La préparation du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe

publicat in Canonica pe 8 Mai 2015, 09:23

Suivant l’exemple des Saints Apôtres (Actes des Apôtres, 15,6), l’Église Orthodoxe garde intacte la tradition conciliaire, à savoir la prise de décisions concernant la vie ecclésiale exclusivement à travers les conciles ou réunions des évêques. Le modèle de conciliarité dans l’Église Orthodoxe est exprimé à travers les sept Conciles Œcuméniques, qui se sont déroulés entre 325 et 787. Le long du second millénaire de l’ère chrétienne, il n’a plus été possible pour l’Église Orthodoxe d’organiser des Conciles Œcuméniques, mais elle a toujours eu recours à l’organisation de conciles locaux, ou régionaux, parmi lesquels on peut mentionner les conciles panorthodoxes du XVIIe siècle.

Il convient de préciser que le principe de conciliarité peut s’exercer également par consultation permanente, et même par correspondance, entre les différentes Églises locales. Mais la nécessité de convoquer un Concile de toute l’Église Orthodoxe s’est fait ressentir de plus en plus à la fin du XIXe siècle, surtout à la suite de l’apparition de plusieurs Églises Orthodoxes Autocéphales, des problèmes liés à la Diaspora orthodoxe et enfin (mais non pas en dernier lieu) de la nécessité de formuler une stratégie commune de toutes les Églises Orthodoxes dans leurs relations avec le monde et avec les autres Églises chrétiennes.

Des propositions concrètes pour la préparation1 d’un Concile de l’ensemble de l’Église Orthodoxe ont été faites cependant seulement après la première guerre mondiale. Ainsi, le Patriarche Œcuménique Mélétios IV (1921-1923), a convoqué un congrès panorthodoxe, les 10 mai - 8 juin 1923, à Constantinople/Istanbul. Entre autres, ce congrès a discuté de la convocation d’un Concile, en 1925, pour l’anniversaire des 1600 ans depuis le Premier Concile Œcuménique. Il convient aussi de mentionner que ce congrès a également proposé de remplacer le calendrier julien. Par conséquent, la plupart des Églises Orthodoxes ont mis à jour leur calendrier, mais les autres ont gardé l’ancien, ce qui a compliqué d’autant plus le problème du calendrier, qui représente dès lors l’un des points qui ne peuvent être clarifiés autrement qu’au niveau panorthodoxe. En 1924, le Patriarcat Œcuménique a adressé une invitation à toutes les Églises Orthodoxes, convoquant pour l’an 1926 un Concile Panorthodoxe, qui aurait dû avoir lieu au Mont Athos. Plusieurs Églises ont répondu à cette convocation en soutenant qu’un tel Concile devait être bien préparé, de sorte qu’il a été reporté, avec la décision de dresser d’abord une liste des thèmes à discuter lors de ce Concile. Dans ce but, les 8-23 juin 1930, s’est réunie, au Monastère de Vatopedi au Mont Athos, une Commission Interorthodoxe, qui a adopté une liste de 17 thèmes très complexes, considérés comme des plus urgents, qui devaient être élucidés au niveau panorthodoxe. De plus, la commission a établi qu’au prochain Pro-Concile, à savoir un Concile de préparation pour le Concile Œcuménique, chaque Église Orthodoxe participera avec une délégation composée de deux hiérarques et accompagnée d’au maximum deux conseillers. A cette occasion a été également discutée la procédure de vote lors du Pro-Concile. Il a été également précisé, compte tenu de l’expérience concernant la réception des décisions du congrès panorthodoxe de 1923, que la conférence de préparation et même le prochain Pro-Concile ne pouvaient pas prendre de décisions obligatoires, celles-ci pouvant être adoptées uniquement par le Concile Œcuménique. Pendant les années qui ont suivi, les thèmes proposés ont été étudiés par les Églises, mais la préparation du Concile a été interrompue par la deuxième guerre mondiale.

Après la guerre, la coopération panorthodoxe a été reprise à l’initiative du Patriarcat de Moscou, avec l’organisation, les 8-17 juillet 1948, du conseil des Primats et des représentants des Églises Orthodoxes, qui, prenant acte du fait que toutes les Églises Orthodoxes n’avaient pas adopté le nouveau calendrier et afin d’éviter les différences de date pour la fête de Pâques, a considéré comme obligatoire pour tout le monde orthodoxe de célébrer Pâques seulement d’après l’ancien calendrier, en conformité avec la paschalia alexandrine. En ce qui concerne les fêtes fixes, le conseil de Moscou a stipulé que jusqu’à l’élaboration et la ratification d’un calendrier adéquat, chaque Église autocéphale peut se servir du calendrier en usage dans l’Église en question. Selon ces recommandations, la majorité des Églises Orthodoxes, y compris l’Église Orthodoxe Roumaine, célèbrent les fêtes à date fixe, comme Noël ou l’Epiphanie, conformément au calendrier mis à jour, et le cycle des fêtes pascales selon l’ancien calendrier. Durant les années 60 du siècle dernier, le Patriarche Œcuménique Athénagoras (1948-1972) a repris la préparation d’un Concile Panorthodoxe, en convoquant les quatre Conférences Panorthodoxes, dont les trois premières se sont déroulées dans l’île de Rhodes (1961, 1963, et 1964), et la quatrième à Chambésy (1968), à côté de Genève, en Suisse. La première de ces conférences a formulé une liste de thèmes encore plus complexe que celle de 1930, avec 8 chapitres, où étaient énumérés de nombreux thèmes concernant la doctrine, le culte et la vie pratique de l’Église. Ces thèmes ont été recommandés pour étude à chaque Église Orthodoxe, mais on s’est bientôt rendu compte que la liste était trop longue et qu’il n’était pas nécessaire qu’un éventuel Concile discute tous ces thèmes. C’est pourquoi la quatrième Conférence Panorthodoxe a proposé un nombre restreint de thèmes et a recommandé que le Concile en préparation soit intitulé Le Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe. Après 1968, le Patriarcat Oecuménique a institué à Chambésy, en Suisse, un secrétariat pour la préparation du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe, présidé par le métropolite de Suisse. Par la suite, a été également instituée une Commission Interorthodoxe de Préparation de ce Concile, constituée d’un hiérarque et d’un théologien en qualité de consultant, pour chaque Église Orthodoxe. En 1968, on a proposé de passer à la préparation proprement-dite du Saint et Grand Concile par l’organisation de Conférences Panorthodoxes Préconciliaires, avec la vocation de préparer les textes en marge des thèmes qui avaient été sélectionnés, afin de les présenter directement au Saint et Grand Concile. Lors de la Synaxe (réunion) des Primats des Églises Orthodoxes d’octobre 2008, il a été décidé que dans le processus de préparation et de déroulement du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe soient représentées exclusivement les 14 Églises Orthodoxes Autocéphales et aucune des Églises autonomes, qui sont d’ailleurs représentées par leurs Églises-mères.

Le secrétariat et la commission de préparation ont élaboré les matériels nécessaires pour l’organisation des quatre premières Conférences Panorthodoxes Préconciliaires, qui se sont toutes déroulées à Chambésy, à savoir en 1976, 1982, 1986 et 2009. Lors de la première conférence a été approuvée la liste des 10 thèmes suivants, proposés pour le Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe:

1) La diaspora orthodoxe - 2) L’autocéphalie et la manière dont elle doit être proclamée - 3) L’autonomie et la manière dont elle doit être proclamée - 4) Les diptyques (à savoir l’ordre de primauté des Églises à mentionner lors de la liturgie) - 5) Le problème du nouveau calendrier - 6) Les empêchements au mariage - 7) Le jeûne et son importance à l’époque actuelle - 8) Les relations des Églises Orthodoxes avec le reste du monde chrétien - 9) L’orthodoxie et le mouvement oecuménique - 10) La contribution des Églises Orthodoxes locales dans la réalisation des idéaux chrétiens de paix, liberté, fraternité et amour entre les peuples et l’élimination des discriminations raciales.

 Jusqu’à l’été 2009, les quatre premières Conférences Panorthodoxes Préconciliaires ont adopté les textes préparatifs concernant 7 de ces thèmes, et au mois de décembre de la même année la Commission Interorthodoxe Préparatoire a adopté le texte concernant l’Autonomie, deux thèmes seulement étant restés, qui se sont avérés plus difficiles à régler, à savoir l’Autocéphalie et les Diptyques. Etant donné que ces deux thèmes nécessitent plus de temps pour l’étude et la réflexion, la liste pour le Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe pourrait inclure seulement les 8 thèmes, adoptés par consensus au niveau panorthodoxe. La réunion de la Synaxe des Primats des 14 Églises Orthodoxes Autocéphales du 6-9 mars 2014, a décidé la convocation du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe pendant la période de la Pentecôte de l’an 2016. En vue de la préparation du Concile, la Synaxe a proposé la constitution d’une Commission Interorthodoxe Spéciale, qui s’est réunie trois fois à Chambésy – Genève (29 septembre – octobre 2014; 16-21 février et 29 mars – 3 avril 2015) et a révisé les textes concernant les trois derniers thèmes de la liste ci-dessus. A la fin de son mandat, cette commission a édité le thème concernant Le jeûne et son importance à l’époque actuelle.

 La prochaine étape du processus de préparation du Saint et Grand Concile, conformément à la décision de la Synaxe de mars 2014, sera la réunion de la Cinquième Conférence Panorthodoxe Préconciliaire, qui devrait adopter par consensus les dernières décisions concernant les textes à présenter au Saint et Grand Concile. Après cette conférence aura lieu une nouvelle réunion des Primats des Églises Orthodoxes Autocéphales, qui donnera son avis sur toutes les propositions faites par la Conférence Panorthodoxe Préconciliaire et décidera de la convocation du Saint et Grand Concile de l’Église Orthodoxe. Le processus de préparation de ce concile, concrétisé surtout par les Conférences Panorthodoxes Préconciliaires, fait pleinement partie du concile, de sorte que l’Église Orthodoxe se trouve en plein processus conciliaire. Le long de ce parcours sont apparues beaucoup de différences d’interprétation des divers problèmes concernant la vie de l’Église, mais en même temps, ce processus a approfondi l’union entre les Églises Orthodoxes Autocéphales, à savoir la concience que celles-ci sont l’expression-même de la communion de l’Église Orthodoxe, une, sainte, catholique et apostolique.

P. Professeur Viorel Ioniţă


1. Pour les détails, on peut consulter la publication: Pr. Prof. Dr. Viorel Ioniţă, Hotărârile întrunirilor panortodoxe din 1923 până în 2009. Spre Sfântul şi Marele Sinod al Bisericii Ortodoxe (Les decision des reunions panorthodoxes de 1923 à 2009), Editura BASILICA du Patriarcat Roumain, Bucarest, 2013, et en anglais: Viorel Ionita, Towards the Holy and Great Synod of the Orthodox Church. The Decisions of the Pan-Orthodox Meetings since 1923 until 2009, Studia Oecumenica Friburgensia 62, Reinhard Verlag, Freiburg, Switzerland, 2014.