L’insensé dit dans son cœur : il n’y a point de Dieu (Ps. 14, 1)

publicat in Le monde intérieur pe 15 Septembre 2016, 08:04

« L’oubli de Dieu plonge l’homme dans un état douloureux où il ressent un vide que rien ne peut combler et une insécurité semblable à un mauvais rêve ; il est pris dans les rets de la mort et son âme se tourmente amèrement. Les passions se multiplient au-dedans de lui, remplissent son âme d’impureté et cherchent avec malice à effacer toute trace du souvenir de Dieu. (…) Séparé de Dieu, Qui est la source de la Vie, l’homme ne peut que se renfermer en soi. Étant privé de la force que donne la Grâce divine, il sera désormais impuissant à chercher le salut de son âme. Peu à peu, son être dépérit, se désagrège, pour se dissoudre à la fin dans la mort ».

Archimandrite Zacharias – Zacharou, « L’homme caché du cœur (1 Pierre 3, 4) »

L’idée de l’inexistence de Dieu est une invention des temps modernes, qui constituent, au point de vue spirituel, l’époque la plus sombre et la plus aveugle de l’histoire de l’humanité. En effet, toutes les cultures traditionnelles et les civilisations anciennes ont reconnu la dimension divine de l’existence comme étant la réalité absolue et la vérité suprême, d’où dérivent toutes les réalités naturelles et toutes les vérités et valeurs humaines : « Le sacré est le réel par excellence, à la fois puissance, efficience, source de vie et fécondité. Le désir de l’homme religieux de vivre dans le sacré équivaut, en fait, à son désir de se situer dans la réalité objective, de ne pas se laisser paralyser par la relativité sans fin des expériences purement subjectives, de vivre dans un monde réel et efficient, et non dans une illusion » (Mircea Eliade – « Le sacré et le profane »). L’existence de la divinité et celle de l’homme sont consubstantielles, car prendre conscience de son être et du monde créé – prise de conscience constitutive de la créature humaine – c’est connaître en même temps l’existence du Créateur de l’homme et de l’univers, car Celui qui a fait tout ce qui existe, ne peut, bien évidemment, être inexistant : « Ce merveilleux agencement du soleil, des planètes et des comètes, ne peut être autre chose que l’œuvre d’un Être tout puissant et intelligent. Cet Être infini gouverne tout ce qui existe » (Newton).

En effet, l’existence de Dieu n’est pas une hypothèse, une idée philosophique ou une croyance, mais une évidence qui tombe sous le sens de tout homme doté de raison et sain d’esprit, comme nous le font comprendre le célèbre naturaliste Henri Fabre (1823-1915) : « Si je crois en Dieu ? Je ne crois pas en Lui, je Le vois », et le non moins célèbre biologiste Louis Pasteur : « Plus j’étudie la nature, plus je m’émerveille devant l’œuvre du Créateur ».

Connaître l’homme et le monde c’est reconnaître partout, en soi et autour de soi la présence et l’œuvre de Dieu : « Qui est celui qui a organisé toutes les choses célestes et terrestres, toutes les choses de l’air et de l’eau, et tout ce qui précède ces choses, le ciel, la terre, l’air, la nature du feu et de l’eau ? (…) Qui est celui qui les a mis en marche et gouverne à chaque instant leur mouvement ininterrompu et sans faille ? (…) De toute évidence, ce n’est pas le hasard. Et qui d’autre pourrait l’être, sinon Dieu ? » (Saint Jean Damascène, « La dogmatique »). Ainsi, « la connaissance de l’existence de Dieu est implantée de manière naturelle en nous. Mais les agissements malfaisants du malin contre la nature humaine sont si puissants, qu’ils ont conduit certains à la plus absurde et la plus abominable des abominations, abîme de perdition, en leur faisant dire que Dieu n’existe pas » (Saint Jean Damascène, ibid.).

Nier l’existence de Dieu, c’est affirmer la toute puissance de la mort, qui anéantit en un instant tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons : « Qu’est-ce que cent ans, qu’est-ce que mille ans, puisqu’un seul instant les efface ? Multipliez vos jours, durez autant que ces grands chênes sous lesquels nos ancêtres se sont reposés, et qui donneront encore de l’ombre à notre postérité ; entassez dans cet espace, qui paraît immense, honneurs, richesses, plaisirs : que vous profitera cet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout faible, tout languissant, abattra tout à coup cette vaine pompe avec la même facilité qu’un château de cartes, vain amusement des enfants ? » (Bossuet, « Sermon sur la mort »).

Sans Dieu nous ne sommes que poussière et nous retournerons dans la poussière des atomes dont nous sommes constitués. La vision matérialiste de l’être humain a engendré un homme sans âme et un monde dénué de sens et de finalité : « La religion est seule à savoir répondre à la question d’une finalité de la vie. On ne se trompera guère en décidant que l’idée d’une finalité de la vie se maintient et s’effondre en même temps que le système religieux » (Sigmund Freud – « Malaise dans la culture »). Dès lors qu’elle n’a aucune signification d’ordre spirituel, aucune valeur supérieure et aucune destination finale, la vie n’est plus qu’une « agitation aussi vaine que stérile. C’est bien là, en effet, le caractère le plus visible de l’époque moderne : besoin d’agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante comme celle avec laquelle se déroulent les événements eux-mêmes. C’est la dispersion dans la multiplicité qui n’est plus unifiée par la conscience d’aucun principe supérieur » (René Guénon, « La crise du monde moderne »).

De même que l’âme assure l’unité et la vie de toutes les parties du corps, de la même façon Dieu donne l’Être et la Vie à tout ce qui existe dans le monde visible : « S’il est impossible que le corps tienne sans l’âme, de même il est impossible que tout le visible, tout ce qui est, tienne sans Dieu. (…) L’ignorance de Dieu est une anesthésie et une folie de l’âme » (Saint Antoine le Grand – « Exhortations »).

L’époque moderne qui a inventé l’idée folle de la « mort de Dieu », a proclamé, en fait, le règne universel du chaos et du néant : « Où est allé Dieu ? (…) Nous l’avons tué, vous et moi ! (…) Que faisions-nous lorsque nous détachions cette terre de son soleil ? Vers où se meut-elle à présent ? N’est-ce pas loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ? Y a-t-il encore un en-haut et un en-bas ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Le souffle du vide ne nous effleure-t-il pas de tous les côtés ? (…) Ne voyez-vous pas venir la nuit et toujours la nuit ? (Nietzsche, « Le gai savoir » : « Le forcené » ).

Seul un homme ayant perdu la raison et le sens des réalités peut croire et affirmer que celui qui a fait tout ce qui existe est inexistant, car « le néant ne saurait produire aucune chose » (Descartes – « Méditations »). Malheureusement, notre époque est dominée par l’esprit de cet homme insensé qui affirme que l’être humain « est jeté dans le monde » (Sartre) par les forces mécaniques et aveugles de la matière et du hasard. De là, l’angoisse, la détresse et l’insatisfaction constante de l’homme contemporain, qui ne trouve rien en ce monde qui puisse combler le gouffre infini laissé dans son âme par l’absence de Dieu : « Ceux qui ne se soucient pas du salut de leur âme et s’efforcent de trouver joie et repos en cette existence vaine, connaissent un tourment perpétuel et demeurent captifs dans les engrenages sans fin de ce monde, vivant dès maintenant en enfer » (Païssios l’Hagiorite, « Correspondance »).

Le monde moderne qui a oublié la véritable nature de l’être humain et le but réel de son existence, entraîne l’homme et l’humanité de plus en plus loin de Dieu, dans « les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Mt. 25, 30).

Les choses périssables de ce monde ne pourront jamais satisfaire l’âme de l’homme, car « elle vient de Dieu et Dieu seul peut la contenter. (…) Dieu et sa grâce divine sont tout pour l’âme : la paix, la nourriture, la boisson, la lumière, la gloire, la dignité, la richesse, la sérénité, la joie, l’allégresse, et tout le bonheur, dont elle sera comblée quand elle L’aura trouvé. (…) Nous sommes des étrangers et des exilés sur cette terre, de même que nos ancêtres. Notre patrie est le ciel, pour lequel nous avons été créés » (Saint Tikhon de Zadonsk, « Lettres de sa cellule »).