Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu (Mt. 7, 19)

publicat in Le monde intérieur pe 13 Janvier 2018, 19:46

« L’arbre solidement enraciné dans la terre se développe et porte des fruits. L’âme solidement enracinée en Dieu par la foi et l’amour, comme par des racines spirituelles, elle aussi se développe spirituellement et porte des fruits de vertu agréables à Dieu, grâce auxquels elle vit maintenant et vivra dans le monde futur. L’arbre déraciné cesse de vivre ; il ne reçoit plus la vie qu’il puisait dans la terre par ses racines. De même, l’âme de celui qui a perdu la foi et l’amour et ne demeure plus en Dieu, en qui seul il peut avoir la vie, meurt spirituellement. Ce que la terre est aux plantes, Dieu l’est à l’âme ».
 
Saint Jean de Cronstadt, « Ma vie en Christ »

Si nous considérons la nature dans une perspective spirituelle et avec les yeux de la foi, elle devient un livre de sagesse qui n’est pas écrit par la main de l’homme mais par Dieu Lui‑même : « Par le moyen des choses naturelles nous pouvons recevoir des enseignements très clairs sur toutes les choses spirituelles » (Saint Jean Climaque, « L’échelle sainte »). 

Le lien avec la nature et la terre est une composante ontologique de la créature humaine, de même que son lien avec Dieu, car l’homme a été formé de la poussière de la terre, qui a reçu le souffle de vie de son Créateur. De sorte que l’être humain occupe une position intermédiaire entre la terre et le ciel, ainsi qu’un arbre qui reçoit à la fois la nourriture de la terre et du ciel. Mais l’arbre spirituel évoqué ci‑dessus par saint Jean de Cronstadt est un arbre inversé, car il s’enracine dans le ciel, tel que le représentent certaines gravures alchimiques. De même qu’un arbre déraciné, l’homme dont l’âme ne s’enracine pas en Dieu, a perdu sa vie, car l’être biologique à lui seul n’est pas réellement vivant, puisqu’il est soumis dès sa naissance à la loi inéluctable de la mort. Le véritable homme vivant est celui que Dieu a fait à son image et sur lequel la mort n’a aucun pouvoir : « Dieu n’est pas pour l’homme un « principe » extérieur dont il dépendrait, mais son principe ontologique et sa fin. Créé à l’image de Dieu, l’homme est théologiquement concret. Pour être vrai, il faut qu’à chaque instant il soit et vive centré sur Dieu. Qu’il renie Dieu, et c’est lui‑même qu’il renie, c’est lui‑même qu’il détruit » (Panayotis Nellas, « Le vivant divinisé »). 

La nature réelle de l’homme n’est pas son corps de chair mais l’Esprit de Dieu qui réside en lui et sans Lequel le corps n’est que poussière et retournera dans la poussière : « Votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu » (1 Cor. 6, 19). Suivant qu’il s’enracine dans l’Esprit de Dieu ou dans son corps de chair, l’homme produira de bons fruits, donneurs de vie, ou de mauvais fruits, donneurs de mort : « Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair, moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit, moissonnera de l’Esprit la vie éternelle » (Gal. 6, 7‑8 ). 

Toutes les tentatives de bâtir un monde nouveau sans Dieu ont donné des fruits empoisonnés, qui ont causé la perte de millions de vies humaines et de millions d’âmes qui se sont détournées de Dieu. Renier Dieu est un acte suicidaire, aussi bien sur plan individuel que planétaire. L’athéisme est le suicide ontologique de l’espèce humaine, le plus monstrueux crime contre l’humanité de tous les temps, qui a atteint dans le monde moderne des proportions de masse : « L’athéisme s’impose et en impose à tous par son extension massive. Il n’est plus le privilège d’une minorité éclairée mais exprime la norme commune à toutes les couches de la société. Une civilisation s’est bâtie consciemment sur le refus de Dieu, plus précisément sur la négation de toute dépendance par rapport à l’au‑delà » (Paul Evdokimov, « Les âges de la vie spirituelle »). 

L’athéisme est le culte de l’homme mortel et de l’existence terrestre qui nous conduit inéluctablement à la mort. En reniant Dieu, l’athéisme nie la vie elle‑même et affirme le triomphe final de la mort et du néant. Tout ce qui appartient à l’homme mortel – ses idées, ses désirs, ses espoirs, ses œuvres, ses possessions – est aussi périssable que lui‑même : « Toutes les choses arrivent et s’en vont, seul Dieu est Celui qui est » (Saint Théophane le Reclus – « La vie intérieure »). C’est pourquoi l’homme mortel ne peut bâtir par lui‑même rien d’éternel, rien d’incorruptible, rien de vrai. Car une vérité qui change suivant les époques et les modes culturelles, qui est vraie aujourd’hui et ne l’est plus demain, n’est rien d’autre qu’un mensonge qui se renouvelle périodiquement sous des apparences différentes. S’attacher à l’homme mortel c’est s’attacher à la fois au mensonge et à la mort, autrement dit, s’attacher à l’ennemi de l’homme, de la vérité et de la vie. Les bonnes et les mauvaises semences que nous portons dans notre cœur, nous pouvons les reconnaître à leurs bons ou mauvais fruits : « Note la différence entre la présence de l’esprit vivifiant et la présence de l’esprit qui tue et détruit ton âme. Quand il y a de bonnes pensées dans ton âme, tu te sens heureux et léger (…) ; quand, au contraire, les mauvaises pensées, les mauvaises pulsions du cœur s’éveillent en toi, tu te sens mal à l’aise et oppressé ; quand tu es troublé intérieurement c’est que l’esprit du mal, l’esprit rusé est en toi. Quand l’esprit du mal est en nous, alors, en même temps que ce trouble et cette oppression du cœur, nous éprouvons de la peine à nous approcher de Dieu, car l’esprit mauvais enchaîne l’âme et ne la laisse pas s’élever vers Dieu. L’esprit mauvais est un esprit de doute, d’incrédulité, de passion, d’oppression et de trouble ; tandis que le bon esprit est un esprit de foi ferme, de vertu, de liberté spirituelle et d’épanouissement, un esprit de paix et de joie. Reconnais à ces signes si c’est l’esprit de Dieu ou l’esprit du mal qui est en toi » (Saint Jean de Cronstadt, op. cit.). 

Sans Dieu, l’homme mortel – qui n’étant pas l’homme réel est lui‑même un mensonge – n’a aucun recours, aucun secours, aucun pouvoir face à la mort et au néant de son existence, qui n’est que poussière et retournera dans la poussière. L’homme mortel ne peut rien faire pour sauver l’homme mortel, puisque la mort et le néant font partie de sa propre nature : « Voici, tu as donné à mes jours la largeur de ma main, / Et ma vie est comme un rien devant toi. / Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle » (Ps. 39, 6). C’est pourquoi « le secours de l’homme n’est que vanité » (Ps. 60, 13). 

Nous ne devons jamais oublier que notre vie mortelle n’est ni notre véritable nature ni le but de notre existence en ce monde, « puisque nous sommes étrangers, pèlerins et voyageurs vers le Royaume des cieux » (Saint Jean de Cronstadt, op. cit.). 

Aucun homme, quels que soient ses possessions, ses richesses, son pouvoir, sa gloire, n’est jamais entièrement satisfait ni parfaitement heureux en ce monde, mais désire toujours plus et autre chose, qu’il ne peut jamais trouver sur terre, car « l’homme – par nature à l’image de Dieu – est amputé lorsqu’on le confine à l’intérieur de ce monde » (Panayotis Nellas, op. cit.). Ainsi chacun de nous ressent au plus profond de lui‑même qu’il n’est pas identique à l’homme mortel et que sa véritable nature est infinie et éternelle : « Chaque être humain est capable de découvrir l’infini qui se trouve en lui, pour peu qu’il rentre en lui‑même. Alors, il fait l’expérience de découvrir non seulement sa propre personne, mais une personne infinie, incarnant la rencontre entre l’infini et la vie. (…) En nous approfondissant, nous découvrons Dieu » (Bertrand Vergely, « La foi ou la nostalgie de l’admirable »). 

« Puisque le principe ontologique de l’homme ne se trouve pas dans son être biologique mais en son être en Christ » (Panayotis Nellas op. cit.), toute âme humaine qui s’enracine dans le Christ récoltera les fruits de la vraie vie, la vie éternelle : « Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, donnera beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5).