publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Octobre 2015, 12:27
Petit Florilège Sur l’esprit Saint
Aujourd’hui, c’est début septembre. Je reviens d’avoir transmis l’Evangile, et à l’Université d’été et au Camp des familles, et à des adultes et à des enfants, pendant plusieurs jours d’affilée. Ce qui est pour eux une expérience bien différente de celle de la transmission une fois par quinzaine ou par mois. C’est l’occasion d’apprendre sur 3 jours une longue péricope, ou plusieurs petites qui font sens entre elles.
Je voudrais vous faire part de plusieurs petites péricopes ou versets qui m’ont paru faire sens et m’ont nourrie au fur et à mesure qu’un sens global m’apparaissait.
Ce n’était pas prémédité : çà m’a été donné ! Ô combien merci, Seigneur.
I - Cà a commencé avec ce verset de Saint Jean à propos de la Samaritaine (Jn 4, 10)
Si tu savais le don de Dieu, et qui est-il celui qui te dit : Donne-moi à boire,
c’est toi qui lui demanderais, et il te donnerait de l’eau vivante.
Je l’avais appris dans le courant de l’hiver, avec le Groupe ‘Parole Vivante’. C’est un récitatif du Père Pierre Scheffer1
A défaut de le chanter, je vous recommande, lecteur, de le lire quatre fois sans hâte, en respectant le rythme que je vais transcrire, mettant en gras et soulignant les syllabes scandées ainsi que les silences sur lesquels tombe parfois la pulsation. Car par le rythme on a une chance d’entrer dans les mots et de faire sien leur message.
C’est un rythme ternaire. Vous pouvez le scander avec la main ou le pied pour vous aider dans cet exercice. Être habité par le rythme permet d’être habité plus facilement par le texte. Sa douceur, sa poésie, son mystère. L’espérance qu’il transmet.
L’Eau Vivante, c’est l’Esprit Saint. Tous les commentateurs, tous les Pères nous l’ont toujours dit. Jésus promet l’Esprit Saint. C’est pourquoi, on peut mettre des majuscules sur ces mots. L’eau représente l’Esprit Saint et elle est Vivante, c’est à dire qu’elle nous ouvre à la Vie, la Vie Eternelle.
La Vie Eternelle ne veut pas dire, contrairement à ce que j’ai cru longtemps, qu’il y a une vie mortelle ici-bas, et une autre vie qui serait immortelle et même éternelle, dans l’au-delà.
Non, la Vie Eternelle, c’est la vie en Dieu, et elle commence dès ici-bas si nous l’accueillons et la cultivons conformément à notre vocation de baptisé. La Vie Eternelle, c’est la Vie du Royaume, la Vie dans l’Esprit. Or, nous dit Jésus : « Le Royaume est au-dedans de vous. » (Luc 17, 21) Dès aujourd’hui.
II - Ce sens donné à ‘Eau Vivante’ éclate dans ce deuxième petit récitatif, tiré lui aussi de l’histoire de la Samaritaine (Jn 4, 13-15a) :
Jésus dit à la Samaritaine
Ici, le rythme est binaire. C’est un récitatif composé dernièrement par deux membres de l’association ‘Parole Vivante’ déjà mentionnée. Dans ce récitatif, comme dans le précédent, la musique qui accompagne le texte est gaie, dynamique et pleine de simplicité. Elle est facile à absorber et à ruminer. Quand cet article sera paru, en octobre et novembre, je les chanterai lors de l’atelier du jeudi, pour que vous puissiez vous en faire une idée, et même les apprendre, si vous le souhaitez.2
Le message est clair : Il s’agit d’un don que nous fait le Christ; un don pour nos cœurs. La source jaillit ‘pour la Vie Eternelle’. Et cette Vie Eternelle est à vivre aujourd’hui. Pas après la mort. Il nous faut en jouir dès maintenant.
III - Les prophètes de l’Ancien Testament déjà, avaient parlé d’eau, et de nouveauté.
J’ai découvert au printemps un texte d’Isaïe qui m’arrivait au bon moment. (Is 43, 19-21)
Ce récitatif est le fruit d’une commande. Un mouvement laïc catholique, ‘Communauté Vie Chrétienne’ (CVX), dont les membres vivent la spiritualité ignacienne3 m’a demandé de faire de ce texte un récitatif, dont les enfants auraient à faire la démonstration devant les adultes au dernier jour du Congrès qui les réunissait tous fin juillet. La Fraternité Saint Marc, dont je fais partie, a donc transformé ce texte, issu de la récente ‘Traduction pour la Liturgie’ catholique, en récitatif, créant le balancement, le rythme et la musique. Ainsi que les gestes.
De quoi nous parle ce texte ?
De ‘faire une chose nouvelle’. Faire du nouveau. Renouveler la création : L’Evangile ne nous parle que de cela, en particulier Saint Marc, qui souligne à tout moment l’irruption de la nouveauté.
De ‘faire passer un chemin’...
Un chemin, çà sert à y marcher, et marcher dans l’Ecriture, c’est ‘marcher dans les voies du Seigneur’, obéir à sa Loi.
On l’a vu le dernièrement avec Exode 16, 4, quand Dieu dit à Moïse à propos de la manne et d’une mise à l’épreuve :
« Voici, je vais faire pleuvoir sur vous des pains du ciel. Et le peuple sortira, et ils recueilleront ce qui est du jour pour un jour, en sorte que je les mettrai à l’épreuve : marcheront-ils ou non par ma loi ? »
… ‘dans le désert’, (…) ‘dans les lieux arides’
Qu’y a-t-il de désert dans l’Ecriture sinon le cœur de l’homme, le cœur d’un homme éloigné de Dieu ?
Donc dans le désert de nos cœurs, Dieu va faire passer son chemin pour que nous nous dirigions comme il faut, puis il fera venir de l’eau (passer des fleuves, couler de l’eau). Ce sera une nouveauté, une re-création. Evidemment, nous comprenons de quelle Eau il s’agit.
‘Les bêtes sauvages me rendront gloire’. Car le désert est peuplé de bêtes sauvages, comme le cœur désert est envahi de passions. Quand Dieu envoie l’Eau, les énergies mauvaises sont converties, elles rendent gloire ; de même en Marc 1,13 après la manifestation de l’Esprit Saint, le Christ est avec les bêtes sauvages. Ils peuvent coexister. Les bêtes sauvages ne sont plus ces démons qui crient et se révoltent comme habituellement lorsque Dieu se manifeste, car ils ne peuvent tenir en présence de Dieu.
‘Parce quej’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides.’
C’est lui, Dieu qui aujourd’hui amène l’eau dans le désert. Il recrée le cœur humain par l’envoi du Saint Esprit. C’est son œuvre.
‘Pour désaltérer mon peuple’ ...
Le peuple assoiffé, nos cœurs assoiffés … assoiffés de Dieu, malgré la présence de bêtes sauvages non encore converties. Les passions n’enlèvent pas la soif de Dieu, même si elles la masquent un temps.
‘Celui que j’ai choisi.’
Dieu nous a aimés le premier. Notre être et notre salut sont suspendus à son choix …
Que nous reste-t-il à faire ?
‘Ce peuple (…) redira ma louange.’
C’est clair : louer Dieu ! lui rendre gloire !
« Car à toi appartiennent la gloire, la puissance et l’honneur, Père, Fils et Saint Esprit, pour les siècles des siècles », rappelle sans cesse la Liturgie.
A nous de prendre au sérieux ces paroles ! Dès qu’on se laisse habiter, la reconnaissance et la louange débordent du cœur.
IV - Enfin, il y a eu un quatrième texte, qui fait contrepoint et confirme les trois premiers, révélant la saveur de l’ensemble. Il nous donnera notre conclusion.
Texte prophétique lui aussi, il est tiré de Jérémie (Jér 2, 15) :
Oui, mon peuple a commis deux méfaits : Ils m’ont abandonné, Moi la source de vie.
Pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau.
Je l’avais appris il y a quelques années avec l’Association ‘Parole & Geste’ (autre membre de la famille Joussienne ) mais il était isolé, et je n’en avais pas aspiré toute la ‘substantifique moelle’4.
Balancé, et rythmé en ternaire, cela donne :
Dieu nous dit qu’il est la Source, une source d’Eau qui donne la Vie, qui peut jaillir dans les coeurs et veut communiquer la Vie Divine à celui qui s’y prête, mais qu’il est dédaigné ;
L’homme, c’est bien lui, veut faire par lui-même : se creuser lui même et pour lui-même des citernes, sans doute pour y conserver de l’eau, mais quelle eau ?
Et de toute façon l’œuvre de l’homme est mal façonnée, et l’outil fabriqué ne remplit pas sa fonction.
On voit bien la synergie : Dieu donne l’Eau du Saint Esprit, et l’homme doit l’accueillir.
Sans accueil, pas de résultat !
Que Dieu soit béni, lui qui nous instruit et qui aime tous les hommes. Amen.