publicat in Parole de l'évêque Timotei pe 1 Décembre 2015, 07:34
A l’occasion de cette célébration de la joie, j’ai pensé vous parler de notre Berger et notre Maître Jésus Christ, le Seigneur doux et humble, et de la qualité de cette humilité tant déconsidérée et même niée de nos jours, laquelle pourtant, comme nous allons le comprendre, est propre à Dieu et donc très importante pour nous tous. Personne ne peut direà son propre sujet qu’il est humble ou qu’il est suffisamment humble ; sans aucun doute un tel homme ferait preuve de fierté dont nous savons que ce n’est pas une qualité morale, bien qu’elle soit, contrairement à l’humilité, beaucoup cultivée dans notre société.
Lorsque saint Antoine le Grand a été interrogé sur ce qu’était le salut, il a répondu : « une profonde humilité ». Une réponse qui donne lieu à une nouvelle question : qu’est-ce que l’humilité ? Le mot « humilité », étymologiquement parlant, provient du mot slave « mera » qui veut dire « mesure ». C’est pourquoi « humilité » et « être humble » veulent dire revenir à la vraie mesure, devenir ce que l’on est réellement, connaître sa propre mesure, connaître la vérité sur soi-même. En ce sens, le seul à être humble de manière authentique et absolue est Dieu, Qui est humble par sa nature, et nous, les hommes, pouvons le devenir seulement par la ressemblance au Christ, par l’accomplissement de sa parole qu’Il nous adresse à nous tous : « Laissez-moi vous instruire, car je suis doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29). Saint Siméon le Nouveau Théologien nous enseigne que « la sainte humilité, l'ensemble de ses propriétés, de ses dons et son efficacité, ne dépendent pas de nous mais sont un don de Dieu, afin que même en cela personne ne puisse se glorifier ; ces dons, personne ne méritera jamais de les obtenir, s’il ne s’applique pas à semer tout ce qui dépend de lui » ; donc, paradoxalement, d’une part nous pouvons acquérir l’humilité par nos propres efforts, d’autre part c’est un don de Dieu qui Lui appartient et qu’Il l’offre à qui Il désire. Humainement parlant, l’humilité est comprise comme une faiblesse.L’homme est dans l'incapacité de vivre en raison de la fierté qui l’accable, issue des incitations invisibles de sa nature déchue. Spirituellement parlant, l’humilité naît avec la transgression de la parole de Dieu, la prise de conscience de la chute et l’éloignement de Dieu. Lorsqu’ « ’ils se virent tous deux (Adam et Eve Ndt) tels qu'ils étaient et ils se rendirent compte qu'ils étaient nus (…), ils se cachèrent de Lui parmi les arbres » (Genèse 3 :7-8).
L’homme d’après la chute a développé petit à petit un mode de vie basé seulement sur lui-même, il a fait confiance au diable et celui-ci lui a inspiré la révolte contre Dieu à chaque fois qu’il passait par des difficultés ou lorsqu’il se sentait lésé. Et il se remplissait ainsi de fierté. Mais Dieu, ayant pitié de la condition humaine, a envoyé son Fils dans le monde « pour détruire les œuvres du diable » (1 Jean, 3, 8) et pour « détourner les hommes de leurs agissements et leur éviter de tomber dans l'orgueil » (Job 33, 17). Le prophète Michée, exprimant lui aussi la pensée de Dieu, dit : « On vous a enseigné la conduite juste que le Seigneur exige des hommes : il vous demande seulement de respecter les droits des autres, d'aimer agir avec bonté et de suivre avec soin le chemin que Lui, votre Dieu, vous indique » (Michée, 6, 8). Tout paraît si facile, on parle beaucoup de l’humilité qui semble être connue par tous, mais en réalité elle est si peu pratiquée et si peu comprise et cela parce que nous ne nous évertuons pas assez à apprendre du Christ, le Seul à être véritablement doux et humble.
Chacun d’entre nous a un début d'existence, dont il n'est pas conscient, de sorte que l'on vit avec le sentiment que nous sommes éternels, « depuis toujours ». Pourtant, notre existence a un début qui reste pour nous un mystère de Dieu, tout comme notre fin l’est aussi. Aucun de nous ne peutse remémorer sa naissance, ni sa mort, du moins pas dans ce monde. Comme nous, Jésus Christ a un début en ce qui concerne sa nature humaine, car « Il n’est pas né du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jean 1, 13), par l’ombre de l’Esprit Saint qui a couvert la Vierge Marie. Par conséquent, si dans sa nature humaine Il est né dans le temps, dans sa nature divine Il est sans commencement, étant « né avant tous les siècles ». Sa descente parmi nous n’est rien d’autre que le chemin de notre ascension vers Lui, vers son royaume éternel. Ainsi, grâce à son humilité et à son amour infini pour nous tous, la naissance du Christ en tant qu’être humain ouvre la possibilité de notre naissance en tant que fils de Dieu.
Bien sûr, l'humilité comme une vertu que nous apprenons du Christ, doit nous déterminer à être capables de nous voir tels que nous sommes : impuissants à accomplir tout le bien, mais, en même temps, désireux d’être comme notre Maître, par le contrôle des passions, l’obéissance à Dieu et l’accomplissement de sa Parole. Ainsi seulement nous pourrons aussi devenir doux et humbles de cœur et retrouver dans nos âmes la paix tant désirée.
Je terminerai avec une phrase de saint Silouane de l’Athos, qui nous enseigne comme personne d’autre, en disant : « C'est un grand bien que d'apprendre l'humilité du Christ. Elle rend la vie facile et heureuse, et tout devient doux pour le cœur. Ce n'est qu'aux humbles que le Seigneur se révèle par le Saint-Esprit, mais si nous ne nous humilions pas, nous ne verrons pas Dieu. »
Que vous passiezces jours de fête dans la paix et dans la joie, et « que la Parole du Christ habite parmi vous dans toute sa richesse » (Colossiens 3, 16).