Comme tous meurent en Adam, tous revivront en Christ (1 Cor. 15, 22)

publicat in Le monde intérieur pe 20 Avril 2017, 20:49

« Ce n’est pas en paroles seulement que le Seigneur dit que les morts ressusciteront, il réalise la résurrection elle-même (…) ; il réveille une adolescente morte depuis peu (Mt. 9, 23-25) ; ensuite il relève du cercueil un jeune homme que déjà l’on porte au tombeau, et le donne à sa mère (Luc 7, 11-15) ; après cela, c’est Lazare, mort depuis quatre jours, qu’il fait sortir vivant du tombeau (…) (Jn. 11, 17-44) ; ensuite c’est sa propre humanité, percée par les clous et par la lance, qu’il ressuscite des morts, le troisième jour, et il présente, comme témoignage de la résurrection, les marques laissées par les clous et la plaie faite par la lance »

Grégoire de Nysse, « Sur l’âme et la résurrection »

Ceux qui ne croient pas à la résurrection du Christ, ne croient pas à la vie. Car notre existence terrestre reproduit la chute d’Adam et nous conduit inévitablement à la mort. Un homme qui tombe du haut d’un gratte-ciel est encore vivant avant de s’écraser contre le sol, mais peut-on appeler vie ces quelques secondes qui le séparent de la mort ? Nous sommes tous dans la situation de cet homme-là : notre chute commence au moment de notre naissance et quelle que soit sa durée, une minute ou cent ans, ce petit instant de vie n’est rien face au néant éternel où nous précipite la mort : « Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! et que j’occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien : un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du néant » (Bossuet, « Sermon sur la mort »).

La fin de notre vie terrestre étant inéluctable et définitive, ceux qui croient à cette vie-là croient à la mort et au néant : « Pour moi, ce fut toujours étonnant et incompréhensible de voir avec quel acharnement, avec quel enthousiasme la propagande anti-religieuse se battait, en quelque sorte, au nom du néant. Il en résulterait que la dissolution de l’homme dans le néant est une chose très bonne, voire merveilleuse. Tandis que la foi en l’éternité et en l’immortalité serait, pour ainsi dire, nocive, et pour cette raison, il faut lutter contre elle de toutes nos forces » (Père Alexandre Schmemann, « Vous tous qui avez soif » ).

Réduite à sa dimension terrestre, la vie humaine n’est qu’une agitation insensée, vouée à un échec certain, car au bout de tous les chemins de ce monde, sans exception, toute notre existence passée et notre personne elle-même seront anéanties : « Voilà un homme qui a vécu, étudié, souffert, qui s’est enthousiasmé, a aimé, et maintenant tout serait fini, comme si cela n’avait jamais existé » (Père Alexandre Schmemann, ibid.).

Que reste-t-il à la fin de la vie d’une existence humaine, quelle qu’elle soit ? La même chose que sur un écran de cinéma après la fin du film : rien. La mort c’est l’égalité parfaite de tous les hommes de la terre et de tous les animaux, puisqu’elle les réduit tous à néant : « Eh, quoi ! le sage meurt aussi bien que l’insensé ! (…) Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête est le même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle ; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu ; tout a été fait de poussière, et tout retourne à la poussière » (l’Ecclésiaste 2, 16 ; 3, 19-20).

Sans la foi en la résurrection du Christ et en la vie éternelle, la créature humaine n’est que néant, qui vient du néant, s’agite dans le néant, et retournera au néant pour l’éternité.

Sans le Christ, l’existence humaine et l’univers tout entier sont un enfer, sans issue et sans aucun espoir de salut : « Arrêtez-vous ! Vous tous, l’Univers, tous les mondes existants, tous les êtres ! (…) Car tout cela pour moi n’est qu’enfer sans le Christ ! (…) Tout n’est qu’enfers innombrables et interminables, dans les hauteurs, dans les profondeurs, dans les immensités.

La vie sans le Christ, la mort sans le Christ, la vérité sans le Christ, le soleil sans le Christ, l’univers tout entier sans lui – tout n’est qu’un horrible non-sens, un insupportable martyre, un tourment de Sisyphe, l’enfer ! (…) Si le Christ n’est pas, je n’ai que faire de la Vérité ! Elle n’est qu’un enfer. De même, la justice, l’amour, le bien, le bonheur, sont enfer » (Saint Justin Popovitch, « L’homme et le Dieu-Homme »).

La vie de l’homme ne vient pas de l’homme, car nos parents de chair nous donnent en même temps la vie et la mort. Transposée en langage mathématique l’existence de l’homme terrestre peut être représentée de manière aussi exacte que concise par la formule suivante : (+) 1 (la naissance) + (– 1) (la mort) = 0 (le néant).

Nous avons, pour ainsi dire, la preuve mathématique que la vie biologique que nous recevons de nos parents terrestres n’est que néant. Car il n’y a aucune autre vie que celle qui vient de Dieu et aucun autre moyen de vaincre la mort que la résurrection du Christ : « L’homme est véritablement engendré, non quand sa mère le met au monde, mais quand il croit au Christ sauveur ressuscité, parce qu’il est alors engendré à la vie immortelle et éternelle, alors que la mère engendre son enfant pour la mort, pour le tombeau » (Saint Justin Popovitch, op. cit.).

Croire à la résurrection du Christ c’est croire à la Vie, à la Vérité, à l’Amour, à la Justice, à la victoire finale du Bien, et à toutes les autres valeurs humaines, qui sans le Christ ne sont que « vanité et poursuite du vent » (l’Ecclésiaste 1, 14).

De même que la valeur d’un billet de banque ne réside pas dans le papier dont il est fait mais dans la quantité d’or qu’il représente, de la même façon la valeur d’un homme ne provient pas de sa propre personne mais de l’Esprit de Dieu qui lui a donné l’être et la vie : « La vérité ontologique de l’homme ne se trouve pas en lui-même, (…) c’est-à-dire dans ses particularités naturelles, comme le soutiennent les théories matérialistes (…). Créé à l’image de Dieu, l’homme est théologiquement concret. Pour être vrai, il faut qu’à chaque instant il soit et vive centré sur Dieu. Qu’il renie Dieu, et c’est lui-même qu’il renie, c’est lui-même qu’il détruit » (Panayotis Nellas, « Le vivant divinisé »).

L’homme réel n’est pas notre corps mortel, mais l’esprit qui réside en lui, et qui ne vient pas de nos organes de chair, qui ressemblent à ceux des autres animaux, mais de Dieu dont nous portons l’image en nous. Croyants ou incroyants, nous éprouvons tous le sentiment que la valeur de notre personne est supérieure à la somme de nos organes et de nos fonctions biologiques : l’homme le plus beau du monde, la femme la plus séduisante, seraient offensés si l’on mettait un trait d’égalité entre leur corps et leur personne.

Les sciences matérialistes font fausse route lorsqu’elles considèrent que la créature humaine est identique à son anatomie. Un neurobiologiste français va même jusqu’à affirmer que l’Esprit n’existe même pas, puisque ce qu’on appelle ainsi n’est qu’une énergie chimio-électrique fabriquée par nos cellules cérébrales, qui sont identiques à celles des animaux : « De la souris à l’homme, le cortex cérébral se compose des mêmes catégories cellulaires, des mêmes circuits élémentaires. (…) Désormais, à quoi bon parler d’ « Esprit » ? » (Jean-Pierre Changeux, « L’homme neuronal »).

L’aveuglement des sciences matérialistes est semblable à celui d’un homme qui voudrait « juger de la beauté d’une toile à l’aide d’une analyse chimique des couleurs » (Père Alexandre Schmemann, op. cit.).

Lorsque Nietzsche proclame la mort de Dieu, il annonce en même temps la mort de l’homme. Car si Dieu est mort, la mort devient toute puissante et éternelle comme un dieu : « La doctrine des matérialistes : inertie universelle et mécanisme de la matière, c’est la mort » (F.M. Dostoïevski, « Méditation »).

Les hommes qui ont tué Dieu dans leur esprit et dans leur cœur et qui ont fait de leur vie

mortelle une idole, ont choisi la mort. Les hommes qui ont reçu dans leur esprit et dans leur cœur la parole et l’esprit du Christ, ont choisi la vie : « Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11, 25).