Du sommeil de la tombe

publicat in Homélies et sermons pe 10 Septembre 2017, 07:33

Oh homme ! combien étonnante est la méditation sur tes origines, mais plus étonnante encore celle sur les mystères de ton réveil. Et encore, vraiment admirable, pour qui y réfléchit, est le commencement de ta formation, mais plus grande et plus admirable encore est la gloire de ta résurrection. Mon âme est triste jusqu’à la mort1, mais je reprends courage dans la foi, à cause de celui qui le premier est mort et ressuscité et qui, par sa résurrection, a apporté au genre humain la consolation de l’espérance.

Ne sois pas triste, oh homme mortel ! parce que tu entreras un jour dans le silence du tombeau, toi qui es plus beau que tout, mais que l’outrage de la mort corrompra ! Dieu a imposé une limite au silence de ton abaissement et de ton complet dépouillement, où personne ne se souvient plus de toi. Autant est belle ta constitution, autant est impressionnante sa corruption ! Mais que la tristesse ne te frappe pas pour cela, car tu vas la revêtir à nouveau, brûlante de feu et d’Esprit, et portant en elle l’image exacte de ton Créateur. Que ne te troublent pas des doutes sur la solidité d’une telle espérance, car Paul te console à ce sujet : « Il transformera, dit-il, le corps de notre humilité et le rendra conforme au corps de sa gloire »2.

Ne sois pas triste, parce que nous resterons pendant de longues années dans cette corruption de la mort, sous la poussière, jusqu’à ce que la fin du monde nous atteigne : cela ne pèsera pas sur nous. La mort, de même ce laps de temps pendant lequel nous dormirons dans un tombeau, passeront pour nous comme le songe d’une seule nuit. En effet, notre sage Créateur a aussi rendu légère notre mort, de sorte que nous n’en ressentironsaucunement la peine. Elle semble lourde aussi longtemps que nous ne l’avons pas encore accueillie, mais ensuite, nous ne ressentirons pas notre corruption ni la dissolution de notre constitution : tout cela ne pèsera pas plus lourd que ne pèse le songe d’une nuit au moment du réveil, comme si nous nous étions endormis la veille et sommes déjà sur le point de nous lever. Aussi léger sera pour nous le long sommeil au tombeau, et aussi peu dureront les années que nous y passerons.

Saint Isaac le Syrien, « Œuvres spirituelles » II, 73-75, Abbaye de Bellefontaine, 2003, pp.227-228

Notes :

1. Mt 26, 38.
2. Ph 3, 21.