Et si cela prenait feu ? » Oui, il y avait le feu, non pas physique, mais spirituel, qui avait commencé vers mars 1998 (ou peut-être plus tôt), qui ne s’est pas éteint et qui j’espère ne s’éteindra jamais.

Je ne voulais pas faire un panégyrique, Monseigneur Joseph n’en a pas besoin et il ne l’accepterait peut-être pas. Ce sont simplement quelques pensées que je souhaiterais transmettre à ceux qui viennent après nous : « Mais je suis accompagné par ce quelqu’un / L’amour toujours avec moi »1.

Le reste est écrit et sera écrit par d’autres.

Dr. Tudor Ţovaru

* * *

Nous fêtons au mois de mars de cette année les 20 ans depuis l’ordination épiscopale de Son Éminence le Métropolite Joseph de la Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale. Mon épouse Irina et moi comptons parmi ceux qui eurent la chance de le connaître dès le début, peu de temps après son arrivée à Paris. Depuis cette époque beaucoup de temps s’est écoulé et il y eut beaucoup d’occasions de joie et d’admiration pour tout ce qu’accomplit notre brave Père qui depuis est devenu Métropolite. Inconnu dans la communauté des fidèles de France, sans autres moyens que la force de sa foi et le désir de faire le bien, il a habité durant une période dans un appartement mis à disposition par Mère Anastasia (à l’époque sœur Hélène), une catholique convertie à l’Orthodoxie et retirée dans un monastère russe de France. L’endroit devint vite trop étroit pour ceux qui souhaitaient le connaître et le rencontrer. Avec le Père Cyprien, à présent Son Excellence l’Évêque Silouane d’Italie, ils priaient, chantaient et rendaient grâce à la Sainte-Trinité avec humilité et beaucoup de grâce, pour notre élévation spirituelle. Si je me souviens bien, le premier lieu de prière obtenu était une petite chapelle dans la banlieue de Ville d’Avray. Quelques-uns d’entre nous, qui habitions dans des endroits plus accessibles, eûmes l’opportunité d’abriter des moments de prière d’une haute intensité spirituelle des Pères Joseph et Cyprien. Parmi ceux-ci, Petrika Ionesco, Tudor Țovaru, Şerban Mihăileanu, Dimitrie Cădere avec leurs familles et quelques autres. On nous appelait en plaisantant « le fan-club du Père Joseph ». C’étaient les débuts, pas vraiment faciles, car une partie de la communauté était encore réticente et soupçonneuse vis-à-vis des prêtres venus du pays et de leur appartenance au Patriarcat de Bucarest. Le Père Joseph n’était pas le bienvenu dans l’Église de l’exil de Paris et il fallut beaucoup d’efforts pour se faire connaître et apprécier. À son ordination épiscopale, qui eut lieu en la Cathédrale Orthodoxe Grecque de Paris, participèrent leurs Majestés le Roi Michel et la Reine Anne, venus spécialement de Suisse pour le rencontrer, et ils furent agréablement surpris par ses qualités humaines et la force de sa foi.

Depuis, nombreuses furent les œuvres qu’accomplit notre cher Père. En premier lieu, le renforcement de la cohésion des communautés roumaines dans les pays d’Europe Occidentale, qui a donné sa force à notre Métropole, de l’aide et de l’espoir à nos compatriotes, maintenant réunis dans des centaines de paroisses. Ensuite, l’obtention en propriété ou en usage, grâce à sa délicate diplomatie, de nombreux lieux de culte offerts par les catholiques, tout comme l’obtention, avec l’appui de l’État Roumain, de la propriété de Limours. À ceci s’ajoutent les nombreuses associations et fraternités orthodoxes, les camps, les pèlerinages, et beaucoup d’autres événements auxquels, sans compter le temps, notre hiérarque fait l’effort de participer, pour notre joie, notre consolation et notre soutien.

Nous avons beaucoup appris de notre Père bien-aimé et nous essayons dans la mesure du possible de demander ses conseils et de nous rendre dignes de suivre son exemple, de nous affermir dans la foi, de devenir humbles, d’aimer et de faire le bien autour de nous dans la mesure du possible. Que le Tout-puissant garde, aide et protège pour de nombreuses années notre révérend Père Métropolite !

Architecte Mihai Ricci

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Le temps coule sur nous et à travers nous. Sans la révolte de la mémoire, rien n’aurait de rythme ni de contour. « Vingt ans après... » qui parmi les mortels aurait pu imaginer les miraculeux changements apportés par la venue à Paris d’un jeune moine appelé Joseph ?

À l’époque, la petite bourgeoisie réunie autour de l’église roumaine était prise dans une sale guerre, un tourbillon de confusion entre la politique et le devoir chrétien, avec des camps opposés, des alliances conclues et rompues, des trahisons ridicules, des larmes de crocodile, des jurons... La guerre se propage : une fois que les barrières de la paix ont été rompues, quel est le pouvoir qui peut remettre les garde-fous en place ? Autant de questions que je me posais en tant que membre du conseil éparchial, avec l’espoir que le Saint-Esprit prendrait pitié de nous. Profondément affligé par ces réalités, j’ai un jour fait la connaissance du jeune hiéromoine Joseph, auquel j’ai été présenté par Vera et Ghighi Şubovici. Vera et Ghighi sont l’expression même de la générosité et du dévouement, une brise d’air frais, la discrétion de se cacher avec décence derrière les blagues et l’humour extravagant. Et c’est à travers eux qu’eut lieu cette rencontre. Quand j’ai vu le jeune moine, j’ai éprouvé un sentiment que nous avons tous probablement vécu : à savoir qu’il portait en lui quelque chose de difficile à définir, une sorte de lumière intérieure. À cette occasion, il était accompagné de son frère, le Père Cyprien (désormais Son Excellence Monseigneur Silouane). En réalité, ce ne sont que des frères en Christ, mais à l’époque c’est ainsi que je les ai vus : complémentaires et liés par la même foi, inébranlable, sereine et sans doute, la foi qui fait fuir le mal.

Avec notre Père Joseph nous avons pénétré dans un inimaginable jardin de la vie, avec le sentiment que c’était le jardin de la Création. Nous avons compris ainsi comment le Saint-Esprit travaille : Il nous prend là où nous sommes, justes ou injustes, et nous met au travail, afin d’accomplir ce qui était écrit. Le jardin s’est ouvert devant nous, et derrière nous ont poussé des fleurs. C’est peut-être incroyable, mais c’est ainsi que les choses sont arrivées. Tout se liait, tout s’accomplissait, à travers nous, mais non pas par nous. Regardant en arrière, je vois les gens merveilleux qui étaient à nos côtés. Que ceux que ma mémoire vacillante a oubliés me pardonnent... Mihaela et Petrică Ionescu, avec Silvia « Memsu » – que Dieu la pardonne et la fasse reposer parmi les justes[2]! – nous tenaient maison ouverte à nous tous. La petite église en bois construite par Petrică dans le jardin de sa maison fut un lieu magique de prière et de rencontre. Ilinca et Tudor Ţovaru, Mireille et Serban Boureanu, Doina et Dimitrie Cădere, Ioana et Dan Munteanu, Eva et Mihai Munteanu, Cristina et Ovidiu Milea, Irina et Mihai Ricci, Miruna et Radu Boruzescu, Nicolae Florea, Dan Săvan, Luminiţa et Viorel Oltean, Alexandra et Emil Marinescu, Răzvan Ionescu – ce ne sont que quelques-uns parmi les premiers qui ont marché ensemble pendant ces années de débuts.

Quelque chose de puissant s’élevait, un espoir et une confiance surgissaient, une bonté lumineuse se répandait sur nous.

C’est ainsi que tout a commencé !

Dr. Şerban Mihăileanu

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Comme le dit si bien le Père Athanase de Rome, notre Métropole a débuté dans le coffre d’une Citroën (au début d’une Peugeot), qui était également un don. Le nouvel archevêque Joseph, ordonné en 1998 avec neuf pays à sa charge, a commencé sa mission pastorale sans aucun soutien financier, sans maison, sans église, se confiant seulement à la miséricorde de Dieu et tout le reste lui fut donné par surcroît.

Avant de recevoir la résidence de Limours à la fin de l’année 2000, Monseigneur, et avec lui l’Archevêché, eut comme point d’ancrage un appartement du 17e arrondissement de Paris, situé rue Théodore de Banville, mis généreusement à disposition par la moniale Anastasia du Monastère de Bussy, de bienheureuse mémoire. Dans une chapelle improvisée dans cet appartement furent célébrés les premiers offices, les premières Liturgies. En région parisienne il y avait à l’époque une seule paroisse roumaine, dédiée à la Descente-du-Saint-Esprit, toujours dans le 17e arrondissement, Boulevard des Batignolles, plus tard déménagée à Clichy, sous la houlette du père Aurel Grigoraș. La cathédrale de Paris se trouvait sous une autre juridiction, et le jeune et doux Pasteur, tout comme le Sauveur, n’avait pas où poser sa tête.

Sa mission fut une mission impossible : dans les neuf pays de l’Archevêché (devenu Métropole en 2001, lorsque Monseigneur fut élevée au rang de Métropolite) il y avait 25 ou 30 paroisses (il y en a plus de 600 aujourd’hui), et le trop jeune évêque n’avait rien : ni église, ni maison, ni table, ni voiture, rien. Mais il avait accepté avec joie de s’offrir en sacrifice à Dieu dans cette charge, et c’est en Lui qu’il mit son espérance, sans se plaindre, sans douter de rien. Et le Seigneur des merveilles accomplit l’ouvrage.

Dès le début, la douceur, l’humilité, l’amour et la patience furent les dons qu’il reçut de Dieu et il les cultiva au cours de ces 20 années, sans compter le temps. Jamais il n’a abandonné personne, il a toujours écouté, consolé et apporté la lumière... Jeunes, étudiants, enfants, vieillards, mendiants, professeurs, ministres, ambassadeurs, tous trouvèrent une parole de consolation et de repos pour leur âme aux côtés de notre Métropolite. Monseigneur était et est toujours là où l’on a besoin de lui, au moment et dans le lieu où l’on s’attend le moins à le trouver, tout comme Saint Jean de Shanghai. Son amour et sa sollicitude paternelle ont ranimé et raniment de nombreuses âmes, car lorsqu’il se penche pour vous parler, le temps semble s’arrêter et il n’y a rien de plus important à ce moment-là que vous, l’homme qu’il a devant lui. L’attention parfaite, le soin rempli de patience sont des dons rares dans ce monde de l’intérêt éphémère et de la vitesse, mais Monseigneur les répand en abondance autour de lui : jamais il ne donne l’impression d’être pressé, même s’il a raté beaucoup d’avions, de trains et de réunions pour être resté écouter jusqu’au bout la confession, la douleur de quelqu’un. Jamais on ne l’a entendu mal parler de quelqu’un ; je me souviens d’une fois, alors qu’un père avait un comportement irrégulier, où je lui demandai : « Monseigneur, mais comment pouvez-vous le supporter ? Pourquoi ne luidites-vous rien ? Un autre hiérarque le déposerait peut-être, ou en tout cas le remettrait à sa place... » Et il me répondit : « ... que puis-je faire, je pense que si le Christ me supporte moi, qui suis un pécheur, je peux à mon tour le supporter. Et si je le supporte et je prie pour lui, j’espère qu’il sera sauvé. Et ensuite, par ses prières, peut-être je serai sauvé à mon tour ».

Au-dessus de toute réalisation matérielle Monseigneur place l’âme de l’homme. Et pour toucher cette âme il est nécessaire de s’abaisser, c’est-à-dire d’avoir de l’humilité. L’humilité contient tout, de sorte que même ceux qui sont loin de l’Église fondent devant sa chaleur. L’humilité est la source de l’amour et de l’absence de jugement envers le prochain, c’est pourquoi toute rencontre avec Monseigneur apporte dans l’âme la lumière sans crépuscule de la Résurrection. Tel notre Maître, le Christ, il aime tout homme, sans partage, en le regardant non seulement dans sa faiblesse, mais aussi tel qu’il a été créé par Dieu, purifié des passions, éclairé par le doux éclat de la Lumière incorruptible. En sa présence chaque âme sent qu’elle est importante, aimée, spéciale, et souhaite semer ou cultiver en elle-même les vertus de l’Évangile, que sa simple présence vous inspire.

Que le Seigneur accorde la perfection à notre Hiérarque afin de mener à bien les vertus, et en premier lieu l’humilité, l’amour et la patience, jusqu’à la fin !

A.M.

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Pour nous, qui le connaissons depuis moins de vingt ans, et pour qui Monseigneur a depuis toujours été Monseigneur, parler de lui est comme si l’on essayait de décrire l’air que l’on respire : il est impossible de dire comment il est, parce qu’on ne sait pas comment ce serait s’il n’était pas. Mais, à titre d’essai, voici seulement quelques pensées en cette heure de fête.

Comme tous ceux en qui l’Esprit du Christ fait palpiter sa vie, Monseigneur est avant tout une présence. Même avant de le voir, on sait qu’il est là : dans l’église ou à la livraison des bagages de Charles de Gaulle (oui, là aussi je l’ai rencontré, parce que Monseigneur voyage comme chacun d’entre nous), l’air change tout à coup, comme s’il était parcouru d’ondes invisibles qui activent une espèce d’antenne affective. « Monseigneur est là ! », on se dit avec une conviction inébranlable – et, en même temps, avec un nouvel éblouissement, un calme nouveau, une joie nouvelle, car là où se trouve Monseigneur on a l’impression de vivre une Pâque éternelle. « J’ai vu la voiture de Monseigneur ! », me dit un soir mon mari au téléphone, fier et joyeux comme s’il s’agissait d’une réussite personnelle, même s’il n’est pas un « homme d’Église ».

Et, justement parce que c’est une présence, Monseigneur est aussi une autorité ou une instance. Pas dans le sens normatif et juridique que nous connaissons aujourd’hui, mais d’après l’histoire latine ancienne du mot : la présence qui impose, la force qui convainc, la stabilité, l’honnêteté sans ombre, la persévérance. Monseigneur est notre repère spirituel, notre mesure, ce que nous devrions être tous, mais nous n’y arrivons pas toujours : l’intelligence vivante et pleine de discernement, l’amour parfait et sans ruse.

Ainsi étant, il n’est pas surprenant que Monseigneur soit celui qui va toujours de l’avant, en anticipant la rencontre, en allant vers vous non pas à la moitié du chemin, mais longtemps avant, sur votre propre seuil, le seuil de l’intention à peine formée. C’est l’homme à qui l’on ne peut jamais offrir quelque chose avant que le don vous revienne multiplié ; l’homme qui, si l’on veut éviter par timidité, vient vous chercher ; si l’on hésite à aller vers lui, pour ne pas lui prendre quelques minutes du temps qu’il n’a pas, il vous appelle ; si l’on veut le soutenir tant soit peu, il vous redresse, vous porte et vous affermit.

Ce prochain, cet ami, notre père et notre hiérarque, que Dieu nous le garde en bonne santé pour de nombreuses années !

A.D.

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Monseigneur est notre Prochain le plus proche, parce que dans ses traits il est très facile de reconnaître les traits du Christ. Se mettant lui-même au service de nous tous, Monseigneur suit l’exemple du Christ de se faire le plus petit d’entre tous. Pasteur soucieux pour chaque brebis de son troupeau, Monseigneur nous a pris sur ses épaules, chacun d’entre nous, et tous ensemble, et nous sommes nombreux pour qui son conseil et sa prière déterminèrent des changements et des renouveaux dans nos vies, un nouveau chemin, un nouveau début. Tant de monastères, de paroisses et même de familles lui doivent leur existence et leur progrès. Toute la Métropole avec sa dynamique impressionnante rend témoignage de sa sollicitude. Mais plus que tout il y a la confiance – et la reconnaissance – d’avoir un intercesseur, un veilleur, un ouvreur de chemins que nous pouvons suivre dans la voie du salut.

Étant proche de tout un chacun, Monseigneur semble voir dans le cœur de l’homme plus loin que l’homme seul ne peut voir, et par un conseil, une parole, il remet l’homme sur son chemin, en lui rendant confiance. À une mère inquiète pour sa famille il a dit une fois : jette-les en haut vers le Seigneur, et dis au Seigneur de te les rendre tels qu’Il les veut. Nous sommes certainement confiés ainsi au Seigneur dans les prières de Monseigneur, que nous soyons des personnes ou des communautés, et le Seigneur fait miséricorde et fait progresser notre vie, nous raffermit dans les épreuves et fait croître notre joie.

Une question surgit dans le cœur, en voyant cette abondance de grâce : comment Monseigneur peut-il être tel qu’il est, tel que nous le connaissons chacun d’entre nous et que nous l’aimons ? Comment peut-il être ainsi tout pour tous ? Dans les veilles, dans les voyages, sollicité au-delà des limites de l’humain, entourant de sa sollicitude tant de communautés, d’association, et au milieu de tout cela sans oublier chacun d’entre nous ? C’est ainsi que nous reconnaissons l’œuvre de Dieu, le miracle : lorsque nous restons désemparés et émerveillés de ce qu’Il peut faire à travers son serviteur, car tout cela dépasse les explications humaines.

E. S.

Notes :

1. Les vers sont de Radu Gyr, Lucian Blaga, Emil Botta.
2. Silvia Jornea, mère de Mihaela Ionescu, « Memsu », comme l’appelaient les proches, est partie vers le Seigneur le 7 février 2018, et a été enterrée le 12 février 2018, l’office de funérailles réunissant 20 ans après tous ceux qui se sont trouvés aux débuts de notre Métropole dans la petite chapelle de Villiers-sur-Marne.