publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Avril 2017, 05:40
De la Pédagogie du Seigneur, et d’une Bonne Raison d’Apprendre par Cœur.
Le Seigneur a un projet auquel il tient par dessus tout.
Nous l’avons déjà dit plusieurs fois : le Seigneur veut nous arracher à la mort (spirituelle), et faire de nous des enfants de Dieu, des héritiers de son Royaume – ceci avec notre consentement. N’oublions pas qu’Il nous a créés libres et qu’Il doit donc obtenir notre assentiment.
Faire de nous des enfants de Dieu, c’est la raison pour laquelle le Verbe est venu dans le monde. Dans le Prologue de Saint Jean on chante (Jn 1, 10-11– Traduction M. Jousse)1 :
Et Saint Marc lui, termine son Prologue par ces paroles du Christ : (Marc 1, 15)
Ayez foi en l’Annonce Heureuse.2
L’un comme l’autre, les deux Évangélistes mentionnent la foi dès les premiers versets : c’est qu’il est demandé à l’homme d’utiliser sa liberté pour croire, pour faire confiance à Dieu. Voilà la façon d’utiliser la liberté qui est conforme à la volonté divine, et agréable à Dieu.
A partir de là, Dieu peut agir.
Le Verbe incarné, le Christ, pour faire réussir le plan de Dieu devra donc agir en Grand Pédagogue :
1/ Il faut qu’il nous plaise, qu’il emporte notre adhésion ;
2/ Il faut qu’il nous montre pas à pas le chemin de notre transformation : nous qui sommes rivés à la mort spirituelle, nous nous trouvons maintenant invités par lui à passer à l’état d’enfant de Dieu. Quel programme !
Pour ce, il nous faudra le suivre, mettre nos pas dans ses pas. Il est le chemin3, et nous montre le chemin.
Dans l’Évangile de Saint Marc, sitôt ces paroles prononcées : Ayez foi en l’Annonce Heureuse4, Jésus vient au bord de la mer et appelle ses premiers disciples, ceux qui les premiers auront foi et le suivront. Les premiers bénéficiaires de sa Pédagogie.
J’ai déjà longuement parlé – dans « Apostolia » Nos 96 et 97 de mars et avril 2016 – de cet ‘Appel des quatre’, Pierre et André d’abord, puis Jacques et Jean, narré par Saint Marc dans les versets 16 à 20 du premier chapitre.
Jésus leur dit cette chose étrange :
Ce qui veut dire : « Soyez mes disciples » (aller derrière un Maître signifie être son disciple), et je ferai de vous ce que je suis moi-même : un pêcheur d’hommes.
Que signifie cela ?
Un pêcheur dans l’acception habituelle tire le poisson de son milieu aquatique, et celui-ci meurt. Mais ensuite, donné en nourriture, il entretient la vie chez ceux qui le mangent.
Le pêcheur d’homme quant à lui, tire l’homme de son milieu ordinaire : le monde – le monde du Prince de ce monde, – pour que l’homme, par le don consenti de sa vie ‘mondaine’ trouve la Vie, et à son tour pêche d’autres hommes et leur transmette la Vie, etc. Ainsi se transmet la foi dans le Christ-Dieu incarné.
Il y a donc un engagement, un risque : renoncer à sa vie en ce monde, pour trouver la Vie.
A la moitié de l’Évangile vient le moment du choix, et le Christ le dit clairement : (Marc 8, 34-35)
Comprenons :
Qui perdra sa vie …selon le monde – en renonçant à ses ambitions, à ses passions, et aussi à ses ‘principes’, à ses idées toutes-faites, parfois à son confort matériel, et même intellectuel ;
… à cause de moi et de l’Annonce Heureuse … – c’est très important : on ne renonce pas à soi pour une raison autre que le Christ, sinon on se voue de nouveau à une idole et on va à la destruction de soi, ce qui n’est pas le vouloir de Dieu et ne contribue pas au salut du monde ;
… la sauvera– sa Vie, sa part de vie éternelle. Nous l’avons tous en germe. Elle est offerte à tous sans exception, à nos amis comme à nos ennemis ... Puisque tout homme est créé à l’image de Dieu et que le Christ veut nous sauver tous.
Saisir la Vie, c’est prendre le risque. Quitter ce qu’on connaît – même si c’est une croix – pour ce qu’on ne connaît pas encore. Il faut du courage, et une grande attirance pour celui qui nous appelle.
C’est pourquoi, dans toute la première moitié du récit selon Saint Marc, le Christ va nous ATTIRER,
1/ En se révélant Médecin, capable de guérir l’homme de la chute, et de remettre les péchés. Quelle délivrance !
Sur treize grandes guérisons que comprend la narration de Saint Marc, onze se situent dans
cette première moitié du récit5, et il y a encore bien d’autres guérisons signalées mais non détaillées, et en Mc 1, 32-35, et en Mc 6, 53-566. De plus en Mc 3, 9-10, l’Évangéliste rapporte que Jésus doit se protéger parce que les foules tombent sur lui pour le toucher, tant ils sont avides de ce contact qui guérit.
On voit combien le Christ est un thaumaturge puissant et recherché. Tous se précipitent et se pressent auprès de lui pour bénéficier de ce don. Même Jaïre, pourtant appartenant à l’opposition comme chef de la Synagogue, a recours à lui.
Cette puissance de Miséricorde les attire tous.
2/ Jésus se révèle aussi détenteur d’une connaissance qui frappe, d’un enseignement qui étonne – car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes (Mc 1, 22 et 1, 27.) Dans le courant de cette première moitié du texte, il enseigne de façon voilée. Il met l’eau à la bouche, il allèche mais reste énigmatique, et quant à sa mission qu’il suggère en réponse aux critiques des gens en place (chapitres 2 et 3)7, et quant au mystère de sa Personne, qu’il révèle et cache à la fois par des ‘comparaisons’ ou paraboles (Chapitres 3 et 4).8
En bon pédagogue, il ne révèle pas tout d’emblée. L’enseignement est progressif, adapté à la capacité réceptive des élèves. Le temps de l’Illumination par la véritable connaissance de Dieu viendra plus tard. Et en fait, on s’apercevra que les disciples ne comprendront pas l’enseignement – même explicite – tant que l’Esprit Saint ne sera pas venu en eux. C’est seulement après sa Résurrection qu’il immergera dans le Souffle Saint (Mc 1, 8). Pour nous, c’est pareil : l’Esprit Saint ne vient qu’après l’immersion dans sa Mort, après le baptême.
3/ Il se révèle aussi comme pourvoyeur de pain en abondance.En Marc 6, 34-44, comme en Marc 8, 1-9, nous le voyons multiplier les pains et les poissons jusqu’à rassasier les foules dans le désert. Et il en reste. Avec lui, fini les problèmes économiques. Tout le monde mange à satiété, sans effort. Quel rêve ! On a envie de le suivre, et même de l’élire roi ! D’ailleurs, ils veulent le faire mais Jésus se dérobe (Jean 6, 15) car ce n’est pas la mission que lui a confiée le Père.
4/ Par ailleurs, il se montre accueillant et secourable, et pour les juifs et pour les non-juifs, ou ‘nations’. De Mc 7, 24 jusqu’en Mc 8, 26 guérisons et festin sont pour les nations, les païens. C’est très important : le Christ est venu pour tout homme. On le savait déjà depuis le Prologue, et il le confirmera au dernier chapitre du récit, en envoyant ses disciples comme ‘pêcheurs d’hommes’ dans le monde entier. (Mc 16, 15) C’est toujours valable aujourd’hui : tout homme est susceptible d’être ‘pêché’ et rendu digne de recevoir la véritable Illumination et le Salut, aucun n’est à rejeter ou à mépriser.
5/Une autre facette chez lui nous plaît, et nous interpelle : il prêche une pureté du cœur conforme aux commandements de Dieu lui-même (Mc 7, 1-23), et non une pureté rituelle et formelle érigée au rang d’idole.
L’honorer des lèvres seulement alors que le cœur est éloigné loin de lui, falsifier hypocritement son commandement (Marc 7, 6) … cela mérite la mort selon la Thora, rappelle Jésus (Marc 7, 10) ; et laisser envahir son cœur par les mauvaises pensées en vue de nuire à son prochain, cela souille l’homme (Marc 7, 20-23)9.
Or l’impureté rituelle dans l’Ancien Testament empêche de participer au culte divin, et l’impureté du cœur dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, tient Dieu éloigné de nous.
Les préalables sont enseignés et la règle est la même pour tous, grands ou petits.
6/ L’Évangéliste nous montre aussi un Christ relié au Père et soumis à son Père,plusieurs fois en prière, et manifestant par différents gestes la très grande proximité qui est la leur.10
C’est de cet accord parfait avec le Père, de cette soumission au Père dont il acte la volonté, toute la volonté et rien d’autre que la volonté, que lui vient cette autorité qui subjugue foules et démons.
Le Christ attire, par la puissance hors du commun et toujours miséricordieuse dont il fait preuve et qui manifeste le Père, ainsi que par la profondeur de sa sagesse et le désir profond de connaissance qu’elle réveille en nous.
En le suivant, nous apprenons à être étonnés, désarçonnés, confrontés à notre ignorance. Nous découvrons l’étendue de sa miséricorde et comment elle fait voler en éclats nos certitudes et notre conformisme … Mes pensées ne sont pas vos pensées, dit le Seigneur (Isaïe 55, 8)
Nous apprenons pour ce qui nous concerne, la nécessité de la foi ; et pour ce qui le concerne, la miséricorde sans faille de sa réponse à toute expression de notre foi.
Par son exemple, nous apprenons quelle conduite convient pour le Royaume, et en attendant d’être promus enfants de Dieu, nous apprenons aussi, en les voyant à l’œuvre chez les opposants, la réalité et la nature des résistances passionnelles qui nous éloignent et nous coupent de Dieu, parce que nous sommes tous des hommes de la chute. Il faudra assumer et faire face. La vie avec Dieu n’est pas un long fleuve tranquille.
Jésus nous montre un enseignement en actes : c’est en nous frottant à Jésus et aux autres, en prenant part aux évènements qui se déroulent, que le Chemin se révèle à nous ; c’est pourquoi il est bon de réciter par cœur et de gestuer. Cela nous fait participer corps à corps et cœur à cœur.
Nous avons démarré avec un embryon de foi, et chaque pas est occasion de faire grandir cette foi.
Un petit mot encore pour introduire une bonne raison d’apprendre par cœur l’Écriture Sainte :
Dans l’Ancien Testament, c’est un ordre, plusieurs fois réitéré :
Deutéronome 6, 6– Et ces paroles que moi je te commande aujourd’hui seront dans ton cœur …
Proverbes 4, 20 -21– Mon fils, sois attentif à mes paroles (…) Garde-les au fond de ton cœur.
Dans le Nouveau Testament, c’est fortement conseillé, et associé à l’inhabitation de Dieu en nous :
Jean 14, 23– Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera,
et nous viendrons vers lui, et nous ferons notre demeure en lui.
Quand cet article paraîtra en avril, je proposerai lors de l’atelier du jeudi soir sur www.apostolia.tv de mémoriser Deutéronome 6, sus-cité. (Le récitatif complet consiste en Dt 6, 4a-7). Et je projette lors de prochaines parutions, d’expliciter quelques bonnes raisons d’apprendre par cœur, avec textes à l’appui et apprentissage possible de ces textes le jeudi.
Que Dieu, notre Dieu nous bénisse.