Apprendre par cœur l'Evangile (29)

publicat in Parole de l'Évangile pe 4 Mars 2017, 20:39

La personne du Christ dans le Prologue de Saint Marc (5 et dernier)

Nous allons achever de contempler le portrait du Christ, celui que nous montre le Prologue. Il nous reste à nous approcher des versets 12-13, et 14-15.

 

Nous avons pu comprendre la dernière fois, avec les versets 10 et 11 qui racontent la manifestation de la Divine Trinité lors du Baptême du Christ, que par les paroles du Père « Toi tu es mon fils le Bien-Aimé » et « en toi je me plais , c’est la folie d’amour de la Trinité toute entière qui s’exprime : Dieu qui aime l’homme à la folie, a formé un plan pour l’arracher aux griffes du Prince de ce monde et l’englober, libre et consentant, dans sa Vie Divine et son amour. Car telle est la volonté de Dieu. Tel est le but qu’inlassablement, il poursuit. Et ce, même au prix de la vie humaine du Verbe incarné – qui y consent.

Donner sa vie pour donner la Vie. Aimer le premier, pour être aimé.

Nous avons dit : l’homme  a un rôle à jouer, et le levier en ce qui concerne l’homme,  c’est la foi. Nous allons tenter de préciser ces affirmations.

Versets 12 & 13
1re  Victoire sur le Prince de ce monde.

 
12 -                                          Et aussitôt
                                                le Souffle le jette-dehors
                                                vers le désert
 
13 -      et il était au désert
            quarante jours                                               éprouvé par le Sâtan
 
            et il était                                                         et les messagers
            avec les bêtes sauvages                                  le servaient

Alors que le Christ était au Paradis, conversant avec Dieu et recevant sa mission, voilà que le Souffle lui-même, le ‘jette dehors’, exactement comme Adam, au début de l’histoire a été jeté hors du paradis : c’est le même mot en grec (ekballô.)

Aussitôt, comme un homme et dans son habit d’homme, Jésus a à se confronter avec celui qui se présente immédiatement : l’Adversaire. Celui dont il va falloir renverser le règne, et qui vient faire sentir sa puissance, proposer son joug. Ils se jaugent. Satan ici attaque Jésus comme il attaque les hommes. Jésus résiste : nouvel Adam, il ne veut pas marcher sous le joug avec Satan.

Saint Marc est laconique, et termine aussitôt l’épisode en évoquant la présence des anges serviteurs. De même fait l’Évangéliste Saint Matthieu qui, après avoir développé l’épisode de la Tentation termine son récit par : Alors le diable le quitta. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. (Mt 3, 11)

Verset 14
Place de l’homme dans cette histoire

14 -      Or après que Yôhânân                                   Yéshoua’ est venu
            eut été livré                                                    en Galilée
 
            clamant l’Annonce Heureuse
            de Dieu                                                            et en disant
 
15 -      Il est accompli le temps                                  et s’est approché
                                                                                    le Règne de Dieu
 
            repentez-vous                                                 et ayez foi en l’Annonce
                                                                                    Heureuse

Remarquons au passage que, comme toujours dans l’Évangile, le lieu et le temps sont précisés. L’Évangile en effet, n’est pas un condensé d’idées abstraites ou de préceptes généraux, mais le récit d’évènements qui ont eu lieu et se sont déroulés en un temps et dans des lieux précis, mettant en scène des personnages qui ont existé  en chair et en os. Tout cela est incarné, historique. Cela a existé, et nous en faisons mémoire. C’est notre histoire. Elle est présente et nous pouvons nous identifier à ces personnages, à ces évènements et nous les approprier.

Au verset 15, le Christ lui-même indique le rôle que nous hommes, avons à jouer dans cette partition du salut :

Repentez-vous, et ayez foi en l’Annonce Heureuse

1)  Repentez-vous, c’est ‘métanoia’ en grec, la conversion.

Pour participer à la victoire il nous faut vivre en Christ, nous engager. Ce n’est qu’en lui que réside la victoire. Chaque chrétien a pour vocation d’actualiser son baptême : ‘renoncer à Satan et se joindre au Christ’.

Et ce par une conversion à 180 degrés. C’est ce qu’illustre le geste que nous faisons lorsque nous récitons ce verset : nous étant détournés et courbés vers notre gauche et vers le bas – conventionnellement lieu de la mort, du péché et de l’enfer, lieu de notre exil de terrien déchu, – nous nous retournons vers la droite et vers le haut en nous redressant et en tendant les mains – conventionnellement lieu de Dieu, de la lumière, de la plénitude spirituelle. Les deux sont à l’opposé l’un de l’autre. Et le geste illustre bien la conversion. On quitte le bas à gauche, pour s’élancer vers le haut à droite. C’est véritablement un retournement, une conversion. C’est la même pente, mais au lieu de la prendre vers le bas, on la remonte maintenant, vers le haut !

2)  Quels exemples de repentir et de foi pouvons-nous trouver ?

  * Premièrement le bon larron (Luc 23, 41-42) – Après ce que nous avons fait, nous recevons ce que nous méritons … : il reconnaît la vérité sur lui-même, sans se justifier, c’est une conversion. Puis il dit : Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton Royaume1 : il ne doute pas de la totale souveraineté de Jésus, et se confie en lui, implorant. C’est la foi.

Même sans être des criminels, nous pouvons nous aussi parfois, sans nous justifier, regretter ce que nous avons fait, et prendre pour modèle le bon larron, lui qui se livre totalement à la puissance miséricordieuse.

* Autre exemple, le prophète Michée nous donne une clé (Mi 6, 6-8) :

6 - Avec quoi me présenter devant le Seigneur pour compenser ma faute, demande l’homme : holocauste … de taurillons, …   de béliers,… ou mêmemon premier-né ?Non.

Et le prophète d’enchaîner :

8 - Il t’a révélé, ô homme,
ce qui est bon et ce que le Seigneur réclame de toi :
C’est d’agir en toute équité,
et d’aimer de miséricorde,
et de t’humilier pour marcher avec ton Dieu.2

            Pratiquer l’équité et la miséricorde avec le prochain – premier volet, assez simple à comprendre a priori ;

et marcher avec ton Dieu – deuxième volet. Qu’est-ce que cela signifie ?

Selon ‘la Bible Chrétienne’, marcher avec ton Dieu signifie « être conscient de sa présence » à tout moment de ma vie, en toute circonstance ; c’est « être tendu vers Dieu de tout son cœur et de toute son âme et de toutes ses forces, c’est bien le premier commandement. »3 C’est aussi « le fondement même de l’humilité », car « pour accompagner Dieu ainsi, l’homme doit participer à l’humilité de Dieu, à la ‘Kénose’ de son Fils. »4

Marcher avec ton Dieu’, si on suit l’image agraire suggérée, cela signifie être sous le joug avec Dieu, donc toujours en sa présence, marchant au rythme de sa Parole, sous le joug de la Torah. Et se laisser instruire à chaque pas, tout comme dans un attelage de bœufs, l’ancien guide et enseigne le jeune encore rétif – qui peu à peu se laissera humilier, renonçant à sa rébellion, à sa fantaisie. Et en viendra à ‘connaître’ son aîné, par cette fréquentation lente et lancinante, prolongée.

Après la parution de cet article, je proposerai d’apprendre ce verset de Michée (Mi 6, 8) un jeudi.  Je le connais par cœur, dans une traduction légèrement différente, transmise par l’Association Parole & Geste. Rabâcher, permet d’intérioriser. C’est bon.

* Un dernier exemple, fourni par ce qu’on m’a raconté à propos du moine Teofil ; âgé, ce père roumain aveugle et rayonnant de joie, est décédé il y a peu d’années. Il disait, paraît-il : « Quand tu as fait quelque chose de mal, ne te cache pas. Viens vers le Christ et repens-toi avec joie. Le Christ t’aime. »

Merci pour la joie ! L’amour de Dieu pour nous recouvre d’un manteau de joie la  douleur qu’impose la dureté du combat, et cette dernière, par le fait, passe au second plan, perd de son importance.

Dans tous ces cas, l’homme change de conduite, ayant foi en ‘Dieu-Sauve’. Alors, Dieu ouvre la porte du Paradis.

Mais sans ce geste de l’homme, Dieu ne fera rien. Voilà pourquoi et comment l’homme est actif dans l’œuvre du Salut et cette action est indispensable.

L’homme désire Dieu, mais Dieu désire l’homme, d’un désir tellement ardent … capable de l’abnégation la plus totale. ‘Folie d’amour’ …

Marcher avec son Dieu’, signifie aussi que pour chacun le sillon tracé sera différent : chacun aura à louer Dieu, à transmettre la foi, à témoigner, mais de façon unique. Pas comme son voisin. Il n’y a pas de clones dans le Royaume de Dieu, et ‘Dieu préfère chacun’5. Pas de jalousie ! Chacun a sa place, unique et essentielle aux yeux de Dieu.

Conclusion

Par l’approfondissement du Prologue de Marc, nous apprenons que l’Évangile de Saint Marc se propose de nous parler du Dieu Créateur, qui veut renouveler sa Créature, et remplacer le règne du Prince de ce monde par l’Avènement du Règne de Dieu. Cette mission est confiée à Jésus.

Objet des prophéties, Jésus est celui qui vient dans son Temple (l’humain), porteur d’une Alliance Nouvelle (réconciliation de l’humain avec Dieu) ; et c’est un défi pour l’homme qui, dès le verset 3 est donné comme associé, comme participant actif de l’aventure : il doit participer à la nécessaire purification de son cœur (Préparez la route du Seigneur, faites droits ses sentiers) ;

Jésus vient pour épouser sa créature humaine ; avec le projet d’arracher l’homme à la gueule de l’enfer : c’est un combat pour lequel Dieu s’engage, et auquel il associe l’homme;

Jésus a le souci des humbles et des nations ; humble lui-même il accomplit sa kénose, et associe l’homme à son œuvre, en fondant le Baptême, capable de donner la Vie nouvelle à ceux qui s’y présentent ; c’est par son humilité qu’il nous recrée ;

Alors les Cieux s’ouvrent, et Père et Souffle Saint le manifestent comme un des leurs ; ‘Bien-Aimé’, il est prophétisé comme victorieux du Prince de ce monde, consentant à y mettre le prix. C’est pourquoi le Père ‘se plaît’ en lui : Il sert le projet du Père, il est victorieux. Tout homme qui écoute l’appel et ‘se joint au Christ’ sans feinte, est associé à la victoire, et comble le Père, qui désire plus que tout cette déification de l’homme.

Notons encore que le centre de ce Prologue de Saint Marc est la parole de Saint Jean-Baptiste :

Moi je vous ai immergé dans l’eau 
mais lui vous immergera dans le Souffle Saint

Le destinataire de toute cette œuvre est bel et bien l’homme. Toute cette histoire, l’Évangile, est faite pour l’homme. L’homme est au centre de l’histoire, au centre de la préoccupation de Dieu. Un homme sujet, acteur, libre, debout. Le contraire d’un esclave rivé à ses passions. Un homme que Dieu veut déifier au bout de l’histoire, avec la participation de l’intéressé. Folie d’amour de Dieu.

Nota : Sur le site www.apostolia.tv, (> Direct-Live > lien youtube) à la date du 30 juin 2016, vous pouvez trouver la récitation gestuée de ce Prologue de Saint Marc en entier, avec des explications pour les gestes.
L’atelier de ce jour-là commence avec les enfants, dont quelques-uns avaient récité-gestué une partie des apprentissages de l’année ; puis, je récite Saint Marc, depuis le début jusqu’à Marc 2, 27.
Cette mise en œuvre corporelle complète les articles, lesquels, il faut le dire,  s’originent dans la pratique : le mâchonnement de la Parole est premier.
Le mâchonnement est le geste par lequel on est nourri. Beaucoup plus que par la seule lecture. La réflexion pousse sur le terreau du mâchonnement.
L’affirmation selon laquelle apprentissage et répétition fréquente du texte sacré sont indispensables et premiers, est la base même de l’enseignement de Bernard Frinking, auteur de cette traduction, co-fondateur de la Fraternité Saint Marc et promoteur de cette méthode.
 
Notes :

1. Traduction cantilée du Père Pierre Scheffer-Parole Vivante.
2. Bible chrétienne Volume 2. Textes en parallèle. Traduc° Élisabeth de Solms. Éditions Anne Sigier, Canada. Depuis 1982. Page 74.
3. « Bible chrétienne. Volume 1. Commentaires », par Claude Jean-Nesmy, et Élisabeth de Solms pour les traductions et les choix de textes parallèles, page 101.
4. Ibidem, Volume 1, page 121.
Kénose est un mot grec qui signifie abaissement, renoncement à soi-même, et qui concerne d’abord le Verbe de Dieu.
Comme le dit Saint Paul dans l’Épître aux Philippiens (Ph 2, 7) : Lui, de condition divine (…) s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. (Traduction BJ) Telle est la kénose de Dieu.
5. Parole d’un Père spirituel contemporain.