L’Arbre de vie au Paradis et la prière du Nom de Jésus (1)

publicat in Varia pe 19 Juin 2017, 09:07

La vérité et l’amour

La vérité et l’amour sont les deux vantaux de la porte qui ouvre sur le mystère de l’Église. Ils se distinguent des vertus car c’est en elles que s’épanouissent et croissent les vertus divines qui furent inséminées à l’origine de la création dans le cœur de l’homme et qui rehaussaient la vêture de lumière d’Adam à l’aube de la création.

La vérité et l’amour sont des puissances de vie divine, éternelle, incorruptible et immortelle. Ils sont les sacrements du Royaume et les sûrs garants de la transfiguration du monde dans la lumière. La vérité et l’amour se soutiennent l’un l’autre et se vérifient mutuellement. Si la vérité n’est pas soumise au critère de vérification qu’opère sur elle l’amour, toutes les valeurs du monde s’équivaudraient. La paille serait appréciée pour du bois et l’acier pour de l’or. Le mensonge, par un habile travestissement, peut se donner à percevoir comme une vérité ; et l’amour, privé du rayonnement de la souveraine lumière de la vérité en laquelle resplendit sa radieuse beauté, et coalisé avec le mensonge, peut jeter l’homme dans un abîme de perdition. Sans ces deux clefs souveraines qui entrouvrent la porte de la félicité divine, nul ne peut entrer dans la Promesse du Père, révélée en son Fils Jésus-Christ, et offerte aux hommes dans la grâce de l’Esprit.

La vertu du témoignage

Si le Seigneur a donné aux hommes la prescription suivante : « Toute attestation sera reçue sur la foi de deux ou de trois témoins » (cf. Deut 17, 6 ; 19, 15 ; Mt 18, 16 ; 2Cor 13, 1 ; 1Tim 5, 19), Dieu s’y est Lui-même soumis le premier, non par obligation, mais en raison de l’exigence du témoignage de la vérité qui est au cœur de l’amour, et qui est la vie même de Dieu. Le Père rend témoignage à son Fils bien-aimé. Le Fils rend témoignage au Père et l’Esprit rend, Lui-aussi, témoignage au Fils et élève l’esprit de l’homme à la connaissance de la plénitude de la vérité concernant le dessein éternel du Père, pour la glorification de la Trinité bienheureuse, digne de toute louange. « Le Père témoigne de moi », nous dit Notre Seigneur Jésus-Christ dans l’Évangile, et, l’Esprit de vérité « que je vous enverrai d’auprès du Père, qui procède du Père, me rendra témoignage » (Jn 15, 26). Pendant la Sainte Cène, le Christ révèle à ses Apôtres le témoignage qu’ils rendront à la vérité divine devant le monde : « Vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement » (Jn 15, 27).

L’amour comme témoignage rendu à la vérité

Aimer consiste à étreindre dans son cœur un autre que soi-même. Il consiste en la douceur d’une captivité, source de ravissement du cœur et du vécu d’une plénitude qui vient combler un vide, lorsque l’on se dépossède pour un autre que soi-même. L’amour presse le cœur de l’homme à une heureuse dépossession de soi. Aimer consiste à rendre témoignage à la vérité, à la lumière et à l’amour de Dieu qui est à la racine de toute la création. L’amour presse le cœur de l’homme à rendre témoignage à la véracité de la Parole divine qui est « la véritable Lumière, qui illumine tout homme venant en ce monde. » (Jn 1, 9). L’amour de l’homme est une attestation au cœur de celui qui aime, que Dieu est véridique et que sa vérité est la plénitude de tous les biens. C’est par l’amour que le monde est affermi, illuminé et sauvegardé, l’énergie de l’amour surpasse infiniment en puissance, les forces de rébellion liguées, dans le monde contre la vérité divine, contre la beauté divine et contre la lumière de l’amour. Celui qui aime témoigne que Dieu est amour et il reçoit l’énergie transfiguratrice du monde qu’est l’amour, de la vertu de l’Esprit-Saint, le Foyer brûlant d’un feu inextinguible au cœur du monde. Et il en devient le témoin.

Un témoin, suivant les usages du monde, est appelé à attester de la vérité et non du mensonge, autrement, il n’aurait pas rang de témoin ; on le compterait plutôt parmi les imposteurs et les affabulateurs. Un témoin témoigne de ce qu’il a vu, connu, expérimenté, jaugé par ses propres aptitudes rationnelles. Et il est cru sur la foi de la conformité de son témoignage à la vérité. Aimer le Christ, c’est garder ses commandements et cette garde consiste à rendre témoignage à la vérité : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » (Jn 14, 21)

L’apôtre et Évangéliste Jean nous délivre dans sa Première Épître, le critère de discernement du témoignage de la vérité. Celui-ci mobilise l’intégrité psychique et spirituelle de l’homme, dans l’expérience concordante des sens et la conciliation symphonique de l’esprit, de l’âme et du corps. C’est sur une telle intégrité que l’Évangéliste Jean fonde le témoignage qu’il donne, dans son Épître catholique, de l’Incarnation du Fils éternel du Père, et il écrit : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, car la Vie s’est manifestée, nous l’avons vue, nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons cette vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons afin que vous aussi soyez en communion avec nous » (1Jn 1, 3). « D’où vient que le Théologien ait pu porter un tel témoignage ? D’où lui vient cette audace, se demande saint Justin le Nouveau de Tchelié ? ». Et il nous donne comme réponse à sa question : « De sa propre expérience, la méthode de la connaissance du Verbe est purement expérimentale. »1

Il n’est possible à quiconque de rendre témoignage à la vérité que par la connaissance expérimentale qu’il a d’elle. Et il n’est possible d’expérimenter la vérité qu’en rejetant le mensonge et l’erreur, en s’adonnant à l’ascèse purificatrice du cœur et de la pensée de toutes les affections passionnelles qui obscurcissent les canaux de l’âme et la jettent en aveugle sur les récifs de l’orgueil et de la suffisance de l’intellect. La vérité étant de nature simple et non composée, le cœur qui s’éprend d’elle, doit se départir de la confusion et du relativisme généralisé des travestissements de la vérité dont le monde habille ses erreurs. L’esprit de l’homme sonde la vérité par une gustation intérieure. Elle la reconnaît dans les entrelacs du mensonge par la gustation intérieure de la part intuitive du noûs, au cœur de notre cœur. Une telle aptitude requiert, toutefois, d’être gardée dans la pureté, en ayant en aversion le mensonge et fuir ce dernier comme la fosse recouverte des branchages du chasseur de proie, qu’est le guerroyeur, l’ennemi du genre humain, le diable. L’esprit – qui s’est accoutumé au mensonge ou qui a pris l’habitude de lier sous un même joug le mensonge et la vérité, par une perversion des facultés spirituelles et un affaiblissement de leurs puissances – perd l’aptitude gustative de la vérité propre au sens intérieur du cœur. En guise d’exemple, la danse de la valse ne peut se danser qu’à trois temps. Lorsque le rythme de la valse adopte un battement à deux temps, elle perd sa légèreté et se transmue en une marche militaire, ou en la scansion bipolaire d’une horloge à pendule. Et, elle n’est plus une valse. L’esprit de l’homme qui s’est accoutumé au mensonge, émousse, de même, l’acuité de l’œil de l’intelligence à percevoir la clarté diaphane pure et sans mélange qui rayonne du sein de la Vérité salvatrice sur le monde.2 « Si la réception des parfums sensibles est agréable et nourrit d’une grande volupté l’organe qui est capable en nous de discerner les odeurs, à condition qu’il soit sain et bien adapté aux parfums qu’il reçoit, on pourrait dire de façon analogue que nos puissances intellectives, pourvu qu’aucune propension vers le mal ne vienne les corrompre, qu’elle conserve la vigueur naturelle de ce pouvoir de discernement qui nous appartient, deviennent elles-aussi, selon les opération qu’accomplit Dieu en notre faveur et dans la mesure où l’intelligence répond à ses grâces par une divine conversion, aptes à recevoir les parfums [du Dieu glorifié dans la Divine Trinité], pleines d’un saint bonheur et nourries d’une manne parfaitement divines. »3

Pour aimer la vérité et s’éprendre d’elle, il faut accoutumer l’oreille du cœur à obéir à ses préceptes. C’est dire que la vertu d’obéissance et l’énergie de l’amour dessinent, toutes deux, la cartographie spirituelle de la connaissance parfaite de la vérité. Et le modèle nous en est offert par les Saintes Hypostases de la Divine Trinité : « Le Père éprouve un amour parfait envers le Fils et l’Esprit. Le Fils éprouve un amour parfait envers le Père et l’Esprit. Et l’Esprit éprouve un amour parfait envers le Père et le Fils. C’est à cause de cet amour parfait que le Père éprouve l’obéissance la plus docile envers le Fils et l’Esprit, tandis que le Fils éprouve l’obéissance la plus docile envers le Père, et que l’Esprit éprouve l’obéissance la plus docile envers le Père et le Fils. »4

La vérité et l’Église

Veiller à la pureté de la foi, c’est veiller à ce qu’aucun grain de poussière ne vienne entacher la pureté virginale du voile immaculé de la Mère de Dieu. Sa beauté en serait avilie. Car la foi juste ne tolère aucun apport étranger à la vérité de la saine doctrine qui est la véritable parure de la robe immaculée de l’Église. Toute erreur doctrinale introduite dans la confession de foi la dénature et porte atteinte à la beauté de l’Église. Elle est en même temps une forme de négation de la virginité perpétuelle de l’Épouse du Christ, la glorieuse Souveraine, la Toute-Pure et Toute-Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie.

A suivre ...

Jacques Agbodjan

Notes :

1. Abba Justin, Commentaire des Épîtres de saint Jean le Théologien, pp.8, 9, trad. Jean-Louis Palierne.
2. « à moins qu’il ne lave le vêtement de sa conscience, conformément au commandement de Moïse, dans le Livre du Lévitique, donné à ceux « qui ont touché quelque pensée morte et abominable. » (Lv 11, 25-28). Cf Grégoire de Nysse, Homélie sur le Cantique des cantiques, Deuxième Homélie, Préambule 1, Éditions Lessius, 2008.
3. Le Pseudo Denys l’Aréopagite, La Hiérarchie ecclésiastique, IV, §4, Œuvres complètes, page 287, trad. Maurice de Gandillac, Éditions Aubier 1943.
4. Saint Nicolas Vélimirovitch, Homélies sur les Évangiles des dimanches et jours de fête, Homélie pour la Pentecôte, p. 334, Coll. Grands Spirituels orthodoxes du XXe siècle, trad. Lioubomir Mihailovitch, Édition L’Age d’Homme, 2016.