publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Janvier 2017, 05:34
La personne du Christ dans le Prologue de l’Évangile de Saint Marc. (4)
Depuis plusieurs mois, nous cherchons à percevoir ce que le Prologue de Saint Marc nous dit de la personne de Jésus Christ.
Eh bien, je remarque que ce que nous dit saint Marc de Jésus est toujours en lien avec l’homme, avec les hommes.Saint Marc nous dit que l’homme Jésus est Dieu bien sûr, et on va le voir particulièrement dans les versets qui suivent, mais ce Dieu n’est pas pour lui-même, il n’est pas un Dieu solitaire. Il est en lien avec l’être humain.
Nous avons appris pour l’instant, que Jésus est Dieu-sauve, qu’il vient pour une re-création de l’ordre du monde, pour combattre et détrôner l’usurpateur, qu’il est Messie et ‘Fils de Dieu’, c’est-à-dire protégé de Dieu et son porte-parole. Il vient pour être l’agent dune nouvelle alliance de Dieu avec l’homme, telle que l’a prophétisée Malachie (Mal 3, 1). Il est introduit dans le récit par un vocabulaire qui évoque Moïse, illustre agent de la précédente Alliance entre Dieu et l’homme, comme nous l’avons vu auparavant dans un autre article.
Selon la première alliance célébrée sur le Mont Sinaï dans la fumée et le tonnerre, le peuple avait un rôle à jouer : accueillir et mettre en œuvre les commandements de Dieu, dans le but de parvenir à une relation telle que Dieu puisse dire :
Je vivrai au milieu de vous, et je serai pour vous un Dieu et vous serez pour moi un peuple.
(Lévitique 26, 12 – Traduction BJ)
Avec Jésus, que devient cette relation ? Quoi de plus maintenant ?
Pour la première fois dans l’histoire, Dieu se manifeste comme un Dieu en Trois Personnes, dont l’une est Fils incarné, l’autre Père, et la troisième Souffle. Cette Révélation inouïe, l’homme la reçoit par ses sens : son corps sensible est l’organe via lequel Dieu se fait connaître.2
Ainsi, nous apprenons de façon certaine que Jésus est Dieu, l’un de cette Trinité qui se révèle pleinement ici, au Baptême. C’est ce que nous célébrons dans la joie lors de la Fête de la Théophanie, le 6 janvier.
Les paroles du Père nous renseignent sur ce qu’est la vocation du Fils, et sur ce qu’est la relation qu’ils entretiennent entre eux.
1) Tu es mon Fils le bien-aimé
C’est dans la Genèse qu’est la première mention d’un ‘fils bien-aimé’, et il s’agit d’Isaac. (Genèse 22, 2.) J’en ai déjà parlé3.
Dieu dit à Abraham : Prends ton fils, ton aimé, celui que ton cœur aime et sacrifie-le sur la montagne que je t’indiquerai. (Traduction BJ.)
Et Abraham a tellement confiance en Dieu qu’il le fait. Au dernier moment, Dieu par l’intermédiaire de l’ange, arrête le bras paternel, et fournit plutôt un bélier pour servir d’holocauste à la place d’Isaac, comme nous savons.
Comment Abraham a-t-il pu envisager de sacrifier son Aimé, son Unique, objet de la promesse, germe de descendance ? Par la foi.
Saint Paul dit qu’Abraham avait tellement confiance en Dieu qu’il estimait Dieu assez puissant pour ressusciter même les morts (Hb 11,19), persuadé que ce qu’il a une fois promis, (la descendance)Dieu est assez puissant pour l’accomplir (Ro 4, 21). C’est pourquoi il n’hésite pas à lever le couteau sur son fils bien-aimé. -
Les Targums disent de plus qu’Isaac était conscient et consentant. Rappelons qu’Isaac est une figure du Christ. On peut lire ce consentement d’Isaac dans « Targum du Pentateuque – Volume 1 – Genèse » par Roger Le Déaut. Éditions du cerf, 2008.4 &5
Donc, le bien-aimé, est celui qui va être sacrifié, et qui consent.
Voilà bien la mission de Jésus le Christ, elle nous est révélée ici, par le terme ‘bien-aimé’. Nous savons qu’elle se déroulera comme annoncé.
D’ailleurs, explicitant ce consentement, l’Évangéliste Jean nous rapporte ces paroles de Jésus : On ne me l’ôte pas (ma vie) ; je la donne de moi-même. (Jn 10, 18 – Traduction BJ)C’est dans le passage du Bon Berger.
2) En toi je me plais
Pourquoi le Père se plait-il au sacrifice du Fils ? Cela peut apparaître comme un scandale. Qu’est-ce que ce Père qui se plait à la libation du sang de son Fils ?
* Pour commencer à comprendre un peu, il faut comme d’habitude chercher les autres occurrences de la formule, la dénicher malgré la variété des traductions, dans le Nouveau et dans l’Ancien Testaments. Passer par le grec est assez commode.
Dans les Évangiles, il y a cinq fois la formule selon laquelle ‘Dieu se plait’ en quelqu’un ou à quelque chose :
1) En Matthieu 3, 17, récit du Baptême encore, comme en Marc : Celui-ci est mon Fils le bien-aimé, en qui je me plais.
2) En Matthieu 12, 18 : Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui se plait mon âme. Je vais y revenir.
3) En Matthieu 17, 5, au récit de la Transfiguration. Là encore le Père dit :
Celui-ci est mon Fils le bien-aimé,en qui je me plais.
4) En Marc 1, 11, récit du Baptême, verset que nous sommes en train de ‘mâchonner’ ici : Toi, tu es mon Fils le bien-aimé, en toi je me plais.
5) En Luc 12, 32 : Ne crains pas petit troupeau :votre Père se plait à vous donner le Royaume.6
*Étudions donc Matthieu 12, 18 qui est une citation très riche :
Au cours de ce chapitre 12 de Saint Matthieu il nous est rapporté qu’un jour de sabbat, les disciples de Jésus arrachent des épis – or, moissonner est interdit le jour du Shabbat, et glaner aussi – et que lui, ce même jour guérit à la synagogue l’homme à la main desséchée : les pharisiens exaspérés en conçoivent une hostilité mortelle à l’encontre de Jésus, et saint Matthieu, pour nous faire comprendre quelle est la vocation du Messie, cite alors quelques versets du premier chant du Serviteur Souffrant d’Isaïe :
C’est Dieu qui parle (Is 42, 1 & 3 – Traduction BJ) :
Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui se plait mon âme. Je mettrai en lui mon Esprit, (…) Il sera doux (…)etil portera le jugement à la victoire.
Qu’est-ce que ce jugement à la victoire ?
Rappelons-nous Jean 16, 8 : quand il viendra, le Paraclet confondra le monde en matière de péché, en matière de justice, et en matière dejugement.
Et aussitôt après, au verset 11, Jésus explique : en matière de jugement parce que le Prince de ce monde est condamné. (Traduct° BJ)
Voilà. Nous pouvons comprendre que le Serviteur en qui Dieu se plait, est souffrant, doux et sera victorieux du Prince de ce monde, et y reconnaître le Christ.
* Tel est celui qu’aime le Père et en qui il se plait ; il se plait en celui qui sert son projet divin d’arracher l’homme aux griffes du Prince de ce monde, d’abattre le tyran pour que soit instauré le Règne de Dieu. C’est bien ce dont nous parlons depuis le verset 1 du Prologue de Saint Marc.
Avec cette formule ‘en qui je me plais’, on sent le profond désir du Père pour la réhabilitation de l’homme, pour sa déification. On sent l’amour totalement oblatif de la part de la Divine Trinité. La ‘folie d’amour’.
Comme nous savons, les Trois de la Divine Trinité sont toujours unis et toujours unanimes. Ce projet est donc celui du Père, celui du Fils, et celui du Saint-Esprit. En faveur de nous, hommes. Quand le Fils offre son sang pour vaincre l’ennemi, c’est toute la Divine Trinité qui participe au sacrifice. Ce sacrifice n’est, bien sûr pas offert à Dieu – qui n’en a cure - mais comme une rançon-surprise versée au tyran pour s’introduire dans son royaume de mort et y récupérer les prisonniers, pour délivrer et racheter les asservis, quel qu’en soit le prix. Donner sa vie, pour donner la Vie.
Unique voie pour vaincre le Prince de ce monde.
Le dicton populaire dit : A malin, malin et demi : il fallait ruser. Comme le serpent. Rappelons –nous : fiché au bois, le serpent d’airain guérit des morsures de serpent. (Nombres 21, 9)
Gloire à toi, notre Dieu, gloire à toi.
Nous allons donc pouvoir renoncer à notre ‘morale’, offusquée de ce qu’un père laisse verser le sang d’un fils, et s’y complaise. Ou encore, renoncer à l’idée totalement pernicieuse selon laquelle notre Dieu serait un potentat cruel qui exigerait des sacrifices humains, celui de son Fils en premier. Non, c’est toute la Divine Trinité qui participe au sacrifice et n’hésite pas à payer le prix pour le salut du genre humain, montrant par là combien l’homme est précieux à ses yeux et quel avenir il lui destine.
Combien ma prise de conscience est faible, et ma reconnaissance petite au regard d’un tel don !
*Mais Dieu se plait aussi autrement, et c’est pour nous une merveille :
En Luc 12, 32 ci-dessus cité, à ses amis et disciples le Christ enseigne que, malgré le fait qu’ils soient ‘gens de peu de foi’, le Père qui connaît tous leurs besoins, y pourvoira. (Parabole des oiseaux du ciel et des lys des champs, Luc 12, 22-31.) Et de conclure :
Ne crains pas petit troupeau :votre Père se plait à vous donner le Royaume.
Autant le Père se plait en son Fils qui rouvre aux hommes la porte du Royaume, autant il se plait à donner le Royaume à ceux qui s’attachent au Fils. Telle est vraiment sa volonté. Dans le grec, il y a même : le royaume de vous, votre royaume. Le Père se plait à vous donner votre royaume …
D’ailleurs, en Matthieu 25, 34 il est dit : Venez les bénis de mon père, héritez du royaume qui vous fut préparé depuis la fondation du monde … Ce royaume, il semble qu’il n’ait pas d’autre destination que celle d’accueillir l’homme … Il a été fait pour l’homme !
Il faut absolument que l’homme y accède. Tel est le vouloir de Dieu, et son désir.
Le Père se plait donc en Celui qui en ouvrira l’accès, et en ceux qui à sa suite, par leur foi en Jésus Christ, en conquerront l’accès.
Voilà le rôle de l’homme : avoir foi en Christ. C’est ce que lui-même va dire trois versets plus loin, au verset 14 qui conclut le Prologue et que nous mâchonnerons la prochaine fois : ayez foi en l’Annonce Heureuse.
En conclusion
Comme je le rappelais en commençant, selon la première alliance célébrée sur le Mont Sinaï dans la fumée et le tonnerre le peuple avait un rôle à jouer : accueillir et mettre en œuvre les commandements de Dieu, dans le but de parvenir à une relation telle que Dieu puisse dire :
Je vivrai au milieu de vous, et je serai pour vous un Dieu et vous serez pour moi un peuple.
(Lévitique 26, 12 – Traduction BJ)
Maintenant, Dieu veut plus : il veut de nous, que nous rejoignions le Royaume, il veut nous conférer sa Sainteté : C’est pourquoi à la Toussaint occidentale on chante :
Ce n’est plus Emmanuel – Dieu avec nous, c’est nous avec Dieu.
Cela n’arrive pas par un simple claquement de doigt. Il faut beaucoup de travail – ascétique. Travail de conversion, dans la foi et pour l’amour de Dieu.
C’est précisément ce que nous raconte l’Évangile. Saint Marc en particulier met devant nos yeux le chemin du disciple, la lutte contre les passions, en vue de la purification, de l’illumination et enfin, de la glorification. L’intérêt d’apprendre l’Évangile dans son entier, c’est de percevoir cette progression. C’est le programme pour chacun d’entre nous.
Gloire à Dieu.