publicat in De la vie des paroisses pe 27 Septembre 2017, 08:08
Témoignage de Sandrine sur le contenu du séminaire avec Maica Siluana, 14-19 juillet, Neamt
Pour la quatrième fois nous nous sommes retrouvés autour de Maica Siluana et d’une moniale de sa communauté, Maica Sofronia, pour partager durant cinq jours une expérience unique. Nous étions 17 participants venus de France, de Belgique, de Suisse, ou de Roumanie pour ce séminaire qui mêle catéchèse et travail de guérison de nos blessures. Le but de l’ensemble de ces rencontres est d’apprendre comment se laisser de plus en plus pénétrer par les énergies incréées de Dieu, autant que nous en sommes capables.
La catéchèse :
Lors du séminaire, environ la moitié du temps est consacré à la catéchèse qu’offre Maica Siluana, en s’appuyant sur une sélection de citations et d’explications, inspirées de diverses sources telles que Saint Diadoque de Photicé ou Père Dumitru Staniloae. L’enseignement porte chaque année sur un choix de notions théologiques essentielles. Un thème m’a particulièrement touchée cette année : l’importance des efforts ascétiques. Cette notion, comme plusieurs autres abordées, est longtemps restée pour moi trop globale et théorique pour réellement imprégner ma vie personnelle. Ce n’est que maintenant que je comprends mieux son importance pour mon chemin spirituel, surtout grâce aux abondants commentaires et aux illustrations de Maica Siluana, tirés de son expérience personnelle. Elle n’a pas son pareil pour trouver l’histoire vécue ou même la blague qui nous éclairera !
A propos de l’ascèse, Maica a ainsi évoqué une caricature, disant : « Homme cherche Dieu cool prêt à me tirer des situations de galère au meilleur prix ». J’ai réalisé avec effarement que ce n’était pas si loin de ce que je faisais ! J’avais une attitude ambivalente face au Carême, souhaitant respecter cette recommandation de l’Église tout en me révoltant contre certains renoncements que celui-ci me demandait – par exemple mon cher café au lait le matin… Je m’accordais donc certaines exceptions – le fameux café au lait – auxquelles je trouvais de « bonnes raisons » qui « m’aidaient » à ne pas souffrir de ce moment où je me coupe de Dieu en choisissant le plaisir du monde. Un si « petit péché » que je ne le confessais que rarement… Et je ne réalisais aucunement que ce choix entretenait mon attachement aux objets du monde, et contribuait ainsi à mon sentiment d’être accaparée par les soucis du quotidien, en particulier durant mes temps de prière ! J’étais justement venue au séminaire avec le profond désir de comprendre pourquoi ceci se produisait en dépit de tous mes efforts pour prier. J’ai pu mettre des mots sur ce que je vivais – un esclavage spirituel où les soucis du monde obscurcissent et morcellent ma raison, où mon Noûs est si pollué par ces contenus qu’il n’a plus de place pour accueillir la Grâce de Dieu. J’ai aussi compris que l’ascèse n’était nullement une forme de punition ou de cruauté mais une alliée précieuse ! Car chaque fois que je choisis d’orienter mes sens vers Dieu plutôt que vers un plaisir du monde, ou chaque fois que je me repens sincèrement de ne pas être arrivée à le faire, je fais de la place en moi pour que Dieu puisse y déposer Sa Grâce. J’ai aussi réalisé le danger qu’il y a à faire ma propre volonté, malade à cause des blessures et des péchés de toute ma lignée, et à chercher par moi-même la Lumière Incréée – c’est le meilleur moyen pour s’égarer. Par contre, en m’appuyant sur ce qui vient de ceux qui ont vu la Lumière Incréée et en leur soumettant ma volonté, j’apprendrai le chemin. L’obéissance que je n’aimais pas beaucoup prend ici une tout autre couleur !
Le travail de guérison des blessures :
Lors du séminaire, l’autre moitié du temps est consacrée à différents exercices qui permettent de mieux identifier les blessures qui nous coupent de Dieu, selon le principe que ce qui n’est pas assumé ne sera pas sauvé. Nous cherchons ici à nous libérer de la tendance naturelle qu’a l’homme de repousser ce qu’il n’aime pas en lui, pour pouvoir « prier là où nous ne pouvons pas nous supporter, car Dieu doit descendre dans notre enfer pour nous sauver », selon les termes de Maica Siluana. Nous aimerions généralement être sauvés sans avoir à passer par cette douleur, mais notre part, dans le processus de guérison qui vient de Dieu, est justement le fait d’endurer cette douleur au lieu de la fuir, et de demander à Dieu la guérison lorsque nous la ressentons. Alors nous arrêtons de nous cacher à nous-même et à Dieu, et nous laissons le Christ s’incarner en nous pour nous guérir. A ce moment-là, nous pouvons faire l’expérience simultanément de notre douleur et de la Grâce. Plus nous entrons pleinement en contact avec les ressentis douloureux liés aux péchés perpétrés ou subis au sein de notre lignée, plus nous pouvons nous repentir ou pardonner. Ceci guérit aussi ceux que nous avons blessés et affecte toute notre lignée, ancêtres et descendants.
Pour entrer en contact avec nos blessures, nous utilisons différents outils tirés de la psychologie et des neurosciences. Par exemple, cette année, avec l’aide de Maica Sofronia, nous avons exploré nos relations d’attachement avec nos parents, car bon nombre de nos blessures sont des héritages de notre lignée, et il nous est souvent difficile d’en être conscient. Je suis venue au séminaire très préoccupée par le fait que je travaille beaucoup trop depuis plusieurs années, m’approchant régulièrement de l’épuisement, sans arriver à changer ceci même si je le souhaite. Lors du travail sur l’attachement, j’ai réalisé que mon comportement professionnel actuel est fortement lié à la fusion vécue avec ma mère durant mon enfance. À cette époque, la voyant souffrir beaucoup, j’ai pris sur mes épaules de veiller sur elle et d’essayer de la rendre heureuse, renonçant pour cela à mes propres besoins. Aujourd’hui, je me sens exister seulement si je prends sur mes épaules tous les problèmes (de mes collègues, de l’institution, mais aussi des membres de la famille et des amis), mes besoins passent toujours au dernier plan, et je suis en permanence surchargée ! Les exercices m’ont aidée à réaliser combien la similitude était grande, alors que je ne la voyais même pas, et aujourd’hui je peux entrer en contact avec les émotions douloureuses liées à cette blessure, d’où je vais pouvoir appeler Dieu pour qu’il me guérisse.
Gloire à Dieu pour tout !
Qu’Il bénisse Maica Siluana et Maica Sofronia pour leurs enseignements si précieux, Bogdan qui a traduit leurs mots, et tous les participants du séminaire, dont les cheminements personnels ont souvent fait écho aux miens. Qu’Il nous accorde à tous ce qui est bon et utile à nos âmes !