publicat in Parole de l'Évangile pe 5 Juillet 2015, 13:43
Continuons aujourd’hui l’approche du récitatif du Baptême du Christ. (Marc 1, 9-11)
Précédemment, nous avons médité le verset 9, et nous avons vu :
- Que le mot « advenir » annonce un scénario de création-recréation ;
- Que « Yéshoua » (Dieu sauve) vient d’une obscure bourgade de Galilée, terre de mélange méprisée, d’où aucun ‘vrai prophète’ ne peut sortir, dit-on. Mais Marc en filigrane compare Jésus à Moïse – LE prophète s’il en est aux yeux des juifs de son temps – employant pour l’entrée de Jésus dans le récit les mêmes mots qui ont été employés en Exode 2, 11 pour l’entrée de Moïse : « Il est advenu en ces jours-là » ;
- Que Jésus est « immergé »,2
- dans le « Jourdain » : ‘celui qui descend’ vers la mort ; qui symboliquement, fait partie des eaux primordiales, abyssales, domaine du monstre marin, lequel figure le désordre et la puissance du mal. Dieu Sauveur, immergé dans cette eau en éloigne la puissance mauvaise et y dépose sa propre pureté ; c’est cette pureté qui est communiquée à l’être humain lorsqu’à son tour il est immergé avec foi.
Au Baptême, par la puissance de Dieu, l’homme qui a foi est recréé, délivré de l’esclavage auquel l’avait réduit sa Chute.
Et maintenant, nous allons assister à la manifestation divine : verset 10 et 11a.
- Et aussitôt, montant hors de l’eau, il a vu les cieux se déchirer.
Jésus est allé tout en bas, et le Tout-en-haut réagit : il s’ouvre, il communique.
Il a vu, fait partie aussi du scénario de création : en Gn 1, 4 il est dit : « Dieu a vu la lumière : cela est beau. » Lorsqu’on nous dit que Dieu voit, en fait Il entre en relation avec sa créature, et lui révèle sa vocation.
Ici, Dieu-Homme voit les cieux se déchirer.
Déchirer, schizô en grec. Ce verbe se rapporte à quelque chose de compact, à une matière homogène qui se fend : du bois pour l’holocauste (Gn 22, 3), l’eau de la mer Rouge (Ex 14, 21), le rocher (Is 48, 21), et même le Mont des Oliviers (Zacharie, 14, 4).
A la fin de l’Évangile (15, 38) saint Marc emploie de nouveau ce mot ‘schizô’ à propos du voile du Temple, qui a été déchiré en deux lorsque Jésus rend le Souffle sur la Croix.
Au début comme à la fin de l’Évangile, la matière qui cache la demeure de Dieu (ici le ciel, là le voile qui clôt le Saint des Saints) se déchire, se fend, et alors Dieu se révèle à ceux qu’Il a choisis. Àla fin il est dit en effet, « le voile du sanctuaire a été déchiré en deux du haut jusqu’en bas. Or le centurion qui était là, face à lui, (…) a dit : cet homme était vraiment Fils de Dieu. » Le voile est déchiré, et ce païen romain reçoit la Révélation.
C’est frappant. Ces deux déchirures/révélations sont comme deux colonnes qui encadreraient l’ensemble du récit évangélique.
Ici au Baptême, Dieu se révèle dans la Trinité des Personnes. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité, que la créature est témoin d’une Divinité telle.
- Et le Souffle comme une colombe descendre en lui
La colombe, on la voit sur les icônes. L’Esprit Saint, qui est en Jésus depuis sa conception – puisqu’il ‘‘s’est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie, et s’est fait homme’’3, comme nous le confessons à chaque liturgie dominicale – l’Esprit Saint donc, ici se manifeste de façon visible. L’homme voit Dieu, avec son sens de la vue. Il reçoit la connaissance de Dieu par la vue.
- Et une voix est advenue hors des cieux : Toi, tu es mon Fils
La voix vient du ciel et dit ‘’Tu es mon fils’’ ; c’est donc le Père qui parle.
Le Père se manifeste de façon audible. L’homme connaît Dieu par l’ouïe.
On remarquera que Dieu se fait connaître à l’homme par les sens, qui sont des fonctions du corps. C’est bien dans le corps que l’homme reçoit l’illumination de la connaissance de Dieu.
Nous sommes donc devant la manifestation des trois Personnes divines :
- Jésus, désigné comme le Fils. Il est le Dieu Homme, ‘Dieu avec nous’, Dieu dans la chair, qui va vivre et converser avec les hommes ;
- Le Père, qui se fait entendre ;
- Et le Souffle, qui se montre sous forme de colombe.
C’est ce qu’exprime le Tropaire 4 de cette immense Fête qu’est la Théophanie (6 janvier), par laquelle nous faisons chaque année mémoire de cet événement.
Pendant ton Baptême dans le Jourdain, ô Christ,
Fut manifestée l’adoration due à la Trinité.
Car la voix du Père te rendit témoignage, en te nommant le Fils bien-aimé,
Et l’Esprit, sous forme de colombe, confirmait la vérité de cette parole.
Christ, Dieu qui es apparu, et qui as illuminé le monde, Gloire à toi.
Il est venu et s’est manifesté,atteste aussi l’Ikos [5] de la Fête.
Les quelques paroles prononcées par le Père nous éclairent, verset 11, sur ce qu’est la vocation du Fils …
avant même que celui-ci ne commence sa mission.
Toi, tu es mon Fils le bien-aimé, …(agapètos, en grec.)
C’est une formule. Où a-t-il déjà été question d’un fils bien-aimé ? … « Prends ton fils, ton bien-aimé, celui que ton cœur aime … » C’est Isaac ! (Genèse 22, 2)
C’est en ces termes que Dieu s’adresse à Abraham, le père, quand Il lui enjoint de sacrifier son fils sur la montagne. En fait, il y aura un subterfuge : un bélier prendra la place d’Isaac, car ce n’est pas le sang de l’homme que Dieu désire (c’est l’ ‘autre’ qui se réjouit du sang humain versé), mais son cœur et sa fidélité, sa foi : exactement ce qu’offre Abraham. C’était une mise à l’épreuve, pour qu’Abraham apporte la preuve de sa confiance et de son abnégation. Dieu apprécie et prédit (v.18) : « Ta postérité conquerra la porte de ses ennemis. »
A la fidélité d’Abraham, Dieu répondra par l’incarnation du Verbe-Fils.
Maintenant, Dieu semble dire : Ce que je t’avais enjoint, moi je le fais.
Et il n’y aura pas de subterfuge, car le Christ va jusqu’au bout.
Lui en effet, a les moyens de combattre victorieusement l’adversaire, et d’être cet agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde (Jean 1, 29). C’est une mission qui a du sens. Et pas du tout une libation sanglante accomplie pour la satisfaction d’un dieu-potentat qui aurait été offensé par la conduite des premiers parents. L’ ‘autre’ parfois a voulu nous faire croire cela, mais c’est un blasphème. Il ruse toujours, et nous embrouille. Il veut toujours discréditer Dieu à nos yeux.
Le bien-aimé (agapètos), c’est celui qui va être sacrifié, parce qu’il y a un ‘Prince de ce monde’, et qu’il faut arracher l’homme à ses griffes.
Dans les Évangiles, à trois reprises on rencontre l’expression mon fils le bien-aimé :
En Matthieu (3, 17) dans son récit du Baptême : « Toi tu es mon fils le bien-aimé … » ; en Marc 1, 10 que nous méditons ici ; et en Marc encore (9, 7), lors de la Transfiguration : « Celui-ci est mon fils le bien-aimé .... »
Dans les Psaumes et autres Écrits poétiques6, ‘bien-aimé’ n’a pas ce sens-là. Il n’est pas associé forcément à la mort. Par contre dans les Prophètes, un caractère tragique l’accompagne toujours.
… Et sur ce qu’est la relation du Père avec le Fils.
En toi je me plais. (Du grec ‘eudokéô’.) Cette ‘formule’ apparaît 5 fois dans les EEvangiles.
1) En Matthieu 3, 17, récit du Baptême encore, comme en Marc : « Celui-ci est mon Fils le bien-aimé, en qui je me plais. »
2) En Matthieu 12, 18. Cette citation est très riche.
Après nous avoir montré le Christ en butte à l’hostilité mortelle des pharisiens, (chapitre 23 : au cours du même sabbat, épis arrachés et guérison de l’homme à la main desséchée,) saint Mathieu, pour nous faire comprendre quelle est la vocation du Messie, cite quelques versets du premier chant du serviteur souffrant d’Isaïe.
C’est Dieu qui parle (Is 42, 1 et 3) :
Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui se plaît mon âme7. Je mettrai en lui mon Esprit, (… Il sera doux …) …et il portera le jugement à la victoire.
Rappelons-nous Jean 16, 11 : quand il viendra le Paraclet confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement (…) le jugement, c’est que le Prince de ce monde est condamné.
Le serviteur en qui Dieu se plaît, est souffrant, doux et sera victorieux du Prince de ce monde. C’est bien le Christ. C’est celui-là que Dieu aime, en qui il se plaît.
On trouve déjà la formule au second livre de Samuel. C’est là que nous est contée l’histoire du roi David. David figure du Christ. David, qui fut très largement persécuté et par son prédécesseur le roi Saül et par son fils Absalom, dit en 2 S 22, 20 :
Le Seigneur fut pour moi un appui ;
Il me dégagea et me mit au large (comprenons : loin de mes ennemis.)
Il m’a sauvé car Il est mon ami (Traduc BJ) En fait, selon le grec : car Il se plaît en moi.
Exactement la même formule que dans le Nouveau Testament au sujet du Christ.
3) En Matthieu 17, 5, au récit de la Transfiguration. Là encore le Père dit :
Celui-ci est mon Fils le bien-aimé, en qui je me plais.
4) En Marc 1, 11, récit du Baptême, péricope que nous sommes en train de ‘mâchonner’ ici :
Toi, tu es mon Fils le bien-aimé, en toi je me plais.
Mais Dieu se plaît aussi en d’autres, et c’est pour nous une merveille :
5) En Luc 12, 32, à ses amis et disciples, le Christ enseigne que, malgré le fait qu’ils soient ‘gens de peu de foi’, le Père qui connaît tous leurs besoins y pourvoira. (Parabole des oiseaux du ciel et des lys des champs, Luc 12, 22-31.) Et de conclure :
Ne crains pas petit troupeau : votre Père se plaît à vous donner le Royaume.
Autant le Père se plaît en son Fils, autant il se plaît à donner le Royaume à ceux qui s’attachent au Fils.
Dans le grec, il y a même : le royaume de vous, votre royaume. Le Père se plaît à vous donner votre royaume …
Et en Matthieu 25, 34 il est dit : Venez, les bénis de mon père, héritez du royaume qui vous fut préparé depuis la fondation du monde … Ce royaume, il semble qu’il n’ait pas d’autre destination que celle d’accueillir l’homme … Il a été fait pour l’homme !
Arrêtons-nous sur cette note tellement réconfortante. Elle nous incite à une reconnaissance éperdue d’enfant. Être enfant de Dieu … Le laisser être le Maître de nos vies ... Mère Silouana enseigne sur ce sujet.