publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Juin 2016, 19:53
2e Guérison : de la belle-mère de Pierre : Marc 1, 29-31
Nous étudions donc pas à pas cette première étape de Saint Marc qui, je le rappelle, va de Mc 1, 1 jusqu’à Mc 3, 12 au cours de laquelle les appelés du bord de la mer prennent conscience de leur vocation de disciple, et l’acceptent.
Comprenons que si dans cette histoire Pierre, André, Jacques et Jean, et bientôt Léwi-Matthieu sont les personnages concernés, en fait chacun d’entre nous, membre de l’Église, est un appelé lui aussi ; comprenons que l’Évangile nous montre comment actualiser notre baptême et devenir fils de lumière, enfant de Dieu en pratique. Pas seulement en théorie : il y a plus à faire qu’une simple visite à l’église le dimanche en fin de matinée ! Et c’est passionnant.
C’est une aventure passionnante qui nous est offerte. Du sens pour notre vie, et de la joie.
Le début de l’Évangile selon Saint Marc nous montre le Christ médecin.
De quoi vient-il nous guérir ? De la mort spirituelle ;
Jésus commence par conférer la guérison, et à un homme, et à une femme : c’est à dire à l’être humain tout entier, dans la diversité de ses personnes.
Les deux ont même responsabilité, les deux ont laissé le démon prendre possession de leur cœur, les deux ont désobéi laissant échapper le commandement.
Ils sont les prototypes de l’humanité, leur conduite nous concerne.
On a vu dans la précédente parution comment Jésus chasse du cœur humain celui qui s’y était installé sans bruit. On va voir maintenant comment il réconcilie ce cœur avec les commandements et révèle le modèle de conduite à suivre.
Voici le texte de la 2e guérison :
Suivons notre méthode habituelle de commentaire.2
Aussitôt …
On a déjà noté cette urgence, chez saint Marc … C’est pressé d’apporter le Salut … C’est urgent, il n’y a aucun temps à perdre !
Notons déjà que ces deux premières guérisons, celle d’un homme et celle d’une femme, ont lieu le même jour, jour de shabbat. Jésus et ses quatre disciples viennent de participer à la célébration du shabbat à la synagogue, et maintenant ils se rendent à la maison, pour la partie domestique de la fête qui traditionnellement doit être présidée par la maîtresse de maison.
Sortant hors de la Synagogue ils sont venus dans la maison …
Notons comment les lieux sont précisés.
Certes, au sens littéral ces quelques mots relatent un déplacement, caractéristique de toute guérison (on en a parlé le mois dernier).
Mais on peut aussi comprendre ce déplacement au sens allusif : le Christ s’éloigne de la Synagogue – au sens où elle représente cette institution religieuse qui très vite va le rejeter – et entre dans le lieu qui désormais servira de lieu de réunion pour la nouvelle communauté : la maison.
L’Évangile se déroule dans différents lieux, tous spécifiques. Nous nous sommes déjà trouvés :
- au Jourdain, lieu de la Théophanie ou Révélation de la Divine Trinité ;
- au désert, lieu de l’épreuve, et de la prière dans la proximité avec Dieu ;
- au bord de la mer, lieu de l’appel. Ceux qu’il y rencontre ne sont pas encore convertis, et on verra que bien souvent, Jésus leur parle en paraboles, langage crypté ;
- à la synagogue, lieu de la communauté juive ;
- et maintenant à la maison. En ce lieu se rassemblent les membres de la nouvelle communauté, embryon de l’Église, et aujourd’hui, s’y déroulent intercession et guérison, et aussi, on va le voir : service.
- Il y aura encore d’autres lieux : la barque naviguant sur la mer, la montagne, la route, Jérusalem, etc. Ils ne sont pas interchangeables : ce qui se passe dans l’un ne se passe pas dans un autre. Tout est ordonné, tout a du sens.
…de Shim’ôn et d’Andréas, avec Yaqov et Yôhânân …
Les quatre appelés. Je ne reviens pas sur leurs noms ni sur leurs missions.3
Or la belle-mère de Shim’ôn était couchée, prise de fièvre
On doit se demander ici : qu’est-ce que la fièvre ? … Et recourir à une concordance.4
On y apprend qu’il y a deux occurrences du mot ‘fièvre’ dans l’Ancien Testament :
- D’abord dans le Lévitique. Au chapitre 26, chapitre de conclusion, après l’énoncé des commandements de la Torah il est dit :
Lv 26, 3 sq. – Si vous marchez dans mes statuts, si vous gardez mes commandements et mes pratiques, je vous donnerai vos pluies en leur temps. La terre donnera son rapport, l’arbre des champs donnera son fruit (…) Vous mangerez votre pain à satiété et vous habiterez dans votre pays en sécurité.
Autrement dit : si vous faites ce que je vous commande, vous vivrez dans l’abondance et la sécurité. Et d’énoncer les bénédictions.
Mais …
Lv 26, 14 – Mais si vous ne m’écoutez pas, si vous ne pratiquez pas tous mes commandements, si vous méprisez mes statuts, si votre âme a en horreur mes ordonnances de sorte que vous ne pratiquiez pas tous mes commandements, que vous rompiez mon alliance (…) je donnerai sur vous la frayeur, la consomption et la fièvre qui consumeront vos yeux et feront défaillir votre âme. Vous sèmerez en vain votre semence, car vos ennemis la mangeront. Et suit toute une longue liste de malédictions.
- Deutéronome 28, reprend le même énoncé de bénédictions et malédictions liées à l’observance ou non des commandements de l’Alliance. Et de nouveau la ‘fièvre’ est un des signes de la malédiction divine, qui vient atteindre ceux qui ont en horreur la Loi et pèchent en s’opposant à Dieu (Lévitique), ouceux qui n’auront pas obéi à la voix du Seigneur Dieu, et n’auront pas gardé ses commandements et ses lois qu’il a prescrites (Deutéronome). Il faut lire ces chapitres : c’est assez hallucinant ! On y perçoit que l’Alliance avec Dieu n’est pas une plaisanterie …
Nous comprenons donc que cette femme, qui est notre prototype, est dans la révolte contre Dieu et sa Loi.
Si l’on réalise que la loi de la Nouvelle Alliance telle que vient de l’énoncer Jésus quelques versets plus tôt, est la foi en l’Annonce Heureuse5, la foi en Christ, on peut en déduire que cette femme n’a pas foi en ce nouveau Rabbi qui vient d’apparaître dans la vie de sa famille, et qui a subjugué son gendre : … « et il ne va plus travailler régulièrement ... Et s’il délaisse son épervier, comment la famille va-t-elle subsister … ? Etc. » Elle ronchonne.
Et cette bouderie déclenche la fièvre, laquelle atteste que c’est à Dieu lui-même qu’elle s’oppose. Celui qu’elle a devant elle n’est donc pas un rabbi ordinaire, mais il vient de Dieu, c’est sûr. C’est encore une façon qu’il a de cacher-révéler sa divinité ...
Et aussitôt ils lui parlent d’elle …
Ils sont quatre, et eux ils ont foi. Ils représentent l’Église naissante.
En ce lieu-maison-église, voilà que pour la première fois dans l’Histoire, des croyants intercèdent auprès du Christ et implorent sa miséricorde pour quelqu’un qui n’a pas la foi. Comme c’est important !
Du point de vue du canevas de guérison, c’est la deuxième phase : le Médecin s’étant déplacé, il y a rencontre, échange de paroles.
… et s’approchant il l’a relevée saisissant la main …
Sans aucun délai et sans la moindre réticence, le Médecin se déplace encore et intervient. (Troisième phase de la guérison.) Comment agit-il ?
Aucune parole cette fois-ci, mais un geste : il saisit la main.
Décrit par ces quelques mots, ce geste évoque celui qui est représenté sur l’icône de l’Anastasie : on y voit le Christ aux enfers, victorieux, ayant pour escabeau de ses pieds6 les portes et le maître du lieu en personne7 ; il empoigne Adam d’un côté et Eve de l’autre, et les hisse hors du tombeau, les attirant vers la mandorle de lumière qui irradie de lui. Il les éveille de la mort et les relève.8
En mémorisation, c’est ce geste que nous utilisons pour illustrer le salut : de même que le Christ saisit la main de celui qu’il sauve, de même moi, ‘récitant-mimeur’, j’utilise ma main droite, qui représente le Christ en l’occurrence, pour saisir ma main gauche qui traîne en bas sur ma gauche – lieu qui en langage gestuel et par convention représente le mal, le péché, l’enfer, et la mort – et avec ma main droite je tire ma main gauche, pour la hisser vers ma droite et en hauteur – lieu qui, de façon conventionnelle là encore, représente Dieu, la lumière, le salut.
Ainsi je signifie que l’homme de la chute qui, spirituellement mort se trouve dans le champ en bas à gauche, est soulevé par la force divine jusqu’à l’espace en haut à droite, où il va entrer en possession du Salut.
L’exécution de ce geste frappe autant celui qui le voit faire que celui qui le fait, et reste dans la mémoire, associant à la représentation mentale des mots une représentation mentale d’ordre kinesthésique. Le corps est engagé, le souvenir s’inscrit aussi dans nos muscles, dans ce corps que Dieu nous a donné pour qu’il soit Temple du Saint Esprit, et qu’il ressuscite un jour comme corps de lumière. Tout comme le Christ est ressuscité avec son corps.
… et la fièvre l’a laissée et elle les servait.
Après l’intervention du divin Médecin, voilà la réaction, quatrième phase de la guérison.
La fièvre l’a laissée. Cette femme qui rejetait le rabbi divin, voilà qu’elle est délivrée de sa révolte et de ce qui en était le symptôme : la fièvre. Cela signifie qu’elle accepte la mission de celui qu’elle a devant elle, elle adhère à sa personne.
Outre le fait qu’elle est délivrée de la fièvre, qu’est-ce qui nous montre encore son adhésion, sa foi ?
Elle les servait.
Pour ces trois mots, il y a plusieurs niveaux de compréhension :
- Elle est une femme, elle va les recevoir, servir une collation à ces hôtes. D’autant plus que c’est le moment du repas de shabbat à la maison, et qu’il y a tout un rituel à mettre en œuvre.
- Dans l’Église, quand on en devient membre, il est bon d’avoir un service, une fonction, de servir le Christ. Cela permet de s’ancrer dans la paroisse ou dans l’Église.
- Mais Bernard Frinking souligne quelque chose qui va plus loin :
Prenons un exemple : quand un enfant de deux-trois ans prend un balai pour imiter sa maman qui balaye, il le fait pour connaître sa maman. Car c’est en faisant les gestes de l’autre, en entrant dans sa ‘gestualisation’ qu’on connaît autrui, qu’on entre en communion avec lui.
Or le Christ est le Serviteur. Lui-même nous dit : « Car le Fils de l’Homme n’est pas venu non plus pour être servi mais pour servir » … (Marc 10, 45)
Donc, pour connaître le Christ, il faut servir. Et tout service est le service du Christ, parce que le Christ sert l’humanité à travers nos mains, notre cœur, nos pieds.
C’est très profond.
En nous, l’Esprit Saint crie Abba-Père, nous portant à la prière et à la louange, et le Christ lui, utilise notre activité corporelle, nos actes, nos déplacements pour servir lui-même nos frères. C’est vertigineux si l’on y pense. Quelle responsabilité …
Cette femme adhère. C’est le sens du mot ‘Amen’ : j’adhère. Elle se confie au Christ, elle abandonne ses réticences psychologiques, sa raison raisonnante et se donne.
Elle est un vrai disciple. Le disciple a un authentique désir de connaître le Christ pour ce qu’il est. Son cœur s’est enflammé pour s’approcher de lui, pour le connaître mieux, pour l’aimer.
Et pour l’aimer, il faut servir autrui.
C’est ce qu’elle fait. Elle commence à entrer dans les voies du Seigneur.
En conclusion
Avec la première guérison, celle de l’homme en souffle impur, nous avons appris ceci :
C’est en son propre nom que l’homme délivré du démon peut confesser désormais : je sais qui tu es toi, le Saint de Dieu. Sans faux-fuyant, il reconnaît la divinité du Christ, et ainsi la relation de l’homme avec Dieu est rétablie.
Avec cette deuxième guérison aujourd’hui, celle de la belle-mère de Pierre, l’être humain découvre le sens du service. Servir, c’est vivre en Christ.
Déjà, la relation à Dieu est rétablie pour elle par le fait qu’elle renonce à sa révolte, mais en plus, sa relation avec autrui elle aussi, est en cours de rétablissement ; car le disciple, désirant connaître son Seigneur l’imite, et participe activement lui-même à l’œuvre de miséricorde propre à Dieu. Le disciple sert son prochain.
Il y a toute sorte de services. Il nous faut découvrir lequel nous convient.
Aujourd’hui, comme je boucle cet article, c’est Mardi Saint, et on peut lire à Vêpres, à la quatrième strophe du Lucernaire :
Venez, fidèles, travaillons avec zèle pour le Seigneur, car il confie sa richesse à ses serviteurs ; et, de la grâce que chacun multiplie le talent : que l’un procure la sagesse en faisant le bien, que l’autre assure le service d’illuminer, que le fidèle partage la science avec les non-initiés, qu’un autre partage son bien avec les indigents ! Ainsi nous ferons fructifier le trésor en dépôt, et de la grâce nous serons les fidèles intendants, devenant dignes de la joie du Seigneur : veuille nous l’accorder, ô Christ notre Dieu dans ta bonté pour les hommes.
Gloire à Dieu.
A nous de jouer, maintenant !9