Les guérisons de l’Évangile

publicat in Hymnographie et philocalie pe 20 Décembre 2017, 16:06

Et maintenant1, moi qui naquis dans le péché, fils d’un enfantement douloureux et promis à la mort,
En un seul jour, combien contractè-je de dettes
Et, de vrai, pour quel nombre infini de talents ?
Mais l’indulgence que je réclame n’est pas à l’étroite mesure de nos pensées humaines,
C’est dans la plénitude sans faille de ton salut, ô Jésus-Christ, que j’implore ton amour pour l’homme.
Je n’étais pas, jadis, et tu m’as modelé,
Je n’avais pas prié et tu m’as façonné ;
Je n’étais pas encore venu au jour et tu m’as vu,
Je n’avais pas encore paru et tu as compati ;
Je n’avais pas encore crié, ta providence me secourut,
Je n’avais pas levé la main et tu m’as regardé ;
Je n’avais pas imploré et tu me fis miséricorde,
Je n’avais pas formé de sons et tu m’as entendu,
Je n’avais pas gémi et tu tendis l’oreille.
Connaissant dès lors ce qui m’adviendrait à présent, tu ne m’as pourtant pas dédaigné,
Voyant d’avance de tes yeux mes crimes condamnables, tu m’as néanmoins façonné.
Maintenant donc, puisque tu m’as créé, sauvé,
Entouré d’une telle sollicitude,
Que les coups du péché2, invention de l’accusateur, ne me perdent pas à jamais !
Que la brume de mon entêtement ne vainque pas le jour de ton pardon,
Ni la sclérose de mon cœur, ta bonté miséricordieuse,
Ni la mortalité de ma chair, la plénitude de ta perfection,
Ni la faiblesse de ma substance, ton invincible hauteur !
 
Voici que j’étends vers toi, Tout-Puissant, en implorant ton nom, le bras engourdi de mon âme,
Rends-lui la santé d’autrefois,
Quand je cueillais ton fruit de vie dans les joies de ton paradis. [...]
Grégoire de Narek,
« Paroles à Dieu », Éditions Peeters 2007,
Livre 1 chapitre 18, paragraphe 1 à 3
Notes :

1. La règle de pardon des offenses (pardonner soixante-dix-sept fois sept fois, en un seul jour) s’adresse à de simples mortels,  ui peinent à l’appliquer. Mais si on la transpose en Dieu et qu’à l’infinie patience du Sauveur, on ajoute maintenant la toute-puissance du Créateur, que de bienfaits peut-on espérer !
2. Chaque négation de ce paragraphe est comme un coup asséné aux agressions du péché.