publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Septembre 2017, 06:57
Bonne Raison d’Apprendre Par Cœur (5)
Recevoir l’Instruction et Se Voir Promettre le Repos.1
Par son épopée remarquable, le Christ – qui est Dieu et Homme à la fois – réconcilie l’Homme avec Dieu, réalisant ainsi le projet du Père, « ce mystère caché de toute éternité, et que les anges mêmes ne connaissaient.2 »
Le Christ nous a ainsi ouvert l’accès auprès du Père, et nous a avertis qu’il est lui-même le chemin d’accès. C’est par lui, avec lui et en lui que nous pouvons cheminer avec succès vers l’accomplissement de notre vie chrétienne.3
Précédemment, j’ai cité Romains 10, 17, texte dans lequel nous apprenons que c’est par l’écoute de la parole du Messie, que l’homme trouve la foi, et entretient sa foi :
Ainsi la foi vient de l’écoute, de l’écoute d’une parole du Messie
Aujourd’hui je propose Matthieu 11, 28-30 : le joug (Traduction Bernard Frinking))
Comme nous pouvons le remarquer, le Christ et son joug sont mis en parallèle avec le repos – le repos pour nos âmes surchargées : un maître débonnaire, doux et humble de cœur, propose un joug aisé, une charge légère, et le repos
1/ Venez vers moi vous tous qui peinez et qui êtes surchargés …
Une note de la Bible de Jérusalem nous indique que cette charge trop lourde désigne la Loi et les observances qui la surchargent, ce légalisme juif auquel Jésus s’opposera sans cesse.
2/ Soulevez mon joug …
* Dans l’Ancien Testament, le livre de l’Exode nous raconte que la Torah – les Dix Commandements – a été communiquée à Moïse sur le Mont Sinaï pour qu’elle soit observée et mise en pratique par le peuple. Ce dernier s’y engage à plusieurs reprises :
Ce n’est pas donné comme un joug,mais comme un contrat d’Alliance, ou de mariage.
Je serai pour vous un Dieu et vous serez pour moi un peuple (Lévitique 26, 12 - Traduction BJ.)
Ce qui est qualifié de joug à cette époque-là, c’est la servitude en Égypte, dont le Seigneur vient de les délivrer : J’ai brisé les barres de votre joug (Lv 26, 13)
* C’est plus tard, quand le peuple est devenu infidèle à cette Alliance et s’est voué à l’idolâtrie qu’apparaît le mot ‘joug’, pour désigner ce lien de fidélité à Dieu qui devait s’exprimer par le respect et l’obéissance aux commandements, mais qui n’est plus.4
Dieu châtie, envoie des calamités disant par la bouche de Jérémie : (Traduction BJ)
Et voici qu’apparaît le mot ’joug’ :
Jr 2, 20 –Oui, depuis longtemps, tu as brisé ton joug, rompu tes liens. Tu as dit : ‘Je ne servirai pas’. Toutefois, sur toute colline élevée et sous tout arbre vert, tu t’es couchée comme une prostituée ... bafouant le Dieu Vivant et Un par ta soumission aux idoles.
De même en Jérémie 5, 5, on peut lire : les élites comme les gens du peuple, tous ont brisé le joug, rompu les liens. Trahi, le Seigneur promet le malheur à son peuple : Ils seront victimes des lions du maquis, ils seront ravagés par les loups des steppes.
Le ‘joug’ apparaît donc bel et bien comme la Loi du Seigneur, à laquelle il faut se soumettre, sous peine, en rejetant la crainte de Dieu, de déclencher la colère du Dieu aimant et jaloux.5
* Pourtant, avec le Siracide (ou Ecclésiastique), œuvre du roi Salomon, donc antérieure aux terribles déportations des royaumes d’Israël d’abord et de Juda ensuite, le ‘joug’ désigne la Torah en tant que parole de Dieu, objet d’étude et de méditation, d’instruction utile et désirable pour obtenir la Sagesse tant convoitée par les Sages, source de joie en présence de Dieu, manière d’union à Dieu en ce temps pré-christique.
Le livre de Ben Sira se termine par un poème décrivant sa recherche passionnée de la Sagesse, et je ne résiste pas au plaisir de le transcrire ici pour partie.
Si 51, 13-30 (Traduction TOB 2011) –
Et maintenant, il veut partager, transmettre :
* Dans la Fraternité Saint Marc, nous avons un récitatif très semblable, tiré du même Siracide : Si 6, 23-30 (Traduction Bernard Frinking)
Il n’y a pas le mot joug, mais il y a les entraves, le collier, le portage sur l’épaule, et les liens … , ainsi que l’effort persévérant en direction de l’instruction, et à la fin : la joie. On pourra l’apprendre lors d’un atelier du jeudi soir.
Donc, ce joug, c’est bien celui de la Torah, celui de la Parole de Dieu, ici appelée Sagesse ou instruction. Bernard Frinking parle du ‘joug du Royaume’.
Le joug – qui est un objet qui relie deux éléments – par définition se porte à deux.
3/ Je vous ferai reposer (…) Et vous trouverez repos ...
Dans les citations du Siracide ci-dessus, nous avons pu constater l’association de ‘joug’ de la Parole et de ‘repos’. Gardons cela en mémoire.
* Mis à part les occurrences du repos de Dieu au septième jour, en Genèse 2, 2 et 36, la première occurrence de ‘repos’ se trouve en Deutéronome 12, 9 (Traduction TOB 2011): Moïse dit :
8. Quand vous serez entrés dans la Terre Promise, vous n’agirez pas comme nous le faisons aujourd’hui (…) 9. car vous n’êtes pas encore entrés dans le lieu du repos, dans le patrimoine que le Seigneur te donne. 10. Mais vous allez passer le Jourdain, et vous habiterez dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donne comme patrimoine : il vous accordera le repos face à vos ennemis d’alentour, et vous y habiterez en sécurité.
Le lieu du repos, c’est clairement la Terre Promise, et y jouir du repos signifie clairement que la longue marche dans le désert et les luttes pour la conquête sont terminées. On peut facilement transposer cela dans la vie spirituelle.
* Mais toujours et depuis le début, les infidélités d’Israël et la colère jalouse du Dieu de miséricorde, se font face. Comme dans notre vie spirituelle – où nous tenons le rôle d’Israël.
On trouve au Psaume 95 (94)7 : (Traduction mixte : TOB 2011 et Père Placide)
Telle est la version grecque du Psaume, comme le cite Saint Paul en Hébreu 3, 7-11.
Il faut savoir que ce Psaume fait allusion à l’événement raconté en Exode 17, 1-7, qui se situe tout de suite après le franchissement de la Mer Rouge par les Hébreux fuyant l’Égypte et sa servitude, sous la conduite de Moïse. Dans le désert, le peuple assoiffé ‘querelle’ (en hébreu Mériba) Moïse, et met Dieu à l’ ‘épreuve’ (en hébreu Massa). Moïse interroge le Seigneur qui répond : Prends ton bâton et frappe le rocher. Et alors l’eau coule à flots et tous peuvent boire, hommes et bêtes.
Malgré son issue heureuse, cet épisode restera une fêlure essentielle dans la relation de Dieu avec son peuple – lequel a démontré ici sa promptitude à contester, sa méfiance viscérale à l’égard de Dieu. Et le récit est conclu ainsi : Exode 17, 7 (Traduction TOB 2011) :
7. Et Moïse appela ce lieu du nom de Massa et Mériba – Épreuve et Querelle – à cause de la querelle des fils d’Israël, et parce qu’ils mirent le Seigneur à l’épreuve en disant : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »
Et Saint Paul fait ce commentaire : Hébreux 3, 16-19 (Traduction TOB 2011) –
16. Quels sont en effet ceux qui entendirent et qui provoquèrent l’exaspération ? N’est-ce pas tous ceux qui sortirent d’Égypte grâce à Moïse ? 17. Et contre qui s’est-il emporté pendant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui avaient péché, dont les cadavrestombèrent dans le désert ? 18. Et à qui jura-t-il qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ces indociles ? 19. Et nous constatons qu’ils ne purent pas entrer à cause de leur incrédulité.
Seuls leurs fils entrèrent.
Et nous ?
Saint Paul, dans la suite du commentaire affirme que ‘mon repos’, le repos de Dieu dans lequel ils ne sont pas entrés, signifie ‘le repos du septième jour’ :
Hb 4, 4 – Et Dieu se reposa le septième jour de tout son ouvrage ;
Et que : 9. Un repos sabbatique reste en réserve pour le peuple de Dieu, 10. car celui qui est entré dans son repos (c’est-à-dire Jésus, Fils de Dieu, qui a traversé les cieux – Hb 4, 14) s’est mis, lui aussi à se reposer de son ouvrage, comme Dieu s’est reposé du sien. 11. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos, afin que le même exemple d’incrédulité n’entraîne plus personne dans la chute.
Tout ce que le Christ a réalisé, il nous invite à y participer, par lui, avec lui et en lui, jusqu’à partager son repos.
J’en ai été la première émerveillée, Saint Paul poursuit aussitôt sa démonstration en évoquant la Parole de Dieu, agissante et puissante pour transformer :
12. Vivante en effet est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur. 13. Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue, tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte.
Ce sera ma conclusion.
Le Christ promet le repos à ceux qui se soumettent au joug de sa Parole, de cette Parole-là.
Commençons ! Le travail de purification est ardu, et courte la vie.
Mais, comme un encouragement nous parvient cette parole de Bernard Frinking, soulignant que si nous soulevons son joug, le Christ lui-même sera sous le joug avec nous, s’associant à notre travail, portant largement ; c’est pourquoi – lui-même peut nous en assurer – mon joug est aisé et ma charge légère. Ce qu’il nous laisse à porter est bien moindre que ce qu’il endosse lui-même, lui qui porte le péché du monde. C’est pourquoi cela doit être faisable.
Gloire à Dieu.