publicat in Homélies et sermons pe 7 Mai 2015, 09:14
Parole de l'Ancien Éphrem de Philotheou et d'Arizona, adressée à sa fraternité au saint monastère Philotheou (Mont Athos), le 17 avril 1981.
« Jour de la Résurrection, peuples, soyons illuminés, Pâque, Pâque du Seigneur ! »
Cette année aussi le Christ nous a accordés de fêter ce grand jour porteur de lumière de Sa Divine Résurrection. « Pâque, Pâque du Seigneur ! »
Le mot "pâque" se traduit comme "passage". Le genre humain a reçu la grâce, la bénédiction de Dieu, de monter de la terre au ciel ; de passer par le chemin de la mort temporaire à la Vie immortelle. Le Christ nous a gratifiés d'une miséricorde immense. Il a eu pitié de nous, Il est descendu sur notre terre, afin de nous faire monter au ciel.
Nous fêtons chaque année la Sainte Pâque. Nous l'attendons tous avec un grand désir, pour pouvoir ressentir cette joie spéciale et la lumière de la Résurrection Divine dans notre âme, pour goûter, ne fût-ce qu'un peu, du bonheur infini de la Pâque éternelle, pour voir un tant soit peu cette lumière qui illumine l'autre monde, pour sentir au moins en partie la félicité que ressentent en Haut dans le ciel les âmes rendues dignes du salut et qui fêtent à présent la Pâque éternelle ‒ cette Pâque qui n'aura pas de fin.
Pour ressentir réellement Pâques et pour entrevoir vraiment la lumière de la Divine Résurrection, il faut purifier nos sens de tout mouvement passionnel : « Purifions nos sens et nous verrons le Christ resplendissant de l'inaccessible lumière de Sa Résurrection » ‒dit l'hymnographe.
Si le cœur n'a pas été purifié, n'a pas eu la délivrance du sombre égoïsme, de la disposition arrogante, si dans le cœur n’habite pas l'humilité du Christ, alors les yeux de l'esprit ne voient pas la lumière de la Résurrection, et le cœur de l'homme ne la ressent pas. Le Christ nous a montré le chemin de la purification : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Mt 11, 29). Si nous n'humilions pas notre manière de penser (frónima, dans le sens biblique), si nous n'abaissons pas la tête, si nous ne croyons pas fermement que nous ne sommes rien, que nous sommes tous, chacun de nous, le dernier des hommes, le plus pécheur, pour qui l'enfer a été préparé, alors nous ne ressentirons pas cette joie très particulière de la Sainte Résurrection, nous ne pourrons pas fêter mystiquement, dans le secret, la Pâque du Christ dans notre cœur.
« Impur est devant le Seigneur tout cœur altier » (Prov. 16, 5), « Mais à l'humble Il donne la grâce » (Jc 4, 6). Dieu exauce la prière de l'humble. C'est seulement par l'humilité que le cœur est purifié d'une façon toute particulière. Toute vertu, toute "violence" spirituelle/évangélique (Cf. Mt 11, 12) a pour but la purification du cœur. Mais le remède le plus efficace est l'humilité. Le Christ a incliné les cieux et Il est descendu sur la terre. Il est descendu, Il s'est abaissé, Il s'est humilié, Il est venu parmi nous comme un homme, bien qu'Il soit Théanthropos : Dieu et homme !
Nous, les hommes, et moi le premier, nous ne courbons pas la nuque devant le Seigneur, nous n'humilions pas notre manière de penser, car en nous vit l'élément de l'orgueil.
Même si nous luttons pour vaincre ce sentiment ennemi, à peine commençons-nous de penser « qu'à présent, j'éprouve l'humilité », après un petit moment, de nouveau surgit l'orgueil ; soit parce que nous avons ressenti quelques chose (la grâce) dans la prière, soit parce que nous avons dit quelque chose de bien, soit parce que nous avons accompli quelque chose. L'aiguillon de l'orgueil et de la vaine gloire nous pique et nous pensons tout de suite avoir fait quelque chose.
Un certain frère souffrait des pensées d'orgueil. Il se rendit chez un grand Ancien et lui dit :
– Géronda, je ressens en moi l'esprit de l'orgueil du fait que je suis un « lutteur spirituel », et je ne puis vaincre cette pensée. Que dois-je faire ?
Et le frère était effectivement un « lutteur ». Alors l'Ancien lui répondit :
– Mon enfant, est-ce toi qui a fait le ciel et la terre ?
– Mais non, père que Dieu me garde d'une telle pensée !
– Mais Celui qui a fait le ciel et la terre, Celui qui a créé le monde spirituel des Anges et du Royaume d'en Haut, Celui qui par son ordre a tiré du néant à l'existence l'Univers, Lui, Il s'est dit « humble et doux ». Et toi, de quoi est-ce que tu t’enorgueillis, toi l'argile, tiré de la terre, pécheur plein de passions, qui tire toute sa richesse de la miséricorde de Dieu, tu t'imagines que tu fais quelque chose d'important ?
Celui-là s'est abaissé et a lavé les pieds de ses disciples, Il a enduré la moquerie, l’insulte, l'ironie de la part d'une multitude de gens. Nous Le voyons nu sur la croix et mourir par amour pour nous, Lui qui pouvait par un seul geste réduire à néant tout ce qui existe. Lui qui était si humble qu'Il n'a pas prononcé un seul mot, n'a pas ouvert la bouche ; et nous, les hommes, nous redressons la tête et nous croyons être quelque chose ?
Le frère a prêté l'oreille à ce sage enseignement, il s'est humilié et il est retourné dans sa cellule avec un grand profit spirituel.
L'esprit de l'homme se souille facilement et se purifie facilement. Le cœur, quant à lui, se souille difficilement et se purifie aussi difficilement (Cf Saint Isaac le Syrien).
Le cœur est plein de toutes les racines des passions. Toutes les passions sont enracinées précisément dans le cœur. C'est pour cela que nous tous, nous ressentons de la peine quand Dieu, qui veut le salut de l'homme et qui hait la mort de l'âme de celui-ci, essaie de temps en temps, comme à l'aide d'une pincette spirituelle, de saisir une à une les racines des passions et cherche à les extirper du cœur, pour que celui-ci s’affranchissant de cet état passionnel, entre dans un état de liberté pour ressentir la joie de la Résurrection et qu'il voie par les yeux spirituels la lumière de la Divine Résurrection.
Les tentations, les afflictions, les peines qui nous surviennent soit de la part du diable, soit des personnes qui nous entourent, soit provoquées par ce monde que nous portons en nous-même, tout cela sont des remèdes. Tout est envoyé et donné par la Providence de Dieu afin que nous retrouvions la santé de notre âme que nous avons perdue. La santé de l'âme, du cœur, c'est l'impassibilité, c'est la sainteté, c'est la véritable santé qui continue son existence aussi dans l'autre monde.
Comment comprenons-nous que nous souffrons d’égoïsme ? Quand un des frères nous lance une remarque, ou quand l'Ancien, le Père spirituel, celui qui nous instruit, bref la personne que Dieu a placée là pour nous éduquer pour l'acquisition de l'impassibilité, quand donc cette personne nous adresse une critique, nous fait un reproche, et que nous ressentons du trouble, un soulèvement intérieur, vexation, affliction, impatience, irritation, alors nous reconnaissons de cela la mesure : la profondeur, la longueur de l'égoïsme qui vit en nous. Quand quelqu'un est humble, il accepte le mot, la remarque, le reproche. S'il n'a pas la force de se réjouir intérieurement de ce qu'il a mérité de recevoir le remède, ou autrement dit, a mérité de reconnaître en soi l'existence de l'égoïsme, alors au moins qu'il combatte pour y arriver.
Les Pères de Scété, qui ont vécu aux temps glorieux de l'épanouissement du monachisme, eurent un jour l'idée d'éprouver Abba Moïse l’Éthiopien, pour voir s'il avait de l'humilité, s'il avait de la douceur, et à quel point de l'impassibilité il était parvenu. Abba Moïse avait été jugé digne de recevoir le sacerdoce. Un jour, à peine était-il entré dans le sanctuaire pour revêtir ses vêtements sacerdotaux et célébrer la Divine Liturgie, les pères lui dirent :
– Que veux-tu ici, toi, à la peau noire, nègre ? Tu n'es pas digne d'entrer ici ! Allez, sors d'ici !
Abba Moïse garda le silence et sortit du sanctuaire.
Après quelques jours, ils l'attaquèrent de nouveau de la même façon. La première fois, il se tut, et il étouffa en lui-même le trouble intérieur. La deuxième fois, il se sentit libre et même il s'insulta lui-même :
– En effet, je suis noir de corps, de peau et d'âme. Je suis indigne du sacerdoce, je ne suis pas digne d'entrer en ce lieu, les Pères ont raison.
Les Pères l'attendirent à la sortie et lui demandèrent :
– Abba, n'étais-tu pas troublé quand nous te disions ceci et cela ?
– Oui, mes Pères, la première fois j'étais troublé, mais j'ai étouffé le trouble et le soulèvement intérieur. La deuxième fois il n'y avait pas de soulèvement, Dieu m'a même aidé à ressentir du calme et à me blâmer moi-même. J'ai vraiment vu que c'était exactement comme vous le disiez.
Les Saints Pères disent que le premier état c'est l'absence de colère, et le deuxième, la douceur.
Si, dans un cas semblable nous voyons en nous que l'âme et le cœur se soulèvent, s'insurgent, il faut comprendre que nous avons de l'égoïsme, et nous devons faire un effort par la prière, par la supplication à Dieu pour avoir la force, pour pouvoir affronter et vaincre le soulèvement de l'orgueil, ayant comme exemple le Christ Lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Et quand nous voyons le soulèvement de l'égoïsme, son attaque violente, des pensées absurdes, alors il nous faut pratiquer le blâme de soi, il faut nous accuser nous-mêmes. Pourquoi ce trouble ? Pourquoi ces pensées ? Qu'est-ce que révèle la colère, les pensées ? : L'égoïsme !
Ainsi, bête abominable, tu es toujours vivante en moi ? Et quand donc te tuerai-je ? Quand donc commencerai-je la véritable lutte ? quand saisirai-je le glaive de l'Esprit, la Parole de Dieu, l'exemple du Christ, pour tuer enfin cette bête horrible ? Cette même bête féroce, à l'heure de notre mort va surgir devant nous, nous la verrons par la voix de notre conscience nous accuser de ce que nous n'avons pas lutté comme il aurait fallu au temps opportun, pour la combattre et la tuer. Cet égoïsme abominable crée tous les maux dans notre vie.
Traduit du grec par les moniales du Monastère Notre Dame de Toute Protection, Bussy-en-Othe
Parue dans le livre « L'art du salut » en grec, dans l'édition du saint monastère Philotheou – 5è édition 2011.
Ce Monastère a le copyright de la version grecque originale.