La Croix – Triomphe de l’Esprit, honneur des anges, lumière du monde

publicat in Homélies et sermons pe 11 Septembre 2017, 07:35

Tels sont les avantages que nous a procurés la Croix ; la Croix qui est un trophée érigé contre les démons, une arme contre le péché, le glaive avec lequel Jésus Christ a percé le serpent infernal. La Croix est la volonté du Père, la gloire du Fils unique, le triomphe de l’Esprit divin, l’honneur des anges, la sûreté de l’Église, le rempart des saints, l’objet dont se glorifiait Paul, la lumière du monde entier. En effet, comme pour dissiper les ténèbres d’une maison obscure, on allume et on élève un flambeau ; de même Jésus Christ, allumant et élevant la Croix comme un flambeau, a dissipé les ténèbres épaisses dans lesquelles toute la terre était plongée.

Et comme un flambeau est surmonté de la lumière qui le rend lumineux, ainsi la Croix était surmontée du Soleil de justice qui la rendait brillante. Le monde voyant le Fils de Dieu crucifié, a frémi, la terre a été ébranlée, les pierres se sont fendues ; mais les cœurs des Juifs, plus durs que la pierre sont restés insensibles. Le voile du temple s’est déchiré ; et leurs complots criminels ne se sont pas rompus. Pourquoi le voile du temple s’est-il déchiré ? c’est que le temple voyait avec peine le Seigneur immolé hors de son enceinte sur l’autel de la Croix ; et par le déchirement de son voile Il semblait dire à tous les hommes : Que celui qui le voudra foule désormais aux pieds le Saint des saints. À quoi me servent les objets que je renferme, puisqu’une telle victime est immolée hors de mon enceinte ? à quoi me sert le testament ? à quoi me sert la loi ? C’est en vain que j’ai instruit les Juifs depuis plusieurs siècles. Le Prophète s’écriait à ce sujet : « Pourquoi les nations ont-elles frémi ? pourquoi les peuples ont-ils fait des réflexions inutiles ? » (Ps 2, 1) Les Juifs avaient entendu cette prophétie : « Il a été conduit à la mort comme une brebis timide, il s’est tu comme un agneau devant celui qui le tond » (Is 53, 7) ; ils y avaient réfléchi longtemps ; et lorsqu’ils l’ont vue s’accomplir, ils ont refusé d’y croire. Vous voyez comme ils ont fait des réflexions inutiles. Le voile du temple s’est déchiré pour annoncer combien le temple allait devenir pour toujours désert et abandonné.

Puis donc qu’en ce jour nous devons nous-mêmes voir Celui qui a été attaché à la Croix, approchons, mes très-chers frères, approchons avec tremblement et avec un recueillement respectueux, comme vers l’Agneau sacrifié et immolé pour nous. Ne savez-vous pas comment les anges se tenaient près du tombeau où il n’y avait plus de corps ? ils rendaient hommage au tombeau vide, comme à un monument qui avait renfermé le corps du Seigneur. Les anges, qui sont d’une nature supérieure à la nôtre, se tenaient près du tombeau, recueillis et pénétrés d’une vénération profonde ; et nous, qui ne devons pas approcher d’un tombeau vide, mais de la table même où repose l’Agneau sans tache, nous approchons en faisant du bruit, en excitant du tumulte ! Pourrons-nous jamais excuser notre irrévérence ? […] Pensez à ce qui coule sur l’autel. C’est du sang, et un sang qui a aboli la cédule de vos péchés, un sang qui a purifié votre âme, qui a effacé toutes vos taches, qui a triomphé des principautés et des puissances : « Jésus Christ, dit saint Paul, a désarmé les puissances ; Il les a menées en triomphe à la face de l’univers, après les avoir vaincues par sa Croix » (Col 2, 15). Le trophée qu’Il a érigé est décoré des marques de sa victoire, et les dépouilles de ses ennemis sont suspendues au haut de sa Croix. Comme un prince généreux, après avoir terminé une guerre difficile, suspend au haut d’un trophée les cuirasses, les boucliers, les armes du tyran et de ses satellites, qu’Il a vaincus : de même Jésus Christ, après avoir terminé la guerre contre le démon, a suspendu au haut de la Croix les armes de son ennemi, la malédiction et la mort ; Il en a fait un trophée éclatant, propre à être aperçu par tous les êtres, par les puissances d’en-haut qui sont dans les Cieux, par les hommes qui habitent la terre, par les démons mêmes, dont Il a triomphé. Puis donc que nous jouissons d’une si grande faveur, rendons-nous dignes des bienfaits que nous avons reçus, afin que nous obtenions le Royaume céleste par la grâce et la bonté de notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient avec le Père et l’Esprit-Saint, la gloire, l’honneur et l’empire, dans tous les siècles des siècles. Amen.


Saint Jean Chrysostome,
« Homélie sur le mot Cœmeterium et sur la Croix », 2-3, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie éditeurs, 1864