publicat in Interview pe 5 Septembre 2015, 05:07
Interview avec Jonathan et Élisa Jackson
A.I. : Cher Jonathan, chère Élisa, qu'est-ce que l'artiste pour vous, après votre conversion à l'Orthodoxie ? Votre perception sur celui-ci, a-t-elle changée ?
J.J. : Elle a changé à bien des égards. Je dirais que lorsque l'on comprend la vision de l'Église Orthodoxe sur le monde entier comme mystère, en étroite relation avec Dieu, cela change la relation avec toute manifestation artistique – peinture, poésie, interprétation ou musique - et on comprend que le Christ est le tout en tout, dans toute la création, donc il n'y a pas une dichotomie du type : jusque là, c'est ma foi, et jusque là c'est mon travail. Il ne s'agit plus de deux choses séparées, car Dieu est avec nous tout le temps, quoi que l'on fasse, et cela a été le grand changement pour moi.
E.J. : Personnellement, si je retourne à la profession d'acteur, je voudrais faire quelque chose qui apporte beaucoup d'espoir, car par le jeu de l'acteur, nous montrons le vécu du personnage : s'il souffre, s'il traverse des périodes obscures, et tout cela est important, mais il est important aussi de montrer de l'espoir et de l'amélioration. Être artiste signifie inspirer et faire sortir les gens de la réalité pendant un instant et leur donner de l'espoir, quelque chose qu'ils puissent chercher, ou tout simplement faire rire les gens, pour se détendre un peu. Et je pense que les deux aspects sont bons.
A.I. : Dans la même perspective, je dirais que l'objectif de l'Église est de déterminer les gens à être authentiques. Quand même, il me semble que souvent cette authenticité est contraire au monde des artistes, qui sont très attentifs à leur image dans le monde. Pensez-vous que l'image et l'authenticité chrétienne peuvent coexister ?
J.J. : Je pense qu'en général, les artistes s'efforcent de se retrouver, de trouver leur propre identité. Et souvent ils sont regardés en fonction du travail qu'ils font. Parfois cette identité peut constituer un itinéraire spirituel, parfois celle-ci peut mener à une sorte de folie destructive. On a vu, à travers l'histoire, beaucoup d'artistes en passer par là. Si on commence à ne plus savoir qui on est et que nous tenons compte seulement de l'art que nous faisons, on peut se perdre. Il y a, donc une sorte de tension entre l'authenticité et l'image de l'artiste. Par ailleurs, beaucoup des artistes que j'ai connus ont un instinct pour l'authenticité, car ils travaillent avec la nature humaine et avec le comportement humain. Ils sortent de la vie ordinaire, soit par la poésie, soit par la musique, en essayant d'aller au-delà de la surface ils deviennent authentiques. Donc je pense que les artistes peuvent être très tournés vers la miséricorde et la consolation, leurs cœurs peuvent être très ouverts, ce sont des personnes qui ne sont pas étrangères à ce que ressent l'humanité, ils la voient à travers une sorte de verre d'authenticité et d'harmonie. Mais il y a toujours une lutte – j'en ai parlé dans un livre que j'ai écrit, The Mystery of Art – et il y a deux formes de folie : une folie humaine destructrice, qui comprend certains artistes et qui peut mener au narcissisme et à la dépression, et il y a une autre sorte de folie, que j'appellerai sainte, que j'ai vue dans les vies des saints, ou chez le Christ même qui l'a nommée la folie de l'amour. Cette folie est, en ²fait, plus forte que celle qui est destructrice. La folie de l'amour est le Christ qui veut mourir pour nous. Ceci est par-dessus, ou dépasse, toute imagination.
A.I. : Comment considère-t-on un orthodoxe à Hollywood ? Vous êtes-vous sentis rejetés, ou, au contraire, acceptés, assimilés etc. ?
J.J. : Les gens d'Hollywood sont mes amis, j'ai travaillé avec eux, dans cette communauté-là, depuis l'âge de onze ans, donc...
E.J. : Tout n'est pas noir ou blanc ...
J.J. : C'est vrai, nous considérons que si nous aimons vraiment les gens, sans les juger, et que nous les aimons avec nos propres luttes, humblement, je ne pense pas que les gens se sentent offensés, car ils sentent qu'on les aime, tout simplement.
A.I. : Mais ne vous perçoivent-ils pas comme étant... différents ?
J.J. : Si, il y a des différences de temps en temps. En tant qu'adolescent, je n'allais pas avec eux aux fêtes pour m'enivrer, car j'étais plus attiré par des préoccupations spirituelles. Mais les artistes que je rencontre m'inspirent. Le Christ n'a pas passé son temps seulement avec des croyants, car Il les aimait tous et Il allait là où on L'invitait et j'ai vu tellement de bonté chez les gens de ces communautés. Alors..
E.J. : Je suis un exemple en ce sens, car, quand nous nous sommes connus à Santa Barbara, lorsque nous travaillions ensemble pour la série General Hospital, je passais par une période d'éloignement de la foi, mais je me suis pas sentie jugée par Jonathan, au contraire, je me suis sentie en sécurité, aimée, acceptée et cet amour et cette acceptation m'ont ramenée vers Dieu, qui a pu entrer dans mon cœur de nouveau et m'a permis de parcourir mon propre chemin de retour vers Lui, en pleine liberté.
A.I. : Donc au travers de votre vie en Christ vous partagez de l'amour et de l'acceptation dans votre environnement à Hollywood. Leur apportez-vous d'autres choses de votre expérience personnelle aussi ?
J.J. : Oui, bien sûr. À bien des égards je ne me sens pas comme une personne qui a le droit de parler aux gens de ce qu'il croit, avant de verser des larmes et prier pour eux, avant de remplir mon cœur d'amour pour eux. Saint Séraphin de Sarov, un saint inimaginablement beau, a dit que « le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu » et «acquiers la paix intérieure et des âmes par milliers trouveront auprès de toi le salut. » Les États-Unis ont un passé de prosélytisme intense et agressif, du genre « tu dois croire en ceci », de condamnation et jugement de la part des gens : si tu ne crois pas en ce que je te dis, tu iras en Enfer, Dieu ne te recevra pas. Ces gens sont des gens blessés. Et beaucoup de gens ont abandonné Dieu justement à cause de ce type de comportement. Dans notre monde et notre culture, nous devons être très attentifs et sensibles à ce que les gens vivent, mais quand tu montres de l'amour et que tu pries, le Saint Esprit ouvre des voies pour partager l'amour du Christ, l'enseignement de l'Évangile et la beauté de la foi orthodoxe. Donc ces opportunités viennent, mais, à la différence des attitudes agressives du passé, nous voulons que celles-ci viennent grâce à une authentique communion avec les gens.
A.I. : Les scientifiques et les théologiens se rapprochent de plus en plus dans leur recherche de nos jours, car la science moderne est beaucoup plus ouverte envers le mystère et le manque de certitude. Pensez-vous que la culture moderne du film et de la musique peut se rapprocher aussi de la vie de l'Église, et de quelle manière ?
J.J. : Je ne vois aucune contradiction entre la science et la foi. Je pense que la science révèle les mystères de la création. Ce que nous aimons de la foi orthodoxe c'est le fait que celle-ci embrasse toute la création et cherche à la sanctifier. Les scientifiques qui voient dans leurs découvertes la beauté de Dieu sont beaucoup plus ouverts à l'incertitude et au mystère. Le mystère est aussi spécifique à notre foi – il y a tant de choses qu'on ne connaît pas. Le terme adéquat est l'«apophatisme» : on voit qu'on ne sait pas et on commence par là, on se rapproche de Dieu, de la position de celui qui ne connaît pas, et cela nous rend plus humbles, et je pense que la science aussi vit l'expérience de l'humilité, en disant : je sais ça, mais il y a tant de choses que je ne connais pas. Avec le film c'est la même chose, n'est-ce pas, Élisa ? Tu entres dans une église orthodoxe et celle-ci est pleine d'icônes et tu vis la foi de tous tes sens : avec les yeux, les oreilles, tu sens l'odeur de l'encens, c'est toute une expérience ; et le film est un média artistique très puissant, qui permet aux gens d'expérimenter la vie et ses choix, ainsi que la souffrance et le salut. Là on voit la condition humaine comme dans un miroir. Il nous aide à comprendre ce que nous sommes.
A.I. : Et la musique ? Ta musique, surtout ?
J.J. : J'espère que c'est la même chose. Le mot utilisé est parfait : authentique. En tant qu'artiste et en même temps chrétien orthodoxe je veux être authentique. C'est ça, le but. Je veux être sincère. Le Christ a été sincère. L'Évangile parle de la condition humaine ouvertement. Là on voit beaucoup d'obscurité, de nombreux péchés, des luttes et des disputes, mais aussi beaucoup d'amour, de bonté et d'harmonie. Nos chansons et nos films devraient refléter la condition humaine et l'ardent désir de l'humain authentique. Tu comprends que tu es un vrai homme seulement dans le mystère du Christ. Mais les gens doivent y arriver par le Saint Esprit et par la foi. Dans l'amour il n'y a pas de contrainte. On ne peut pas forcer les gens à devenir croyants.
E.J. : Dans le Christianisme en Occident il y a tant de personnes qui aiment le Christ et essaient de vivre l'Évangile et l'expérience du Saint Esprit intensément et personnellement, mais c'est important de « chercher d'abord le Royaume des Cieux et sa justice » et tout le reste viendra. Ceci rend les gens curieux de connaître le Christianisme dès le début, car l'Occident ne laisse pas beaucoup de place à la recherche et au vécu du Christianisme tel qu'il était avant de le Grand Schisme. Je pense que ceci pourrait offrir une réponse à beaucoup de questions que se posent les gens, cela pourrait guérir les cœurs de nombreuses personnes, mais il faut demander, il faut demander pourquoi les icônes sont représentées comme ça, pourquoi on se signe et toutes ces choses... s’interroger si les Catholiques sont restés fidèles à la Tradition ou s'ils ont changé des choses, si les protestants ont laissé des choses de coté etc... Le Seigneur est si miséricordieux et si « disponible », mais il y a des choses à apprendre sur le Christ à travers son Église qui ouvrent toute une dimension, et la possibilité de changement, pour les gens.
A.I. : Être parents chrétiens orthodoxes, c'est comment ?
E.J. : C'est...magnifique ! Là où il y a l'Esprit du Seigneur, c'est la liberté. Et je me sens très libre et créative en tant que mère. En fait, je me sens beaucoup plus accomplie en tant que mère que je ne me suis jamais sentie auparavant. Je sens moins de pression de la part du monde, qui veut m'enseigner ce que je dois faire, et comment je dois me sentir en tant que femme. Les enfants aiment l'Église, ils aiment interagir, je les vois heureux, contents, ils aiment embrasser les icônes du Christ ou des saints, tout est très interactif ; il y a tant de belles histoires qu'ils peuvent écouter sur les vies des saints ou de personnes saintes qui vivent à présent et sur des miracles que les gens ne connaissent pas ; les enfants, auxquels on lit habituellement des contes, ont tant d'histoires étonnantes et vraies à découvrir qui se passent maintenant ou dans le passé. Ceci équilibre nos vies ; et la prière faite ensemble en famille, nous rapproche les uns des autres et nous sanctifie. Cela n'empêche pas les enfants de participer pleinement à toutes leurs activités et à l'école, mais la foi orthodoxe les aide dans les événements de la vie, dans leurs relations avec les autres, dans leurs amitiés ou les conflits avec les autres enfants...
J.J. : Ils ont un fondement solide et l'instinct de pardonner. La présence de la Mère de Dieu comme notre médiatrice a eu aussi une signification très importante pour la famille – avoir cette présence maternelle près de nous...cela est, bien sûr, un grand mystère. Nous avons senti son intercession et sa protection et nous lui en sommes reconnaissants !
A.I. : Parlez-nous de votre expérience parisienne, surtout au festival....
J.J. : Le festival a été simplement superbe !
E.J. : Et les gens si chaleureux et si accueillants...tous les prêtres et le métropolite... je ne peux pas exprimer en paroles l'amour immense et l'unité que nous avons sentis.
J.J. : Nous sommes très profondément impressionnés par la bonté qu'on nous y a montrée. L'amour du Christ, si présent, a été étonnant.
E.J. : Ceci nous a permis de nous réjouir d'une autre manière du Paris, de le voir plus beau et plus profond, en tenant ce fondement dans nos cœurs et de le percevoir avec une perspective plus ample.
J.J. : Cela a été aussi une bénédiction pour nous de passer ce temps avec nos frères roumains orthodoxes, car nous avons été en Roumanie en 2007 et nous sommes devenus orthodoxes bien des années après, après avoir lu l'histoire du Christianisme. Je souhaiterais pouvoir retourner en Roumanie pour vivre l'expérience de la foi de là-bas, car je sens que nous l'avons ratée à l'époque... Hélas, nous ne sommes pas allés voir les monastères – nous avons visité quelques églises et c'est tout. Donc, en venant ici, à Paris, la rencontre avec les roumains orthodoxes a eu une très grande importance pour nous.
A.I. : Vous m'avez dit que ce soir, à la cathédrale, que c'était la première fois que vous participiez aux vêpres... roumaines.
J.J. : Oui, et ce moment a été spécial, car, comme je l'ai dit, même si nous avions visité quelques églises en Roumanie, nous étions encore très réfractaires par rapport à « l'ancien Christianisme » et nous ne savions pas quel type d'églises nous visitions, donc nous n'avions pas assisté aux offices et aux liturgies lorsque nous avons séjourné en Roumanie et je me suis rendu compte lors des vêpres du fait que c'était notre premier office en roumain et cela a été très émouvant...
A.I. : Surtout parce que tout a eu lieu à Paris...
J.J. : Exactement ! (il rit) Qui l'aurait dit ?
Interview réalisée par Andreea Ionescu