publicat in Parole de l'évêque Timotei pe 1 Septembre 2016, 16:41
Chaque année, le 1er septembre, les fidèles de notre Église orthodoxe, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, fêtent le début de l’année ecclésiastique. D’après la sainte Tradition, le jour du 1er septembre est le premier jour de la création et le jour où notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ a commencé son activité salvatrice sur terre, à savoir la manifestation de l’amour sans limite de Dieu et son partage à l’homme et à toute la création.
D’après l’enseignement de saint Maxime le Confesseur, le premier homme – qui a été mis par Dieu au centre de la création, mais non pas comme centre de celle-ci, comme veulent nous l’apprendre à dessein et de manière erronée les « illuminés » de nos jours – « il a été appelé à unir en lui-même la totalité des êtres créés, si bien qu’arrivant à une unité parfaite avec Dieu, il puisse communiquer l’état de divinisation à la création toute entière; il lui a été donné la possibilité d’unir le Paradis à la terre entière, à savoir en portant le Paradis en soi, dans la puissance de sa communication permanente avec Dieu »1. C’est ce que nous devons comprendre par la bénédiction donnée à Adam et à Eve par Dieu: « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et assujettissez-la ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. »2
Par la soumission de la terre et la domination sur tous les êtres qui l’habitent, Dieu a demandé à l’homme de prendre soin de la création en gardant la communion avec Lui en tant que Créateur, communion qui se manifeste dans une communication et une conciliation permanente avec Lui, d’après le modèle de la communion et la conciliation entre les Personnes Trinitaires. La domination de l’homme sur la nature, vue dans ce sens, s’explique par son souci permanent pour le bien-être de toute la création et elle est possible seulement par l’amour manifeste de l’homme envers la créature. Saint Grégoire de Nysse dit que, tout en étant maître, l’homme doit démontrer sa dignité non pas par la domination violente de la nature environnante, mais en gardant et en cultivant la royauté sublime de la nature, dont l’homme aura à rendre compte devant Dieu.
Tant que l’homme est resté en communion avec Dieu, qu’il a vu en Lui le Maître par excellence et s’est concerté avec Lui, sur toute la terre ont régné la paix, l’harmonie et l’équilibre, l’homme ayant l’obéissance et le devoir de veiller à cette harmonie. Il a été placé par Dieu dans la nature et il est devenu partie intégrante de la nature, vivant en parfaite harmonie avec elle, se guidant d’après la loi de l’amour, comme d’ailleurs toute la création. La rupture de la communion entre l’homme et Dieu par la chute dans le péché a brisé son harmonie avec la nature, l’homme entrant dans un nouvel état, ce qui a déclenché le divorce entre l’homme et la nature.
Le péché a eu des conséquences négatives non seulement sur l’homme, mais également sur toute la création. Le Saint Apôtre Paul en témoigne dans son Épître aux Romains: « Car la création a été soumise à la vanité, – non de son gré, mais à cause de celui qui l'y a soumise, – avec l'espérance qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement. »3 La semence du péché, une fois semée dans l’âme de l’homme, a fait produire à la terre « des épines et des ronces »4.
Cette communion qui existait entre l’homme et la nature environnante avant la chute dans le péché a été brisée à cause de l’homme qui, persévérant dans le péché, est devenu de plus en plus égoïste, tombant dans l’autosuffisance. La nature a oublié que Dieu est son Maître, et l’homme s’est autoproclamé le maître suprême de la création ; par l’obscurcissement de sa raison il se croit le centre de tout ce qui existe, « le nombril du monde », éliminant totalement Dieu de sa vie.
Aujourd’hui, à cause de l’obstination de l’homme dans le péché, nous constatons que la face de la terre est altérée à l’échelle planétaire. Le sol, l’air, l’eau, le monde animal et végétal sont tous affectés. La nature environnante est presque entièrement soumise aux services de l’homme qui, saisi par l’avidité et l’égoïsme, exploite sans aucune retenue des écosystèmes entiers. L’équilibre écologique est détruit, et l’homme est confronté à l’apparition des processus nuisibles irréversibles de la nature. Qui est le coupable de tant de catastrophes naturelles, de la sécheresse, des orages violents, des inondations, des incendies dévastateurs, des désertifications ? Tout cela se produit sur l’arrière-plan d’une croissance alarmante et injustifiée du consumérisme, surtout dans les pays développés, là où l’égoïsme et le désir de luxe et de confort sont devenus une loi. Conformément à une étude réalisée par quelques chercheurs européens et publiée dans Environmental Research Letters, les citoyens de la Communauté Européenne jettent chaque année aux poubelles 22 millions de tonnes de nourriture, qui pourrait sauver de la famine une grande partie de la population de l’Afrique. Ces péchés mènent à l’aveuglement de l’homme et empêchent la bonne gestion et la distribution égale des ressources naturelles que Dieu a données à toute l’humanité et qui sont communes à nous tous. Les conséquences de la crise morale sont de plus en plus graves non seulement pour la nature, mais aussi pour l’homme. A présent, la terre est arrivée au bord d’une catastrophe écologique globale.
L’incarnation de notre Sauveur Jésus-Christ et sa résurrection des morts ont montré qu’il existe une voie de retour. La Sainte Écriture nous apporte un rayon de lumière et d’espérance. Il viendra un temps où « Le loup habitera avec l'agneau, et la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache et l'ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte ; et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille.Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de la vipère, et l'enfant sevré mettra sa main dans le trou de l'aspic.Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte ; car la terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. »5
Afin que ces temps arrivent, il faut d’abord que tout soit remis dans le droit chemin voulu par Dieu. Ceci arrivera seulement lorsque l’homme reviendra à soi, redécouvrira la normalité et mettra un terme à la pollution de l’âme, qui est la cause directe et principale de la pollution de la nature. Partout, dans les média, dans la rue, nous lisons, nous entendons et nous voyons des publicités qui attisent la convoitise, le péché de l’avidité et de la débauche. On jette des déchets et des détritus dans nos âmes, et si l’Église attire l’attention sur ces choses, on la traite d’anachronique et de démodée. Nous entendons partout parler d’organisations ou d’ONG qui luttent contre la pollution de la nature, mais nous n’entendons pas parler d’organisations qui luttent contre la pollution de l’âme. L’Église est la seule institution qui montre la cause réelle de tous les malheurs et tire une sonnette d’alarme en ce sens. La nature ne pourra pas guérir si l’homme ne tourne pas son visage vers Dieu, en guérissant son âme par la garde des commandements, et s’il ne change pas sa manière de penser. L’attention doit être tournée d’abord vers la guérison spirituelle de l’homme par le détournement du péché. L’homme, créé à l’image de Dieu, devient par la ressemblance avec Lui une icône du Créateur.Le commandement divin donné à l’homme est qu’il soit un créateur. Le Saint Apôtre Paul dit que la création « aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement. »6, mais cette libération viendra par l’œuvre en synergie du Saint Esprit avec les fils de Dieu, avec l’homme devenu libre et parfait, arrivé à la sainteté. Autour des saints, toute la nature animée et inanimée est domestiquée, se faisant servante de l’homme.
En 1868, Ernest Haeckel définit un nouveau domaine dans le cadre des sciences de la nature, qu’il appelle l’« écologie », un mot composé de deux mots grecs oikos (οίκος=maison) et logos (λόγος=parole). Nous, les chrétiens, nous pouvons traduire le mot écologie par « la Maison du Logos ».
Afin de bénéficier à nouveau de la communion avec Dieu, nous devons désirer entrer dans « la Maison du Logos », où règne l’harmonie dans l’amour, en accomplissant le conseil de notre Sauveur Jésus-Christ : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait »7.
† Évêque Timothée, de l’Espagne et du Portugal