Ma vie, vers où ?

publicat in Varia pe 13 Novembre 2016, 17:01

Nombreux sont peut-être ceux d’entre nous qui se posent cette question : que faire de ma vie, quelle voie choisir pour me sentir épanoui ? Devrais-je me marier, rester célibataire ou bien aller dans un monastère ? Afin d’obtenir la bonne réponse, nous n’hésitons pas à lire des hymnes acathistes, peut-être à jeûner, à envoyer des dyptiques ; nous espérons trouver un père spirituel avancé, préférablement clairvoyant, qui nous dise quelle est la volonté de Dieu en ce qui nous concerne. Mais la réponse se laisse le plus souvent attendre, les années passent et je n’arrive pas à décider que faire, où aller. Quelle est donc ma voie ?

J’oserais dire qu’à cette question Dieu Lui-même ne connaît pas la réponse. Certes, il sait d’avance ce que je vais faire, mais les choix m’appartiennent en exclusivité. Dieu ne peut pas décider à ma place. Cela signifierait que Dieu contraint l’homme, ce qui n’est pas le cas. Est-ce que c’est la voie elle-même qui m’épanouit ou bien est-ce mon état spirituel lorsque je la suis ?

Je pense que la seule chose qui épanouit l’homme c’est de se sentir aimé.

Cela signifierait que la voie que nous cherchons tous est une seule : l’Amour. Nous savons que le Christ Dieu est l’Amour véritable – parce que c’est celui qui persiste, qui ne tombe jamais – et Il est aussi la Voie qui y mène (Je suis la Voie, la Vérité et la Vie).

L’homme ne se sent pas épanoui parce qu’il a une famille, parce qu’il a un enfant ou parce qu’il a des amis, mais parce que par ceux-ci, en premier lieu, il se sent aimé. Et que veut dire en fait se sentir aimé ? Quel est cet état ? Le père Stăniloae l’appelle 'repos' : « l’amour doit arriver à un état où l’âme trouve son repos. Si le repos ne venait pas de la personne et en dernière analyse de la Personne suprême, l’homme resterait toujours inaccompli dans sa soif d’amour »1.

Le Sauveur lui-même l’appelle repos : « Venez à Moi vous tous qui êtes fatigués et chargés – par les soucis et les nécessités – et Je vous donnerai du repos – dans Mon Amour ».

Nulle part dans la Bible Dieu n’a dit : « tu seras heureux et épanoui si tu fondes une famille, si tu restes célibataire ou si tu vas au monastère », mais Il a dit « heureux est celui qui écoute la Parole de Dieu et qui l’accomplit »2.

Il aurait été injuste de la part de Dieu de lier l’état d’épanouissement et de repos de l’homme à un statut particulier.

Mais malheureusement l’amour, qu’il vienne des hommes ou de Dieu, ne reste pas en nous comme un état de repos pour très longtemps. Cet état se dissipe. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous voudrions tous garder cet état de repos jusqu’à la fin. La réponse est donnée par le Sauveur Lui-même : « personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fait rompre les outres, il se répand, et les outres sont perdues »3. Toute mauvaise pensée, de concupiscence, de mémoire du mal, est telle une fissure dans nos outres et même si nous nous évertuons à y garder quelque chose de bon, cela se dissipe. Les passions, de quelque nature qu’elles soient (charnelle ou spirituelle) nous dissipent aussi bien intérieurement que dans nos relations avec nos semblables ; elles épuisent nos énergies, nous sommes déjà épuisés, nous n’avons plus d’énergie pour nous réjouir. Un envieux peut-il se réjouir pleinement, qu’il soit marié, célibataire ou moine ?

Je pense que se sentir aimé, épanoui, relève de la qualité de l’outre que l’homme porte en lui sur sa voie. Alors, peut-être que ma préoccupation principale devrait être plutôt de nettoyer mon outre, et ainsi toute voie que je puisse choisir à un moment donné, sera celle qui va m’épanouir : « Certes, l’homme ne peut pas contenir en lui-même tout l’amour de Dieu. Mais il n’est pas moins vrai que, en l’ayant en lui-même, il le sent comme quelque chose qui n’en finit plus. Il s’accroît dans la mesure de l’exercice et de la volonté de l’intensifier »4 . « Il faut mettre le vin nouveau dans de nouvelles outres et ensemble ils vont se garder »5 dit le Sauveur. Heureux donc celui qui écoute Sa parole et qui l’accomplit.

Notes :

1. Père Dumitru Stăniloae, Teologia Dogmatică Ortodoxă (Théologie Dogmatique Orthodoxe), vol. 3, p. 474.
2. Saint Evangéliste Luc 11, 28.
3. Saint Evangéliste Luc 5, 37.
4. Père Dumitru Stăniloae, Ascetica si Mistica Bisericii Ortodoxe (Ascétique et Mystique de l’Eglise Orthodoxe), p. 355.
5. St. Evangéliste Luc 5, 38.