publicat in L’évangile au Monastère pe 14 Mai 2017, 06:23
Tu as donc appris, mon ami, que le Royaume des Cieux est intérieur à toi, si tu le veux, et que tous les biens éternels sont dans tes mains. Empresse-toi donc de voir, de saisir et d’obtenir en toi les biens tenus en réserve et prends garde en t’imaginant les posséder de ne pas être privé de tout ; gémis, prosterne-toi ; comme l’aveugle autrefois1, dis maintenant, toi aussi :
Aie pitié de moi, Fils de Dieu, et ouvre-moi les yeux de l’âme, afin que je voie la lumière du monde que Tu es, Dieu, et que je devienne moi aussi fils du jour divin. Envoie le consolateur, ô clément, sur moi aussi, afin qu’Il m’enseigne Lui-même ce qui Te concerne et ce qui est Tien, ô Dieu de l’univers. Reste, comme Tu l’as dit, en moi aussi, afin que je devienne à mon tour digne de rester en Toi et que sciemment j’entre alors en Toi et que sciemment je Te possède en moi. Daigne, ô invisible, prendre forme en moi, afin qu’en voyant ta beauté inaccessible, je porte ton image, ô céleste, et que j’oublie toutes les choses visibles. Donne-moi la gloire que T’a donnée, ô miséricordieux, le Père, afin que, semblable à Toi comme tous tes serviteurs, je devienne dieu selon la grâce et que je sois avec Toi continuellement, maintenant et toujours et pour les siècles sans fin.
Oui, mon frère bien-aimé, crois et sois persuadé qu’il en est ainsi et que telle est notre foi. C’est en cela que consiste – crois-le, frère – de renaître, d’être rénové et de vivre dans le Christ. Nous étions morts et nous revenons à la vie ; corruptibles, et nous passons à l’incorruptibilité ; mortels, et nous sommes transportés dans l’immortalité ; terrestres, et nous devenons célestes ; charnels nés de la chair, et nous devenons spirituels, engendrés et créés à nouveau par l’Esprit-Saint.
Voilà donc ce qu’est la nouvelle création dans le Christ. Voilà ce qui s’accomplit et se réalise chaque jour chez les fidèles et les élus véritables. Ils communient à tous ces biens partiellement tant qu’ils sont dans le corps, et ils le font de manière consciente. De plus, ils espèrent aussi les recevoir en héritage après la mort, en toute plénitude et certitude. […]
Celui qui pratique en tout la tempérance et habitue son âme à ne pas s’égarer hors de l’ordre, à ne rien faire par sa volonté propre de ce qui déplaît à Dieu, et qui s’applique ardemment tout entier à suivre les commandements divins, celui-là se trouvera bientôt enveloppé lui-même dans les préceptes de Dieu.
Qu’il rencontre le Seigneur et, oubliant alors toute autre activité, il sera dans le ravissement et, prosterné, il n’aura d’autre désir que de Le voir. Qu’il Le perde des yeux, perplexe alors, il reprend sa route à partir du début et court plus fort, plus énergiquement et plus sûrement. Il regarde à ses pieds, il marche avec attention ; la mémoire brûle, le désir flambe, l’espérance s’enflamme de Le voir de nouveau ; et lorsqu’une longue course l’a laissé sans force loin du but qu’il n’a pu atteindre, complètement abattu et incapable d’avancer, c’est alors qu’il aperçoit Celui qu’il poursuit ; il atteint Celui qui le fuit, saisit Celui qu’il désire il se fond dans la lumière, il goûte à la vie, il étreint l’immortalité, il entre dans une jouissance délicieuse, il monte au troisième ciel2, il est ravi au paradis, il entend des paroles indicibles, il pénètre dans la chambre nuptiale, il voit l’Époux, il participe au mariage spirituel, il se rassasie de la coupe mystique, du veau gras, du pain vivifiant, du breuvage de vie, de l’agneau immaculé, de la manne intelligible : il entre en jouissance de tous ces biens que les puissances angéliques elles-mêmes n’osent pas regarder librement en face.