Nativité du vénérable et glorieux Prophète, Précurseur et Baptiste Jean, 24 juin

publicat in Homélies et sermons pe 9 Juin 2016, 20:44

La langue de Zacharie est déliée

En naissant, Jean dégagea aussitôt la mère qui l’enfantait du blâme qu’elle avait encouru à cause de sa stérilité, mais il ne délia pas le lien qui retenait la langue de celui qui l’avait engendré, ce lien reçu à cause du scandale de son incrédulité. Tu étais incontestablement un enfant aux yeux de tous les témoins1, et celle qui venait d’enfanter, illuminée en son âme par l’Esprit, voulait qu’on l’appelât Jean : ce nom est prononcé ainsi dans la langue hébraïque, mais traduit en grec il signifie « grâce et présence de Dieu ».

Les parents et les amis de la synagogue2 et les gens de la maison, entendant cette appellation prophétique, pensant que la grâce du Dieu et Père se trouvait dans le monde, la repoussèrent et la fuirent en proposant leur propre appellation, et ils tentaient de la faire changer d’avis et le voulaient, et ils disaient avec plus d’audace à celle qui venait d’enfanter : « Il n’y a personne dans ta parenté qui porte ce nom » (Lc. 1, 61). Ils voulaient en effet accomplir sa parenté juive. Alors (Zacharie), demandant une petite tablette d’un signe de tête, puisqu’il ne pouvait pas parler, grava que le nom de l’enfant était Jean. Il n’écrivit pas seulement cela sur la cire, mais tout en écrivant les lettres il le disait avec des mots, montrant que le mouvement de sa langue accompagnait celui de sa main, et signifiant que la parole concourait au travail du stylet.

En effet, le bienheureux évangéliste, voulant exprimer cela, dit d’une manière significative : « Demandant une tablette, il écrivit : Jean est son nom » (Lc. 1, 63). En même temps qu’il parlait, il écrivait et en même temps on voyait le mouvement de chaque membre, la langue et les mains.

(Zacharie) n’a pas d’abord écrit, puis ensuite parlé, il n’a pas dit ce qu’il n’avait pas écrit, mais il a dit la même chose qu’il avait écrite. La main accourait d’en bas et la parole coulait d’en haut, et aucune n’a dominé l’autre. Les deux ont concouru ensemble, s’élançant d’un même point de départ et remportant tous deux la couronne de victoire, aucune ne confessant être vaincue. Alors tous les (assistants) furent émerveillés à cause de cela, car cette action était véritablement digne d’admiration.

Si l’événement a émerveillé ceux qui étaient là à ce moment, c’est seulement corporellement3, car cela leur fut révélé seulement corporellement. Mais pour ceux qui sont initiés par l’Esprit, les choses de l’Esprit ne s’arrêtent pas à ce qu’on voit, mais la parole manifeste qu’elle possède un sens caché, que nous cherchons par l’Esprit et dont nous suivrons les traces de façon spirituelle4. Alors, poursuivant avec ardeur le rayon que cette lampe nous envoie, nous vous procurerons la nourriture, à vous qui êtes les Enfants de l’Esprit…

Extrait de « Fêtes Chrétiennes à Jérusalem » par Saint Sophrone,
Homélie : Éloge de Saint Jean le Précurseur, Ed. Migne, Les pères dans la foi

Notes :

1. Sophrone veut ici signifier que l’opprobre de la stérilité tombe de lui-même à la vue de l’enfant.
2. Ce terme a dans la bouche de Sophrone un sens péjoratif et désigne les Juifs incrédules qui fuient et repoussent la grâce de Dieu.
3. Dans le sens de « non-spirituellement ».
4. Sophrone souligne la distinction entre une lecture « corporelle », c’est-à-dire littérale, de la Parole de Dieu, ce qui sous sa plume est une allusion à l’exégèse juive, et une lecture spirituelle qui est propre à l’exégèse chrétienne.