Éternel, mon Dieu ! Je cherche en toi mon refuge (Ps. 7, 1)

publicat in Le monde intérieur pe 17 Mars 2016, 18:06

« L’Éternel est ma lumière et mon salut ; / De qui aurais-je crainte ? / L’Éternel est le soutien de ma vie ; / De qui aurais-je peur ? (…) / Si une armée se campait contre moi, / Mon cœur n’aurait aucune crainte ; / si une guerre s’élevait contre moi, / Je serais malgré cela plein de confiance » (Ps. 27, 1-9).

« Ceux qui se confient à l’Éternel / Sont comme la montagne de Sion : / elle ne chancelle point. / Elle est affermie pour toujours » (Ps. 125, 1).

L’inquiétude et l’insécurité constituent le trait dominant de la conscience humaine, car à la différence des autres créatures, l’homme sait – même s’il s’efforce de l’oublier – que son existence est éphémère et mortelle. Il sait aussi qu’il ne peut compter sur aucun secours en ce monde, ni sur aucune personne, pour sauver sa vie. Car toutes les choses et les créatures de ce monde étant mortelles, la mort aura toujours le dernier mot : « Apprenez de la mort qu’elle n’épargne personne, ne remet rien à plus tard. (…) La fin, la fin arrive ! Ton tour viendra qui que tu sois homme de la terre ! » (Archimandrite Arsenie Papacioc, « L’éternité présente dans l’instant »).

La mort est plus forte que les rois, les chefs d’État, les riches, les savants, les médecins, les philosophes, plus forte que la pierre, le béton, l’acier, plus forte que l’intelligence et la science des hommes, plus forte que toutes les créatures et que tout ce qui existe en ce monde. La mort est le dieu de ceux qui ne croient pas en Dieu : « L’univers « normal », celui que l’on peut déduire des lois de la nature, est un Univers sans vie ; les seules lois prévisibles et reproductibles sont des lois de mort et de retour à l’inanimé (…). En effet, l’analyse des systèmes vivants semble dans ces conditions ne pouvoir laisser aucune place à un concept du vivant en tant que tel. (…) Les lois de la nature permettent de comprendre non pas la vie mais la mort, non pas l’organisation vivante mais la décomposition de cette organisation instable, la corruption et la putréfaction » (Ilya Prigogine [Prix Nobel de chimie], « La nouvelle alliance »).

Cet abîme insondable qu’a laissé la disparition de Dieu dans l’âme humaine, les incroyants des temps modernes s’efforcent en vain de le combler par une consommation excessive et effrénée des plaisirs et des biens de ce monde : « Nous courons sans souci vers le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir » (Pascal, « Pensées »).

L’oubli, l’illusion, le mirage, le mensonge, les antidépresseurs et autres ecstasy sont les seuls remèdes dont dispose l’homme sans Dieu pour apaiser sa détresse et son désespoir face à la terreur et à l’horreur de la mort. L’humanisme athée est un leurre, qui n’a engendré et ne peut engendrer que des systèmes idéologiques et politiques à la fois inhumains, mensongers et absurdes, qui voudraient faire de nous des condamnés à mort heureux ! Placer l’homme mortel au centre de notre existence et au sommet de nos valeurs, c’est reconnaître la suprématie non pas de l’homme mais de la mort. L’homme sans Dieu est l’esclave de la mort et en tant que tel, ne peut sauver ni sa propre personne, ni les autres mortels : « Le secours de l’homme n’est que vanité (…) / Oui, vanité, les fils de l’homme ! / Mensonge les fils de l’homme ! / Dans une balance ils monteraient / Tous ensemble, plus légers qu’un souffle. (Ps. 60, 13 ; Ps. 61, 10).

Si le Christ est le chemin, la vérité et la vie (Jn. 14, 6), l’homme sans Dieu n’a ni chemin, ni vérité, ni vie, même s’il est biologiquement vivant. Car sans Dieu le monde n’est qu’un néant aussi vaste que l’univers, le règne de la matière sans âme et le royaume de la mort éternelle : « Le Christ est tout en tous. Son contraire ? Le vide, le néant. (…) Si le Christ n’est pas, tu n’es rien, tu es un cadavre, tu es néant » (saint Justin Popovitch, « L’homme Dieu et le Dieu homme »).

Celui qui dit : « Dieu n’existe pas », dit en même temps : « Le chemin, la vérité et la vie n’existent pas ». Si comme le prétendait Nietzsche, Dieu est mort, l’homme est mort en même temps que lui. Avoir coupé le contact avec Dieu, est un acte suicidaire qui est à l’origine de toutes les crises – morales, spirituelles, sociales, philosophiques, politiques, économiques, individuelles et collectives – des temps modernes, car tout ce qui est fait sans Dieu ne sert à rien, ne mène à rien, n’existe même pas : « Si l’Éternel ne bâtit la maison, / Ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; / Si l’Éternel ne garde la ville, / Celui qui la garde veille en vain. / En vain vous levez-vous le matin, vous couchez-vous tard,/ Et mangez-vous le pain de douleur » (Ps. 127, 1-2).

L’orgueil de celui qui prétend trouver le chemin, la vérité et la vie par ses propres moyens, se dresse comme un mur entre l’homme et Dieu. Connaître sa faiblesse, son impuissance, son néant, est le premier pas sur le chemin qui mène à Dieu : « Éternel ! dis-moi quel est le terme de ma vie, / Quelle est la mesure de mes jours ; / Que je sache combien je suis fragile./ Voici, tu as donné à mes jours la largeur de la main, / Et ma vie est comme un rien devant toi. / Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle » (Ps. 39, 5-6).

Le centre de notre personne n’est pas la créature mortelle mais l’Esprit de Dieu qui réside en nous et nous donne à chaque instant l’être et la vie, car « Dieu seul est Celui qui est vraiment, qui est toujours » (saint Grégoire Palamas).

Tout vient de Dieu, tout est fait par Dieu, tout existe parce que Dieu existe et rien ne peut exister sans Lui : « Éternel ! Tu me sondes et tu me connais, / Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, / Tu pénètres de loin ma pensée ;/ Tu sais quand je marche et quand je me couche, / Et tu pénètres toutes mes voies./ (…) Où irais-je loin de ton esprit, / Et où fuirais-je loin de ta face ? / Si je monte aux cieux, tu y est ; Si je me couche au séjour des morts, te voilà. / (…) Si je dis : Au moins les ténèbres me couvriront, – / La nuit devient lumière autour de moi / Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi (…) / C’est toi qui a formé mes reins, / Qui m’a tissé dans le sein de ma mère. / Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. / Tes œuvres sont admirables, / Et mon âme le reconnaît bien. » (Ps. 139, 2-14).

Croire à l’homme mortel, c’est croire à la mort. Croire en Dieu c’est croire à la vie : « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mt. 22, 32).

Les sociétés modernes, dominées par l’esprit matérialiste et par la quête obsessionnelle du bonheur en ce monde, se sont engouffrées dans une voie sans issue, contraire à celle du Christ, donc contraire à la vérité et à la vie. Entre Dieu et Mamon, l’homme moderne a choisi de servir Mamon. C’est pourquoi le chrétien d’aujourd’hui ne peut faire autrement que d’aller à contre-courant de son époque : « Pour la culture de nos jours « le temps c’est de l’argent », mais pour nous, les chrétiens, le temps signifie le rachat de la vie éternelle. Chaque jour nous essayons de réduire la part du péché dans notre vie et d’augmenter l’énergie de la grâce de Dieu, de manière à marquer chacun de nos jours du sceau de l’éternité. Chaque jour nous sommes appelés à faire un saint négoce : échanger notre vie mortelle contre la vie éternelle qui vient de Dieu » (Archimandrite Zacharie Zacharou, « Racheter le temps »).

Certes, un chrétien doit lui aussi rendre à César ce qui est à César (Mt. 22, 21) mais il ne doit jamais lui donner son être intérieur : « Ne donnez pas votre cœur aux choses matérielles». « Si l’on se perd dans les choses de ce monde, on perd le chemin vers le ciel » (Géronda Païssios L’Athonite, « Paroles – t. 1 »).

Dans toutes les circonstances de notre vie, dans toutes les épreuves que nous traversons, dans les moments de joie, de tristesse, d’enthousiasme, de détresse, rappelons-nous que sans l’aide de Dieu et sans sa présence constante dans notre cœur et notre existence « tout est vanité et poursuite du vent » (Eccl. 1, 14) : « L’homme ! ses jours sont comme l’herbe, / Il fleurit comme la fleur des champs, / Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus » (Ps. 103, 15-16).

Seul Celui qui est éternellement vivant peut nous donner l’être et la vie : « Moi je suis la résurrection et la vie (…) ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais » (Jn. 11, 25-26).

Dans toutes les circonstances heureuses ou malheureuses de notre existence, rappelons-nous que Dieu est notre seul espoir, notre seule force, notre seul salut, et adressons-Lui cette prière : « Garde-moi, ô Dieu ! car je cherche en Toi mon refuge » (Ps. 16, 1).