publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Septembre 2015, 04:57
Nous étudions aujourd’hui, toujours dans saint Marc, les versets 12 et 13 du premier chapitre : La Tentation au désert. Ce récit suit immédiatement celui du Baptême du Christ que nous avons médité lors des deux dernières parutions.
Le récit du Baptême se termine sur la Révélation de la Divine Trinité. Dieu se montre à l’homme et converse avec lui : C’est le Paradis. Oui, c’est ce qui se passait au Paradis.
- Maintenant, le verset 12 nous dit : Le Souffle le jette-dehors …
Ce terme paraît violent, il sera souvent utilisé par la suite pour les démons : le Christ les ‘jette-dehors’. Pourquoi ce terme pour Jésus ?
Jeter-dehors, c’est ‘ekballô’ en grec, où ‘jeter’ et ‘dehors’ forment un seul mot, c’est pourquoi le traducteur a mis un trait-d’union entre ‘jeter’ et ‘dehors’.
Cherchons où apparaît ce terme auparavant ?
Sa première occurrence intervient dès Genèse chapitre 3, verset 24, quand Dieu expulse Adam et Ève du Paradis.
Littéralement, Dieu le ‘jette-dehors’ ! La Bible d’Alexandrie – Septante traduit : « Et il chassa Adam » (et Il posta les chérubins pour garder la porte du Jardin et l’accès à l’Arbre.)
Donc, le Christ, Dieu-Homme, qui conversait avec la Trinité au verset 11, se trouve au verset 12 projeté hors du Jardin, au désert. Et ce, par le Souffle. C’est donc sa mission qui commence.
- Et il était au désert quarante jours…Les Hébreux ont été quarante ans dans le désert. C’est le lieu de la soif et des serpents brûlants. Ainsi que de l’épreuve.
- … éprouvé par Satan.
Qu’est-ce que ‘éprouvé’, en grec : ‘peirazô’ ? Dans quel contexte le trouve-t-on ?
La première occurrence du mot est en Genèse 22,
1 – Or il arriva après ces événements que Dieu éprouva Abraham et lui dit (…)
2 – Prends ton fils, ton bien-aimé, que tu aimes, Isaac, et pars vers les hautes terres, et offre-le pour le sacrifice sur l’une des montagnes que je te dirai.2
Notons que c’est Dieu qui éprouve. Il met à l’épreuve la foi d’Abraham :
Abraham a-t-il foi en Dieu ? Est-il persuadé que Dieu est fidèle, fidèle à sa promesse ?
Ce Dieu qui lui a imposé la circoncision en signe d’alliance indéfectible, et qui lui a promis une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel, ce Dieu qui enfin, lui a donné Isaac de façon tout à fait miraculeuse, ce Dieu qui favorise la vie, est-Il sincère et fiable ? Comment Abraham se situe-t-il par rapport à Dieu ?
Dieu le sonde, Lui « qui sonde les reins et les cœurs » (Apocalypse 2, 23 et Psaume 7, 10 ainsi que Jérémie 11, 20 et 17, 10.) Qu’en est-il de la foi d’Abraham ?
Saint Paul donne la réponse dans l’épître aux Hébreux 11, 19 : « Abraham estimait que Dieu avait même le pouvoir de réveiller un mort. C’est pourquoi son fils lui fut rendu. Il y a là une parabole. »3
Abraham passe donc victorieusement l’épreuve de la foi. C’est pourquoi il est déclaré juste : « Et Abram crut en Dieu et cela lui fut compté comme justice. »3 (Genèse 15, 6)
En suite de quoi, Dieu change son nom d’Abram en Abraham – ‘père d’une multitude’.
La deuxième occurrence de ‘peirazô’ est en Exode 15.
(Sous la conduite de Moïse, le peuple a quitté l’Égypte, et traverse le désert.
A Merra, (ou Mara), l’eau est amère et imbuvable, et le peuple gronde.)
25 – Moïse cria vers le Seigneur ; et le Seigneur lui montra un morceau de bois ; il le jeta dans l’eau, et l’eau fut adoucie. Là il lui imposa des règles du droit et des procédures, et là il le mit à l’épreuve, (Dieu met le peuple à l’épreuve.) et il dit : « Si tu écoutes attentivement la voix du Seigneur ton Dieu, si tu fais ce qui est agréable devant lui, si tu prêtes l’oreille à ses commandements et si tu gardes toutes ses règles du droit,
toutes les maladies que j’ai amenées aux Égyptiens, je ne les amènerai pas sur toi ;
car je suis le Seigneur qui te guérit. »4
Dieu répond à un besoin pour lequel on Le prie (en l’occurrence pouvoir boire de l’eau potable), et en même temps Il donne un commandement : sera-t-il respecté ? Autrement dit, Dieu donne et Il nous éprouve, nous met en demeure de faire preuve de notre respect, de notre crainte à son égard, en faisant montre d’obéissance, en attendant le moment où nous saurons faire preuve d’amour …
Puis on trouve de nouveau le mot ‘peirazô’ en Exode, aux chapitres 16 et 17.
Exode 16
3 – (Le peuple gronde.) Que ne sommes-nous morts (…) en Égypte, (…) près des marmites de viande (…)
4 – Le Seigneur dit à Moïse : « Voici, je vais faire pleuvoir sur vous des pains du ciel. Et le peuple sortira, et ils recueilleront ce qui est du jour pour un jour, en sorte que je les mettrai à l’épreuve : marcheront-ils ou non par ma loi ? »4
On constate que à chaque protestation du peuple, Dieu accède à leur demande, mais dit : quand vont-ils marcher dans ma loi : obéir et me faire confiance ?
Mais en Exode 17, le peuple va formuler sa révolte avec précision :
(A Raphidin, le peuple gronde violemment parce qu’il n’y a pas d’eau.)
2 – ( … ) Moïse leur dit : « Pourquoi m’injuriez-vous, et pourquoi mettez-vous le Seigneur à l’épreuve ? »
(Puis Moïse frappe le rocher, sur ordre du Seigneur, l’eau jaillit et le peuple boit.)
7 – Et Moïse nomma ce lieu du nom de ‘Mise à l’épreuve’ (Massa) et ‘Injure’ (Mériba), pour l’injure des fils d’Israël et pour le fait de mettre à l’épreuve le Seigneur en ces termes : « Le Seigneur est-il parmi nous ou non ? »5
Le Seigneur est-il parmi nous ou non ?
Ils doutent carrément de la fidélité de Dieu. Ils sont incrédules. Ils sont très éloignés d’Abraham leur père ! Ils mettent Dieu au défi : Tu ne t’occupes pas de nous, et Tu n’es sans doute même pas capable de pourvoir à nos besoins.
Quand dans le Notre Père on dit : « Ne nous fais pas entrer dans l’épreuve » (en grec : Ne nous introduis pas dans l'Épreuve) on peut penser à ce lieu, Massa, où, submergé par le malaise, on se révolte, on tente Dieu, on manque de foi. Que Dieu nous pardonne, et nous préserve.
Le Seigneur éprouve pour éduquer(apprenez à me faire confiance),
et pour vérifier l’état du cœur de l’homme : où en est-il de sa foi ? Qu’il le prouve !
Qu’il montre le fond de son cœur.
Éventuellement, qu’il reconnaisse que son cœur est double, que son cœur est partagé, et qu’il entre dans le repentir.
On lit en Deutéronome 13, 4
C’est le Seigneur votre Dieu qui vous met à l’épreuve, pour savoir si vraiment vous aimez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toute votre âme.6
Et ici en Marc, qu’en est-il ?
C’est Satan qui éprouve. Il s’arroge la place de Dieu. Comme d’habitude.
N’oublions pas qu’il veut nous détourner de Dieu, nous faire douter de sa parole, nous éloigner de la foi. Et qu’il va ruser, suggérer, pour nous faire perdre le discernement. Exactement comme il a fait avec Ève.
Mais le Christ est victorieux. Il reste fidèle, et sert Dieu en premier
Marc est laconique. Matthieu (4, 1- 11) et Luc (4, 1-13) donnent le détail de l’épreuve.
Là où les hommes échouent lamentablement, incapables de discerner et de rester tournés vers Dieu sans faille, le Christ Lui, le Fils de Dieu fait Homme, réussit et rachète l’humanité, dont Il connaît la faiblesse. Ici le Christ fait l’expérience de ce que représente le face à face avec le diable pour un homme.
Il était avec les bêtes sauvages…
On peut penser que ces bêtes n’étaient pas menaçantes pour Jésus : ayant vaincu le diable, prince de ce monde, Jésus apporte la douceur aux bêtes sauvages. La création redevient harmonieuse, paradisiaque. Comme certains saints ascètes vivaient qui avec un loup, qui avec un lion …
… et les messagers le servaient
En grec ‘angelos’, translittéré en français par ‘ange’, signifie ‘messager’. Les anges sont des messagers, et des serviteurs.
Les anges sont là. Le Christ réunit le ciel et la terre, dans la paix.