Cinquième Béatitude : Bienheureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde.

publicat in Catéchétique pe 12 Mars 2016, 17:47

Saint Grégoire de Nysse entrevoit « une analogie entre la vision de Jacob, quand il vit en songe une échelle qui allait de la terre jusqu’aux hauteurs du ciel, avec Dieu à son sommet, et l’enseignement des Béatitudes, qui nous élève par degrés vers une vérité plus haute. (..) La progression des Béatitudes, les unes par rapport aux autres, nous prépare à nous approcher de Dieu, le Bienheureux par excellence, fondement de toute béatitude.

Comme nous approchons de la sagesse par ce qui est sage, de la pureté par ce qui est pur, nous nous unissons au Bienheureux par la voie des béatitudes.

Or la béatitude appartient véritablement en propre à Dieu. Voilà pourquoi Jacob a dit que Dieu se dresse en quelque sorte au sommet de l’échelle. La participation aux béatitudes n’est donc rien d’autre que la communion avec la divinité, à laquelle le Seigneur nous conduit par ses paroles »1

En de nombreux endroits de l’Écriture, les hommes pieux appellent du nom de miséricorde la puissance divine. C’est ainsi que David dans les psaumes, Jonas dans les prophéties, Moïse à plusieurs reprises dans les tables de la Loi, désignent la divinité. « Le Seigneur est miséricordieux et juste, notre Dieu fait miséricorde » (Ps. 114, 5). Il est intéressant ici de noter à quel point la justice divine et sa miséricorde sont liées. Dans l’alliance que Dieu a passé avec l’homme, la miséricorde est toujours l’attitude du plus fort – Dieu Lui-même – envers le plus faible et s’exprime dans le pardon des infidélités et des fautes. Un homme qui se fait miséricordieux devient donc digne de la Béatitude divine parce qu’il parvient à ce qui caractérise Dieu. Être miséricordieux est donc un aspect essentiel de l’acquisition de la ressemblance.

Or, qu’est-ce que la miséricorde et en quoi s’exerce-t-elle ?

Le premier sens qui vient à l’esprit, selon saint Grégoire de Nysse, est le suivant : la Béatitude appelle les hommes à l’affection réciproque et à la compassion, du fait des inégalités. La compassion est l’opposé de la dureté. L’homme dur et brutal est inaccessible à son entourage, l’homme compatissant et miséricordieux partage avec ceux qui souffrent. Saint Grégoire de Nysse définit la pitié, la compassion, comme une communauté affectueuse de sentiments avec ceux qui sont dans les épreuves. La dureté et la brutalité ont leur origine dans la haine, la compassion est engendrée par l’amour. Consentir à partager les malheurs des autres est le propre de ceux qui brûlent d’amour vrai. « Or la compassion est un amour intensif. Il est donc souverainement heureux celui qui maintient son âme dans cette disposition, car il atteint le sommet de la perfection2 ». La compassion, la miséricorde ne peuvent coexister avec la dureté du cœur. « Qu’y a-t-il de commun entre la lumière et l’ombre ? » demande l’Apôtre (2 Co, 6, 14).

La miséricorde est aussi l’attitude face aux besoins et à la souffrance de l’autre – pas nécessairement face à sa faute. Il y a en quelque sorte une miséricorde du cœur et une miséricorde des mains.

« Chacun peut témoigner de la miséricorde à son prochain, car la miséricorde peut être aussi diverse que le sont les besoins de l’homme, matériels ou spirituels, et que le sont les diverses conditions sociales, positions ou vocations »3. Saint Jean de Kronstadt nous rappelle les œuvres de miséricorde. « Elles sont de deux sortes : matérielles : nourrir celui qui a faim ; donner à boire à l’assoiffé ; habiller celui qui est nu ou qui manque du nécessaire ; visiter ceux qui sont emprisonnés ; visiter les malades, les aider à guérir ou à se préparer à la mort ; accueillir l’errant sous son toit ; enterrer à sa propre charge ou à l’aide de collectes ceux qui sont morts dans le dénuement ; et spirituelles : détourner le pécheur de l’erreur par l’exhortation ; enseigner le bien aux ignorants (par exemple, à prier) ; donner en temps utile à son prochain un bon conseil ; prier Dieu pour tous : « priez les uns pour les autres, afin d’être guéris » (Jc 5, 16) ; consoler les affligés ; ne pas répondre et ne pas se venger du mal qui nous est fait : « Ne rendez à personne le mal pour le mal » (Rm 12, 17), « ni l’insulte pour l’insulte » (1 P 3, 9), « ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu » (Rm 12, 19) ; pardonner les offenses de tout cœur, en sachant et se souvenant que celui qui offense l’autre s’offense lui-même avant tout, et Dieu ensuite, qu’il s’attire la grande colère de Dieu, qu’il offense d’après les enseignements de l’ennemi (et donc mérite notre compassion), que nous méritons ces offenses à cause de nos péchés, et enfin que Dieu nous pardonne les péchés et offenses subies par sa majesté »4.

« Plutôt que d’être affecté par les malheurs d’autrui, peut-être serait-il bon de pleurer la perte de la dignité de notre propre vie ».5 La servitude à nos passions et aux démons dans laquelle nous sommes ne doit-elle pas nous inspirer de la pitié, de la compassion pour nous-mêmes ? Et si nous réalisons vraiment notre état, ne devons-nous pas aussi être pleins de compassion et de miséricorde pour nos frères, qui tombent comme nous sous les coups des démons, qui sont comme nous les victimes de leurs passions, et de fait être plein de miséricorde à leur égard, quand ils nous offensent en ne sachant pas ce qu’ils font ?

Dans la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 29-37), des voleurs dérobent tout à un homme et le laissent, blessé, sur le bord de la route. Un prêtre, puis un lévite, vont passer, indifférents. Le Samaritain, l’étranger, lui, descend de son cheval, panse les plaies avec de l’huile et du vin – c’est une nouvelle allusion au Serviteur qui viendra « panser les cœurs meurtris » (Is. 61, 1) – le met sur son propre cheval et le conduit à l’auberge. Là il paie l’aubergiste et lui dit : « Prends soin de lui et tout ce que tu dépenseras en plus, je te le rendrai lorsque je reviendrai. » Jésus s’identifie dans cette phrase avec le Bon Samaritain. Plus : c’est Lui le prochain de l’homme blessé. Et Jésus nous dit à tous : « Va, et toi aussi, fais de même ».

Et Dieu se complaît à faire miséricorde. La miséricorde de Dieu est l’un des traits saillants du Dieu de l’Alliance, présent dans la Bible du début à la fin. Le psaume 135 reprend tous les faits marquants de l’histoire d’Israël, et répète, telle une litanie : « Car éternelle est sa miséricorde ».

A ses adversaires, Jésus rappellera, à deux reprises dans l’Évangile selon saint Matthieu, la parole de Dieu prononcée par le prophète Osée (cf. Os. 6, 6) : « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice » (Mt 9, 13 et 12, 7). Ce qui n’est pas une condamnation du sacrifice rituel, mais le rappel de la prééminence absolue de la miséricorde et de l’amour sur le rite.

Jésus Lui-même fera des miracles de pure miséricorde : la résurrection du fils unique de la veuve de Naïn, par exemple, à qui Il dit « Ne pleure plus ! » (Lc 7, 11-17).

Mais Il nous explique sa miséricorde au travers de différentes paraboles : par exemple celle de l’ouvrier de la 11è heure, l’une des plus caractéristiques et des plus scandaleuses de l’Évangile, à notre vue humaine. Notons au passage que le Christ commence cette parabole par : « Le Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui sortit de grand matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne » (Mt 20, 1-16). Chacun connaît l’histoire, l’ouvrier de la 11e heure reçoit le même salaire que l’ouvrier de la 1ère heure. A ceux qui murmurent, le maître de la vigne précise qu’il leur donne le salaire convenu, et ne leur fait donc pas de tort, et termine en demandant : « Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? » Ce qui est clair, c’est que la miséricorde divine dépasse infiniment la justice distributive que nous connaissons, au mieux, sur cette terre ; et qu’elle est caractéristique de Dieu et du Royaume des cieux. C’est un acte de bonté, d’amour, de générosité pure, que nous sommes appelés à imiter.

Aussi, le plus important n’est-il pas forcément ce que nous donnons, maisla manière dont nous donnons. A qui faut-il donner ? « A celui qui te demande, donne », dit le Christ. « Il faut venir en aide et faire du bien à tous, sans distinction de personnes, de condition, d’origine, de confession de foi. Saint Grégoire le Théologien dit : ‘Nous devons ouvrir le sein de notre miséricorde à tous les pauvres et à tous ceux qui souffrent quelle qu’en soit la cause. (…) Parce qu’ils ont tous le même droit à la commisération et que leurs yeux posés sur nos mains est à l’image des nôtres sur les mains de Dieu lorsque nous demandons quelque chose’ »6.

Comment donner ? « Il ne faut pas aider avec ostentation et amour propre, avec le désir de la reconnaissance et de la récompense, mais dans le désintéressement, le désir d’être agréable à Dieu, et l’amour du prochain. Il faut aider et faire le bien spontanément, avec bon vouloir, sincérité, joie, respect, amour non déguisé envers les pauvres, sans aucune indignation, sans dépit ni mépris. Saint Paul dit : ‘Que chacun donne selon la décision de son cœur, sans chagrin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie’ (2 Co. 9, 7), et aussi : ‘Que celui qui donne le fasse sans calcul’ (Rom. 12, 8). ‘L’aumône ne consiste pas seulement dans le don, dit saint Jean Chrysostome, mais aussi dans le zèle, la joie, et le sentiment de reconnaissance envers celui qui reçoit. Ainsi, si telle n’est pas la disposition de celui qui donne, mieux lui vaut ne pas donner. Parce que ce n’est pas une aumône, mais une simple perte… Saches que l’aumône est ce que tu donnes dans la joie et la conviction que tu reçois davantage que ce que tu donnes’ (Saint Jean Chrysostome, Sur l’Épître aux Philippiens). Qui plus est, donne de ton bien et non du bien d’autrui, sur lequel tu n’as aucun droit légitime, de ce bien que tu as acquis par l’honnêteté de ton travail et non par la rapine, le mensonge et l’injustice. Et pour donner l’aumône en suffisance, limite tes dépenses et n’achète pas de choses superflues et chères, dont il est facile de se passer, parce que c’est voler le bien des pauvres, étant donné que notre superflu leur appartient. Enfin, il ne faut pas penser beaucoup à ses bonnes œuvres, et ne se considérer que comme le distributeur des biens de Dieu. ‘Seras-tu jamais plus généreux que Dieu, demande saint Grégoire le Théologien,même si tu donnes à tous ce que tu possèdes, même si avec toute ta richesse tu te donnes toi-même, car l’homme ne le reçoit-il pas de Dieu ? Plus tu Lui rembourseras, plus il te sera rendu, et tu ne donneras rien de ce qui t’est propre, parce que tout est de Dieu’.7»

Ce qui peut surprendre le plus dans la miséricorde de Dieu, c’est qu’Il éprouve de la joie à l’exercer. Dieu dit à Ezéchiel : « Dis [à la maison d’Israël] : Par ma vie – oracle du Seigneur Dieu – , est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant ? Bien plutôt à ce que le méchant change de conduite et qu’il vive ! Revenez, revenez de votre méchante conduite : pourquoi faudrait-il que vous mouriez, maison d’Israël ! » (Ez 33, 11). Et le prophète Michée dira : « A quel Dieu te comparer, toi qui ôtes le péché, toi qui passes sur les révoltes ? (…) Lui [c’est-à-dire Dieu], il se plaît à faire grâce » (Mi 7, 18).

Jésus raconte la parabole de la brebis perdue en disant : « « Quand il l’a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules, et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue !’(Lc 15, 5-6) et Il conclut la parabole en disant : « C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15, 7). De même la femme qui a retrouvé la drachme perdue crie à ses amies : « Réjouissez-vous avec moi ! » Enfin, la parabole du fils prodigue (Lc 15, 11-32) : le fils a pris sa part d’héritage en partant, donc du point de vue de la justice humaine, il n’a plus droit à rien. Quand il revient vers son père espérant être embauché comme serviteur, le père sort de la maison pour courir à sa rencontre, le traite en fils et fait la fête pour lui : « Car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé ».

Pourquoi la brebis perdue compte-t-elle plus que toutes les autres, alors qu’elle a créé plus de problèmes que toutes les autres ? Parce qu’elle a fait trembler le cœur de Dieu. Dieu a eu peur de la perdre pour toujours. Le père Nicolas (Sakharov) dit que « dès l’instant où Dieu a créé Adam, Adam devient sa propre vie »8. [Et Adam, c’est toute l’humanité.]

« Bienheureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde». Quel langage humain dira la profondeur de ces paroles, demande saint Grégoire de Nysse ? Le caractère absolu et indéterminé de ces paroles permet d’y chercher quelque chose de plus. Elle ne précise pas envers qui il convient d’exercer la miséricorde, elle dit simplement : « Heureux les miséricordieux ».

Dans le « Notre Père », Jésus nous fait prier ainsi : « Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs » [ou,autre traduction : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »]. Il nous dit également, en Mt 6, 14-15 : « Si vous pardonnez aux hommes leur faute, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes ». Ces paroles pourraient laisser à penser que la miséricorde de Dieu envers nous est un effet de notre miséricorde envers les autres et qu’elle est proportionnée à cette dernière. Mais si c’était le cas, le rapport entre la grâce et les bonnes œuvres serait complètement inversé et le caractère de pure gratuité de la miséricorde divine serait détruit, cette pure gratuité proclamée de manière si solennelle par Dieu devant Moïse : « J’accorde ma bienveillance à qui je l’accorde et je fais miséricorde à qui je fais miséricorde » (Ex 33, 19).

Dans la parabole des deux serviteurs Mt 18, 23-35, c’est le maître qui, le premier, remet sans conditions une dette immense à son serviteur qui demande pitié. La générosité du maître aurait dû inciter le serviteur à agir de même envers celui qui lui devait une somme modique. Nous devons faire miséricorde parce qu’il nous a été fait miséricorde et non pour la recevoir, mais si nous ne la faisons pas, si nous n’imitons pas le Maître, la miséricorde de Dieu n’aura aucun effet pour nous et elle nous sera enlevée, comme dans la parabole où le maître la retire au serviteur impitoyable. La grâce est toujours première, et c’est elle qui crée le devoir : « Comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi » (Col 3, 13). Si, dans la Béatitude, la miséricorde de Dieu envers nous semble être l’effet de notre miséricorde envers nos frères, c’est parce que la promesse est faite au futur, dans la perspective du jugement dernier.

Il nous faut donc, je crois, prendre conscience de la miséricorde de Dieu envers nous. « Et vous, qui étiez morts à cause de vos fautes et de l’incirconcision de votre chair, Dieu vous a donné la vie avec lui : Il nous a pardonné toutes nos fautes, Il a annulé le document accusateur que les commandements retournaient contre nous, Il l’a fait disparaître, Il l’a cloué à la croix… » (Col 2, 13-14). La Parole de Dieu nous annonce l’incroyable nouvelle que l’absolution réelle existe pour l’homme. Elle nous est donnée par le baptême, puis par le sacrement de la réconciliation, lorsque nous osons affronter la honte de notre péché.

Que dire de l’infinie miséricorde qui se cache dans le cœur même de Dieu, des profondeurs insondables de sa miséricorde ? Le mot miséricorde est composé de misereo et de cor, ce qui signifie : s’apitoyer en son cœur, s’émouvoir face à la souffrance et à l’erreur de son frère. C’est ainsi que Dieu explique sa miséricorde lorsque son peuple se fourvoie : « Mon cœur est bouleversé en moi, en même temps ma pitié s’est émue » (Os. 11, 8). [La Bible de Jérusalem traduit : « Toutes mes entrailles frémissent ».] Il nous a prouvé l’étendue de sa miséricorde en envoyant son Fils, son Unique, racheter nos péchés par la Croix.   

Saint Jean Chrysostome affirme que si le Christ n’avait pas prononcé du haut de la Croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font », il nous serait impossible d’être pardonnés. « Ses paroles perdurent jusqu’à l’éternité car elles sont scellées par sa mort et sa Résurrection. Elles restent effectives jusqu’à la fin de ce monde et au-delà. Sur elles nous pouvons construire nos vies entières et dire : « Oppose l’océan [sans limites] de ta miséricorde à la multitude de nos fautes », comme nous lisons dans la première prière des vêpres de Pentecôte. Vraiment nos péchés ne sont rien comparés à l’océan de sa miséricorde et de sa compassion. (…) Réellement, la justice prononcée depuis la Croix fait disparaître le péché du monde, et vainc le prince de ce monde »9. La justice divine dont il a été question dans la Béatitude précédente est ainsi inséparable de la miséricorde. Elle se manifeste dans sa miséricorde, dans son amour qui va jusqu’à la Croix, dans son amour pour ses ennemis. Aussi saint Paul nous encourage-t-il à l’imiter dans son épître aux Colossiens : « Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement » (Col 3, 12-13).

« Bienheureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde ».

De quoi l’homme a-t-il le plus besoin, sinon de la miséricorde de Dieu ? Cette miséricorde qui est « l’absence d’exigence de la dette de nos péchés, l’octroi d’un temps supplémentaire pour le repentir, le pardon de toutes nos fautes. Ainsi, celui qui se considère comme un grand pécheur, digne de tous les tourments, qui a reconnu l’abomination et l’ineptie de ses péchés, l’immense responsabilité qu’ils supposent et l’offense incommensurable qu’ils sont aux yeux de Dieu, celui-là qui a faim et soif de justification et de la miséricorde de Dieu, doit s’efforcer de témoigner à son prochain toute la miséricorde dont il est capable. En récompense de la miséricorde envers son frère, il recevra la miséricorde de Dieu : l’éternel en échange du temporaire, l’infiniment grand contre le petit. Car il se sera rendu digne non seulement du pardon de ses péchés lors du jugement éternel de Dieu, mais aussi de la béatitude éternelle10. »

C’est notre miséricorde qui nous jugera : « Ce que vous avez fait au moindre de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

À suivre …

Marie-Thérèse GOURDIER,
Catéchèse donnée en l’église Saint Séraphin à Paris, 2012
Notes :

1. Grégoire de Nysse, Les Béatitudes, Ed. Migne, coll. Les Pères dans la foi, p. 69.
2. Grégoire de Nysse, Les Béatitudes, Ed. Migne, coll. Les Pères dans la foi, p. 72.
3. Saint Jean de Kronstadt, Dix homélies sur les béatitudes, La Pierre angulaire, p. 26-27.
4. Saint Jean de Kronstadt, Dix homélies sur les béatitudes, La Pierre angulaire, p. 26-27.
5. Grégoire de Nysse, Les Béatitudes, Ed. Migne, coll. Les Pères dans la foi, p. 76.
6. Saint Jean de Kronstadt, Dix homélies sur les béatitudes, La Pierre angulaire, p. 32.
7. Saint Jean de Kronstadt, Dix homélies sur les béatitudes, La Pierre angulaire, p. 32-34.
8. Hiéromoine Nicolas (Sakharov), Saint Silouane : Sur le Saint-Esprit, Buisson Ardent n°18, p.50.
9. Archimandrite Zacharias (Zacharou), Remember Thy First Love, Stavropegic Monastery of Saint John The Baptist, p. 63.
10. Saint Jean de Kronstadt, Dix homélies sur les béatitudes, La Pierre angulaire, p. 25-26.