Le mendiant qui a pris d’assaut le Royaume

publicat in Varia pe 16 Septembre 2016, 08:07

Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le Royaume des Cieux est assailli avec violence ; ce sont des violents qui l’arrachent. (Mt. 11, 12)

Chaque fin et chaque début d’année liturgique est couronné par une fête dédiée à la Mère de Dieu, à savoir : la Dormition et la Nativité de la Très Sainte Mère de Dieu. Beaucoup de monastères ont pour fête patronale l’une des fêtes de la Mère-de-Dieu, tout comme nous ici, à Rome, quand, à la mi-août, la cour se remplit de pèlerins, afin de louer tous ensemble la Mère de Dieu.

La joie des fêtes liturgiques est toujours très grande, puisqu’il y a également les jours qui précèdent la fête ; il y a aussi le carême, les vigiles, et tout cela nous fait vivre dans une atmosphère spirituelle. Le cœur se radoucit et peut recevoir le Christ encore plus pleinement, le Christ qui Se donne à nous, toujours plus, toujours plus doux, toujours plus près de nous et de nos faiblesses et se dévoile à nous dans la lumière de sa grâce.

A chaque fois, lors des fêtes, et surtout s’il y a eu un carême, Dieu découvre de belles personnes, il polit un cœur et le rend plus beau que le diamant. J’ai toujours été surpris par la manière dont le Seigneur Se découvre à ceux qui Le cherchent et L’aiment d’un cœur pur, simplement, comme les enfants.

C’est ce qui est arrivé quand le Seigneur m’a donné la joie de mieux connaître une petite fille de sept ans, paralytique depuis sa naissance. C’est une croix qu’il est dur de porter pour n’importe qui. Mais elle, elle m’a dit un jour : « Mon père, j’ai accepté ma croix telle qu’elle est... » Et elle a poursuivi : « Bien sûr que je l’ai acceptée ! Comment ne pas l’accepter... ?! » Et, après un moment de silence, elle a poursuivi : « Ma croix, c’est Dieu qui me l’a donnée, pas quelqu’un dans la rue ! C’est Dieu qui me l’a donnée ! Et ce que Dieu nous donne, on doit le recevoir avec amour. ».

Quel beau témoignage ! Combien d’entre nous, peuvent accepter la Croix que Dieu nous a donnée, sans nous plaindre ou faire des reproches ?

La même année, j’ai été très étonné quand j’ai reçu en confession, un groupe de plusieurs mendiants. Ils se sont tous mis en rang, calmement, et ils attendaient pour pouvoir me confier leurs douleurs, leurs faiblesses, leurs péchés et recevoir le Christ. Ils étaient tous habillés pauvrement, et certains étaient plutôt sales. Quelques-uns, très émus, répétaient tous bas ce qu’ils allaient confesser... De temps à autre, ils demandaient à l’un d’entre eux, qui paraissait mieux s’y connaître, s’il faisait bien le signe de la croix, s’il avait autre chose à faire. « Est-ce que le père va nous dire de réciter le Notre Père ? » se demandaient quelques-uns.

Chacun d’entre eux a confessé ses péchés dans la paix de l’âme. Ce n’est qu’à la fin que j’ai compris qui leur avait appris à avoir de l’humilité et à accepter de manière réaliste les péchés commis, puisque ils disaient tous par cœur : « Moi, N., le serviteur de Dieu, le plus grand de tous les pécheurs, je confesse humblement devant Dieu et devant vous, père... que j’ai commis tous ces péchés et d’autres péchés, encore plus grands, et je demande à Dieu pardon pour tout cela. ».

C’est à la fin que j’ai tout compris, puisque la dernière personne du groupe, après s’être confessée, m’a dit avec amour :

- Mon père ! C’est moi qui ait amené ici tous ces frères, afin qu’ils puissent se confesser et communier. J’ai loué un minibus et je les ai ramassés pour les amener ici, au monastère. Sache, mon père, que je ne visais rien en les amenant. Cela fait plusieurs semaines que je mets de l’argent de côté sur ce que j’ai reçu des gens qui me donnent l’aumône, afin de pouvoir louer ce minibus et pouvoir payer l’essence. Je me suis dit que l’argent, on le dépense vite, mais ces gens ont vraiment besoin de se confesser, de communier ! Les pauvres, ils passent toute la journée dans la rue, qu’ils aient au moins l’âme pure, puisqu’un jour, nous allons tous rejoindre le ciel…

- Mon père, je te prie, pardonne-moi, car je suis pécheur, mais crois-moi, c’est par amour que je les ai amenés ici! Je me suis dit que Dieu allait également pardonner mes péchés, si je pardonne aux autres et que je les aide...

De grosses larmes ont commencé à couler sur son visage et il n’a pu poursuivre, et alors j’ai lu la prière de pardon.

Tous les mendiants pleuraient... et en les regardant, j’ai été saisi par l’émotion et j’ai pleuré moi aussi, je me suis dit : en vérité, ces frères ont pris d’assaut le Royaume des Cieux ! Et je pense qu’ils l’ont reçu, par leur sollicitude ! C’était, pour eux, le plus beau jour de leur vie ! Ils ont vu la vraie Lumière ! Ils ont reçu l’Esprit saint ! Ils ont trouvé la vraie foi, et ils ont vénéré la Divine Trinité qui les a sauvés !

Depuis lors, à chaque fois que je vois un mendiant, je me dis que c'est peut-être un qui ramasse de l’argent, et se donne du mal, afin d’amener ses frères à l’église, là où le Seigneur les attend, et depuis, à chaque fois j’arrive à trouver dans ma poche une pièce pour eux. Dieu nous attend tous, ceux qui sont vêtus d’habits propres mais qui ont les âmes tâchées, ainsi que ceux qui portent des vêtements tâchés, mais ont le cœur pur ; ceux qui sont tristes et fatigués, malades et souffrants, Il nous attend tous avec patience.

Cela ne vaut-il donc pas la peine de recevoir le Royaume de Dieu avec un peu de monnaie ?

 

Archimandrite Athanase,
Monastère de la Dormition de la Mère de Dieu, Rome