Saint Nicolas Vélimirovitch et le Starets Silouane

publicat in L’évangile au Monastère pe 19 Septembre 2017, 07:57

« Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé entre eux, mais l’évêque Nicolas aimait venir souvent au Mont Athos et, à chaque visite, il s’empressait de voir saint Silouane, raconte le père Sophrony. Le starets était très simple et il ne parlait pas à tout le monde de ce qu’il avait écrit ; on ne peut vraiment juger quelqu’un que sur ses paroles. Deux évêques l’estimaient : Mgr Benjamin de Russie – qui est mort comme higoumène du monastère de Pskov, un vieux couvent qui devait avoir un évêque à sa tête – et Mgr Nicolas qui était métropolite. Ce dernier avait une vénération pour le starets Silouane, qui n’aimait pas cela. Un jour, il était allé à la librairie avec le starets. Il tendait chaque livre qu’il achetait à Silouane, pour que celui-ci le mette dans une caisse. Il voulait ainsi que chaque ouvrage soit béni en passant par les mains du starets. Celui-ci était toujours obéissant, mais cela le gênait et, dans sa gêne, silencieux jusque-là, il dit en voyant le livre de saint Macaire le Grand : "Il est grand !" Et l’évêque Nicolas lui répondit : "Il y a ici plus grand que saint Macaire..." »

« Après, chaque fois que l’évêque Nicolas venait à l’Athos, il se hâtait de voir le starets en premier, avant tous les higoumènes. Il le prenait par l’épaule, et les gens – ceux qui avaient une fonction administrative dans le monastère – ne comprenaient pas. Certains pensaient même : "Il y a des fous". Car, même si on ne pouvait accuser la conduite du starets, qui était irréprochable, on émettait des doutes... »

« En fait, l’évêque Nicolas avait une immense dette de reconnaissance envers le starets Silouane. Il était venu pour la première fois au Mont Athos alors qu’il traversait de grandes difficultés spirituelles, et le starets l’avait aidé à discerner et à résoudre son problème. La même chose s’était produite pour moi : personne n’avait pu me donner une réponse. Le père Stratonique, célèbre starets du Caucase, admirait lui aussi Silouane : il avait le don de la prière et de la parole, mais le starets avait répondu à une question dont il ignorait la réponse. »

Dans un article sur la première édition du livre du père Sophrony sur le starets Silouane, l’évêque Nicolas écrivait :

« Si quelqu’un visite le Mont Athos et regarde à la douceur des moines, il doit penser que leur vie est ennuyeuse et sans but. Extérieurement, on a cette impression parce que très peu de gens peuvent deviner le combat incessant qui se déroule dans leur âme. Quelle bataille surnaturelle et invisible, non seulement contre les principautés, contre les puissances des ténèbres, mais aussi, au moins pour ceux qui commencent, contre la chair et le sang, contre les désirs du corps et les passions ! »

« Dans la deuxième partie du livre, le père Silouane écrit comment cette lutte l’amena au désespoir et presque au suicide. La Mère de Dieu lui apparut dans son agonie et le purifia des désirs impurs de la chair et du sang. Le Christ lui apparut et lui donna le pouvoir de vaincre les pensées terrestres et les mauvais esprits. Et ainsi, après un quart de siècle de lutte intérieure, le combattant remporta la victoire ; le chercheur de Dieu devint le "connaissant Dieu, l’apprenti, le maître." »

« Le starets Silouane fut aussi mon maître. Une fois je lui demandai : "Père Silouane, je suppose que votre prière mentale est distraite par tous ces gens qui viennent à votre magasin pour acheter des icônes, des croix et d’autres articles. Ne serait-il pas mieux pour vous d’aller au désert de Karoulia et d’y vivre en paix – comme ces ermites que sont le père Théodose, le prince Parthény, Dorothée, Kallinique –, ou de vous installer dans une grotte comme le père Gorgonios ?" – "Je vis déjà dans une grotte, me répondit Silouane. Mon corps est une grotte pour mon âme et mon âme est une grotte pour le Saint-Esprit. Et j’aime servir le peuple de Dieu sans sortir de ma grotte". »

« Avec tout son empressement à servir chaque personne, avec toute sa merveilleuse humilité et son affectueuse bienveillance, le starets Silouane parlait avec autorité des choses divines. Il parlait de Dieu avec une étonnante intimité, comme un ami parlerait d’un ami. "Je connais Dieu : il est aimable, doux et serviable", disait-il. Son amour, avec des prières remplies de larmes, a recouvert les péchés des pécheurs, corrigé ceux qui font le mal, réconforté les découragés, guéri les malades et calmé les tempêtes. On peut trouver le témoignage de tout cela dans ce livre ».

En écho à cette recension, l’évêque Nicolas dit aussi un jour : « Les saints ont parcouru le chemin le plus long que l’être humain puisse traverser : celui qui va de l’enfer jusqu’au Paradis ».

Reproduit de l’article de sœur Pélagie
(monastère Saint-Jean-Baptiste en Angleterre),
« Chrysostome serbe, Nicolas Vélimirovich,
philosophe du Saint-Esprit »,
revue Buisson Ardent, Cahiers Saint-Silouane-
l’Athonite, n°.4, 1998.