La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous (Jean 1, 14)

publicat in Le monde intérieur pe 14 Décembre 2017, 05:38

« Rien, parmi les événements qui se sont déroulés depuis les siècles sous le regard de Dieu, n’est plus profitable à chacun, ni plus divin, que ce qui touche à la Naissance du Christ, que nous fêtons aujourd’hui. (…) Dieu le Verbe issu de Dieu, s’est dépouillé ineffablement, Il est descendu des hauteurs jusqu’à l’extrême de l’humain, Il a assumé la même pauvreté que nous ; ainsi, des réalités inférieures, Il fit des supérieures, ou plutôt, Il rassembla les deux en un, mêlant l’humanité à la divinité, et montrant de la sorte à tous que la voie qui conduit vers les réalités supérieures est l’humilité, en s’offrant Lui-même en exemple aux hommes et aux anges, aujourd’hui »

Saint Grégoire Palamas, « Homélie sur la Nativité »

La Parole de Dieu par laquelle « tout a été fait » (Jean 1, 3) ne s’exprime pas par des mots, ni par des idées, mais par la vie elle-même – « en elle était la vie » (Jean 1, 4) – dont elle est la source unique et immortelle. La naissance du Christ sur la terre est la Parole de Dieu faite homme, la Vie éternelle qui vient de Dieu, incarnée dans le corps d’un homme mortel. Ainsi « le mur qui séparait les Cieux et la terre est détruit. L’épée qui barrait le passage vers l’Arbre de Vie disparaît. Le Créateur vient vers l’homme qui avait péché, l’appelant à L’embrasser ! Par les bouches des Apôtres le Saint Esprit s’écrie : « En Christ, soyez réconciliés avec Dieu. » Vous qui aviez péché, vous ne veniez pas à Dieu, mais le Fils de Dieu, devant Qui vous avez péché, Lui, est venu à vous ! Il appelle tout le monde à Lui-même. Il accorde le pardon à tous ceux qui y aspirent » (Saint Jean de Shanghai, « Épître de la Nativité »). 

Si la Parole de Dieu est la source de la Vie, la parole de Son ennemi ne peut donner que la mort, qui est entrée en l’homme et dans le monde par la transgression d’Adam. Le Fils de Dieu est venu parmi nous pour nous donner une nouvelle fois la vie immortelle que nous avions perdue. Ainsi, l’homme qui après s’être détourné de Dieu n’était plus que poussière, retournant à la terre d’où il avait été pris (Cf. Gn. 3, 19), recevra une nouvelle fois, par la naissance du Christ, le souffle de vie par lequel Adam devint un être vivant (Cf. Gn. 2, 7) : « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. C’est ici le pain descendu du ciel. (…) Celui qui mange ce pain, vivra éternellement » (Jean 6, 57-58). 

Après la chute d’Adam, la souffrance, le malheur et la mort sont entrés dans le monde. Le Fils de Dieu est venu parmi nous pour nous délivrer de la souffrance, du malheur et de la mort : « Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jean 3, 17). 

La naissance du Christ dans le monde a sanctifié le monde et a rétabli le lien entre l’existence terrestre de l’homme et le royaume des Cieux. L’étoile de Bethléem annonce cette nouvelle alliance entre la terre et le ciel, qui selon les termes de saint Grégoire Palamas, a rétabli l’unité primordiale entre les choses inférieures et supérieures, entre la créature de chair et l’Esprit de Dieu : « Dieu et la chair mêlés sans confusion dans une seule hypostase divino-humaine » (Saint Grégoire Palamas, ibid.) 

Ainsi, la naissance de l’Enfant-Dieu restitue à l’homme sa véritable nature, à la fois terrestre et divine, et nous montre ce que nous sommes dès l’origine et ce que chacun de nous doit redevenir. Le Christ est par conséquent le modèle vivant et éternel de tous les hommes, le chemin, la vérité et la vie (Cf. Jn. 14, 5) de chacun d’entre nous : « Donc tout dépend de ceci : accepte-t-on le Christ comme idéal définitif sur terre ? Cela revient à dire que tout dépend de la foi dans le Christ. Si l’on croit au Christ, on croit aussi qu’on vivra éternellement » (F. M. Dostoïevski, « Méditation »). 

En effet, la naissance du Christ rétablit le lien entre notre existence mortelle, qui vient de la chair, et la vie éternelle, qui vient de Dieu. Ainsi « même lorsque notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. (…) Nous savons, en effet, que si notre demeure terrestre, qui n’est qu’une tente, est détruite, nous avons dans les cieux un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite par la main des hommes » (2 Cor. 4, 16 ; 5, 1) 

L’Enfant Jésus est à la fois entièrement homme et entièrement Dieu, Père et Fils réunis en un seul être : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30). Et puisque la personne du Christ incarne le chemin, la vérité et la vie de tous les hommes, la naissance de l’Enfant-Dieu est le but suprême de l’existence humaine et doit avoir lieu en chaque homme. En cela, elle est une naissance éternelle : « Nous célébrons ici dans cette vie temporelle, la naissance éternelle que Dieu le Père a réalisée et réalise encore sans interruption dans l’éternité, et cette même naissance s’est produite aussi dans le temps, dans la nature humaine. Elle se produit toujours cette naissance, dit Augustin. Mais quand elle ne se produit pas en moi, que m‘importe ? Qu’elle se produise au contraire en moi, c’est toute la question ! » (Maître Eckhart, « De la naissance éternelle »). 

Mais la naissance de Dieu en l’homme, ne peut se produire que si l’âme humaine s’ouvre entièrement, avec une confiance totale, à la volonté de Dieu, comme l’a fait la Vierge Marie : « Voici la servante de Dieu ; qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38). 

Contrairement à Adam qui après sa transgression s’est caché aux yeux de son Père, je dois me présenter devant Dieu tel que je suis, mettre à nu mon âme, être entièrement l’homme que je suis, tel un petit enfant qui se confie entièrement à son Père : « La vie religieuse commence le jour où naît en vous la conviction que vous pouvez vous jeter dans les bras de Dieu tels que vous êtes. (…) Vous ne pouvez rien truquer avec Dieu, vous ne pouvez pas faire semblant d’être autres que vous êtes, vous ne pouvez pas tricher. Dieu sonde les cœurs et les reins. Vous ne pouvez qu’être complètement vrais. Complètement vrai, tel que je suis mais avec une confiance et un amour d’enfant qui sait qu’il ne sera pas rejeté, j’appelle » (Arnaud Desjardins, « En relisant les Évangiles »). 

Dieu a répondu à l’appel de détresse de l’homme déchu, en venant Lui-même dans le monde sous une apparence humaine. Par la naissance du Christ, « le Créateur Lui-même est venu à vous, afin de vous recréer, afin de vous restaurer, vous qui étiez corrompus par les transgressions » (Saint Jean de Cronstadt, « Homélie sur la Nativité du Christ »). 

Par la chute d’Adam, l’ennemi de Dieu a apporté dans le monde le malheur, le désespoir, la mort. La naissance du Christ dans le monde nous apporte la joie, l’espoir et la vie éternelle : « Va vers le nouveau-né enveloppé de langes dans la crèche et demande-lui la délivrance de tous les maux qui t’affligent, car cet enfant, le Christ, est le Sauveur du monde » (Saint Théophane le Reclus, « La Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ »).