publicat in Varia pe 19 Janvier 2017, 19:59
Qui sont ces violents dont nous parlent l’Évangile et quel est la vérité selon Dieu qui se rapporte à cette violence dont nous entretient le Christ ? Dans ce passage de l’Évangile, la violence s’oppose visiblement à la tiédeur de l’âme. Elle ne semble pas avoir de part avec les valeurs communément partagées dont s’accommode le monde, c’est-à-dire qu’elle n’emprunte pas le chemin par lequel le monde, par ses œuvres et ses valeurs, se succède à lui-même.
Les œuvres de bien, selon le monde, consistent à faire prévaloir en toute chose la loi d’équité : ce qui incline généralement le cœur de l’homme, dans son désir de faire œuvre de bien, à se limiter au bien naturel, qui est le bien ordonné à la loi de la nature déchue de l’homme. Ce bien requiert comme effort consenti de la part de celui qui s’y exerce, le maintien en équilibre de la balance de l’équité, de l’équanimité et de la justice selon le monde. C’est dire que le bien naturel ne contrevient pas à la modération, à la juste mesure, à ce qui est de l’ordre du convenable et du raisonnable selon le monde, en un mot, il s’en tient généralement dans les actes de charité à une mesure susceptible de prémunir celui qui s’y exerce, de la gêne, de la disette ou du manque. Aussi le bien naturel s’accommode-t-il généralement, en matière d’acte de charité à l’offrande du superflu.
La violence évangélique, quant à elle, consiste à tendre vers le vrai bien, à assécher le lit du fleuve du monde, en livrant ses fonds, à l’ardeur du feu de l’amour, à la lumière du véritable Soleil de la justice divine. Elle est animée par le désir de secourir le frère, en ployant ses propres épaules sous son pesant fardeau, pour l’en soulager. Le bon Samaritain que le Seigneur loue dans la parabole évangélique selon saint Luc, fit peu de cas des codes de loi édictés dans l’Ancien Testament au sujet de l’impureté. Il franchit les limites de la justice de la loi mosaïque et se porta, par l’ardeur de sa compassion, au secours du frère blessé, laissé mort sur la route par les brigands et il reçut du Seigneur de miséricorde une juste louange, en témoignage à son cœur miséricordieux. (Lc 10, 33-38)
Immense sont les œuvres de compassion et d’amour qui inclinent le ciel sur la terre et élèvent dans le ciel les fruits de la justice terrestre ! Elles scellent la rencontre de la miséricorde divine pourvoyeuse des ondées de la grâce et de la vérité qui se lève, comme un astre de compassion et d’amour, dans le cœur miséricordieux de l’homme. La rosée de la bonté divine couvre alors la terre de sa fraîcheur, et celle-ci se met à verdoyer et à fructifier. (cft, Ps 84, 11-12) « Immense est l’amour, écrit saint Maxime le Confesseur, et le premier et le plus éminent de tous les biens ; il réunit, en lui et autour de qui le possède, Dieu et les hommes [....]. C’est [cette disposition à imiter Dieu] que nous reconnaissons être et nommons l’amour ; non pas que nous en attribuons un à Dieu et un autre au prochain en le partageant, mais un amour unique et totalement le même. Car c’est une claire manifestation et démonstration de l’amour pour Dieu que la disposition authentiquement bienveillante pour le prochain. « Celui qui n’aime pas le prochain qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas », dit le divin apôtre Jean. » (Saint Maxime le Confesseur, Lettre II, p. 87, Éditions du Cerf)