Du jugement du frère

publicat in Hymnographie et philocalie pe 25 Janvier 2018, 20:12

10,4. Ayant un jour rencontré des personnes qui médisaient des autres, je me donnai la liberté de les reprendre avec sévérité. Or voici ce qu’elles répondirent à ma correction, et l’excuse que m’alléguèrent ces langues médisantes : « Nous ne parlons de la sorte, me dirent-elles, que par des motifs de la plus ardente charité, et par le désir sincère que nous avons de procurer le salut à ceux dont nous blâmons la conduite. » À cette réponse, je vous avoue que je répartis avec émotion : « Courage, mes amis ; avec une charité semblable vous pourrez accuser de mensonge cet oracle du saint Esprit : Je perdrai ceux qui médisent en secret de leur prochain. (Ps 100, 5). Malheureux ! Si vous aimez véritablement ces personnes, offrez pour elles à Dieu des prières secrètes et ferventes ; mais ne blessez pas leur réputation par des paroles infamantes, car la meilleure manière d’aimer nos frères, c’est de prier Dieu pour eux : c’est là la conduite qui plaît au Seigneur. »

10,7. Au reste ne peut-il pas arriver ce que j’ai vu de mes propres yeux ? En effet une personne eut le malheur de faire publiquement une faute, mais elle en fit secrètement une pénitence sévère ; or, voyez-vous, tandis que par un mauvais esprit, je croyais cette personne criminelle et coupable, et que je la condamnais, Dieu ne voyait en elle qu’un cœur pur et chaste, puisque par une conversion sincère elle s’était réconciliée avec le Seigneur.

10,10. Quand même au moment de la mort nous verrions une personne faire une faute, nous devrions sévèrement nous abstenir de la juger et de la condamner ; car les hommes ignorent absolument quels sont les jugements de Dieu.

10,11. Il y en a qui, après avoir fait publiquement de grandes fautes, les ont avantageusement réparées par des œuvres saintes et des vertus parfaites. Or ces impitoyables critiques de la conduite des autres, en condamnant ces personnes, se seraient bien grossièrement trompés : ils auraient pris de la fumée pour le soleil.

10,13. Tous ceux qui critiquent si facilement et avec tant d’amertume la vie et les défauts des autres, sont ordinairement des gens qui ne se rappellent pas leurs propres imperfections, qui ont perdu de vue le souvenir de leurs péchés, et qui ne prennent aucun soin pour se corriger.

10,15. C’est aussi pour cela que les démons, ces ennemis irréconciliables de notre salut, s’ils ne peuvent nous faire tomber directement dans le péché, font tous leurs efforts pour nous engager à juger et à condamner ceux qu’ils y ont précipités, afin de nous souiller nous aussi.

10,17. J’en ai connu qui, en secret et sans témoin, avaient commis des fautes exécrables ; et, le croiriez-vous ? Ils se fiaient tellement à la bonne opinion qu’ils savaient qu’on avait de leur sainteté et de leur innocence, qu’ils insultaient et attaquaient vivement la réputation de ceux qui avaient fait publiquement quelques légères fautes.

10,18. Se donner la liberté de juger ses frères, c’est s’attribuer, et usurper avec impudence un droit qui n’appartient qu’à Dieu ; mais les condamner, c’est se condamner soi-même, c’est se donner la mort.

23,12. Pour nous que l’esprit d’orgueil porte à juger et à condamner nos frères, cessons de nous conclure selon cet esprit, et bientôt nous n’aurons plus à craindre les tentations et les pensées de blasphème ; car, n’en doutons pas, leur véritable cause se trouve dans les jugements téméraires que l’orgueil nous fait porter sur les autres. 

5,42. Il est bien éloigné de s’occuper de la pénitence, des fautes de ses frères et de leur faire des reproches, celui qui pleure amèrement ses propres péchés. 

25,23. Celui qui m’aime, dit la sainte humilité, ne doit faire de reproches à personne, ne juger personne, ne dominer sur personne ; ne faire jamais le bel esprit. Ceux qui se sont unis intimement avec moi, n’ont d’autres lois à observer que celles que je leur donnerai.

Saint Jean Climaque, L’Échelle Sainte X, XXIII, V, XXV