publicat in Parole de l'évêque Timotei pe 1 Mars 2017, 20:12
Le Grand Carême de la sainte fête de Pâques, que nous venons de commencer, ressemble au dernier escarpement de la crête d’une altière montagne, que la Sainte Église nous exhorte à escalader avec humilité et un profond repentir, afin qu’une fois arrivés au sommet, nous puissions jouir des biens spirituels qui jaillissent du Seigneur Ressuscité des morts.
L’un des biens les plus précieux offerts à l’homme par Dieu est la liberté.
Le Saint Apôtre Paul disait au Corinthiens que là « où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (II Cor. 3, 17), et le Saint Apôtre et Évangéliste Jean nous dit que « Dieu est amour ». L’homme garde la grâce de la liberté tant qu’il cherche l’esprit du Christ et répond positivement à la demande du Seigneur « Mon fils, donne-moi ton cœur. » (Proverbes 23, 26). Mais nous ne pouvons donner au Seigneur notre cœur si nous ne nous aimons pas les uns les autres, si nous nous considérons meilleurs que notre prochain, si nous nous jugeons mutuellement et si nous ne souhaitons pas devenir un.
Dans ce sens, nous trouvons édification dans les paroles de Saint Silouane du Mont Athos, pensées que je vous propose maintenant, au début du carême, pour votre méditation, afin de ne pas ressembler au frère aîné de la Parabole du Fils prodigue ; celui-ci en effet, bien qu’invité par son Père à entrer dans le Royaume et se réjouir du retour de son frère, a fait usage de sa liberté et a dit : je ne veux pas !
« Nous avons demandé au Starets : Comment peut-on aimer tous les hommes ? Et où trouve-ton un amour tel que nous soyons un avec tous ?
Le Starets répondit :
– « Pour devenir un avec tous les hommes, selon la parole du Seigneur, « Que tous soient un » (Jean. 17, 21), nous n’avons rien à inventer : nous avons tous la même nature, c’est pourquoi il serait naturel que nous nous aimions tous ; et la force d’aimer, c’est le Saint-Esprit qui la donne. »
La force de l’amour est grande et victorieuse, mais elle n’est pas illimitée. Il y a dans l’être humain un domaine où même l’amour ne peut pas s’imposer, quelque chose qui met une limite à son pouvoir. Qu’est-ce donc ?
C’est la liberté.
La liberté de l’homme est en effet si réelle et si grande que ni le sacrifice du Christ ni celui de tous ceux qui ont suivi le Christ, ne conduit nécessairement à la victoire.
Le Seigneur a dit : « Et moi, lorsque je serai élevé de la terre (c’est-à-dire : crucifié), j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 32-33). Ainsi, l’amour du Christ espère attirer tous les hommes à lui, et, pour cela, descend jusqu’au fond de l’enfer. Pourtant, même à cet amour parfait et à ce sacrifice parfait quelqu’un – qui est-ce ? on l’ignore ; combien sont-ils ? on l’ignore aussi – peut répondre par un refus même sur le plan éternel et dire : "Mais moi, je ne veux pas" ».1
† Évêque Timothée de l’Espagne et du Portugal
1. Archimandrite Sophrony, « Starets Silouane, Moine du Mont Athos. Vie, doctrine, écrits », traduit du russe par le hiéromoine Syméon, Editions Présence 1996.