Apprendre par cœur l’Evangile (11)

publicat in Parole de l'Évangile pe 3 Mai 2015, 06:53

Je le redis : les versets 1 à 13 du premier chapitre de saint Marc forment un Prologue, et nous présentent Jésus Christ.

Au verset 1, saint Marc nous annonce une re-création (parce qu’il y a : ‘Commencement’) ;

l’avènement d’un nouveau roi (parce qu’il y a : ‘l’Annonce Heureuse’), nommé ‘Dieu sauve’ (Yéshoua’) ;

‘Messie’ et ‘Fils de Dieu’, c’est à dire porteur de la Parole et de la Volonté de Dieu lui-même – véritable bouche de Dieu, et agent du projet de Dieu.

Puis, aux versets 2 et 3, il cite en les amalgamant les prophéties (Ex 20, 23 – Mal 3, 1 et Is 40, 3) qui attestent que viendront simultanément dans l’Histoire les deux : le Précurseur et Celui devant lequel il court. Un messager est envoyé, et « aussitôt il vient le Seigneur que vous cherchez et le Messager de l’Alliance que vous désirez.»

Donc, le Précurseur nous montrera le Seigneur.

Mais le Précurseur lui-même, comment le reconnaîtrons-nous dans le fracas du monde ? Quels indices nous sont donnés ?

Remarquons que la même prophétie de Malachie, même chapitre verset 3, parle du prophète Élie : « Je vous envoie Élie-yâhou le Tishbite, dit Dieu ... Il réconciliera les cœurs avant le Jour de ma venue. »

Or, voyons ce que saint Marc nous dit du Précurseur. (versets 4 et 5)

4 -                        Il est advenu
    dans le désert
    Yôchânân
l’immergeant
 
et clamant                                         pour une rémission                  C’est bien d’une réconciliation 
une immersion de repentir                des péchés                              qu’il s’agit.
 
5 -                        Et partaient vers lui
 
tout le pays de la Judée                      et tous ceux de Jérusalem       Et dans l’ensemble tout le
                                                                                                             monde s’y prête, et la Judée,
                                    Et ils étaient immergés                                     et sa capitale, Jérusalem : ils
                                    par lui                                                                préparent leurs cœurs, ils
 
dans le fleuve du Jourdain                avouant leurs péchés                 font droite la route du Seigneur

Puis vient la description de saint Jean Baptiste, son icône verbale (verset 6)

6 -       Et Yôchânân était vêtu                        et d’une ceinture de peau
            de poils de chameau                           autour de ses reins
 
            et il mangeait
            des sauterelles                                    et du miel sauvage

 « Ceinture de peau » est une citation de 2 Rois 1, 8.

On y lit en effet qu’Élie le Tishbite, de la part de Dieu et sans se faire reconnaître, prévient les messagers du roi Ochozias que le roi déplaît à Dieu en demandant un oracle à des dieux étrangers, et qu’il en mourra. Quand il les entend, le roi demande aux messagers :

 - Comment était cet homme qui vous a dit ces paroles ?

 - C’était un homme qui portait un vêtement de poils et ‘une ceinture de peau’ autour des reins.

Alors le roi dit : « c’est Élie le Tishbite. »(Traduction TOB)

D’autre part, on sait par le prophète Zacharie (Za 13, 4) que le manteau de poils était le vêtement des prophètes.

Saint Jean Baptiste porte exactement ce costume : poils de chameau et ceinture de peau.

Il figure bel et bien Élie, dont Malachie a prophétisé qu’il précèderait immédiatement le Seigneur – Messager de l’Alliance. Nous voilà prêts pour le reconnaître.

Le Précurseur « mangeait des sauterelles et du miel sauvage. »

En nous disant ce qu’il met dans sa bouche, l’auteur en fait, nous signifie ce qui sort de sa bouche. C’est un procédé littéraire.

 - Saint Jean Baptiste parle de la colère de Dieu : « sauterelles. » Ce mot trouve sa première occurrence en Exode 10, 4. C’est la 8e plaie d’Égypte. Les plaies envoyées par Dieu interviennent lorsque Pharaon refuse de laisser sortir d’Égypte le peuple de Dieu.

 - Et en mangeant du « miel », Jean Baptiste nous annonce la douceur, la miséricorde de Dieu.

Au verset 7, puisque déjà on nous a prouvé qu’il est bien le Précurseur, la parole lui est donnée pour présenter celui qu’il précède.

7 -       Il vient
           le plus fort que moi                            derrière moi
 
           celui dont je ne suis pas                     de délier
           en mesure me baissant                      la cordon des sandales

- Celui qui vient est « le plus fort ». La liturgie elle aussi, qualifie de « Fort » la 2e personne de la Divine Trinité. « Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel. »

- Il vient derrière : c’est bien confirmé.

- Et je ne peux lui délier la courroie de sandale.

Cette dernière phrase est obscure pour nous, car nous sommes loin des usages de la vie quotidienne en Israël au temps de Jésus.

A ce qu’on sait, délier les sandales d’un maître n’était pas un service qu’on pouvait exiger d’un esclave israélite. Le disciple par contre, et particulièrement le plus jeune d’entre eux, chargé auprès du Maître des tâches de la vie quotidienne, des tâches ‘ménagères’, le faisait. Jean Baptiste précise ainsi qu’il n’est pas disciple de Jésus.

D’autre part, selon la loi du Lévirat1, pour conclure le marché, celui qui prend la femme, ôte sa sandale devant les témoins … Or le Christ vient bien pour épouser l’humanité …

Pour preuve cette strophe tirée de l’office des Matines de la Théophanie (Ode 6, 1er Canon, 1ère strophe) : « Né du Dieu et Père immatériellement, de la Vierge, sans souillure prend chair le Christ, dont le Précurseur nous enseigne qu’il ne peut délier la courroie, c’est à dire l’union du Verbe et de notre nature, puisqu’il est venu racheter de l’erreur les mortels. »

 …

On peut comprendre que cette union, ces épousailles sont annoncées de façon voilée dès ce 8e verset de Saint Marc. Épousailles qui seront consommées le Samedi Saint dans le tombeau.

Voyons enfin le verset 8

8 -       Moi je vous ai immergés                     mais lui vous immergera
           dans l’eau                                            dans le Souffle Saint

C’est la promesse de vie nouvelle, de re-création qui est énoncée ici de nouveau.

Cette promesse, Jésus lui-même la confirme à l’autre bout de son parcours, en Actes 1 :

5 -       Jésus ressuscité dit : Jean a bien donné le baptême d’eau,
           mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. »

et au verset

8 -       Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ;
           vous serez alors mes témoins. (Traduction TOB.)

La puissance d’être témoin. D’être martyr …

Jean Baptiste le sera. Marc le raconte en Mc 6, 17-29. C’est l’épisode de la décollation de Jean Baptiste.

Et de nos jours, beaucoup l’ont été au XXe siècle, et le sont au XXIe.

Conclusion

Le christianisme n’est pas une jolie histoire bleue et rose pour les enfants ; il n’est pas non plus une doctrine qui attribue le pouvoir temporel et la palme aux ‘gens de bien’.

Saint Marc nous avertit d’emblée qu’il s’agit du combat, pour la mort et pour la Vie :

« Il vient le Fort … Il vous immergera dans le Souffle Saint. »

Car le projet de Dieu, c’est d’arracher l’homme à la gueule de l’enfer.

Et je ne vois pas quel autre choix nous pourrions avoir, que celui de lui faire confiance !



1. La loi du Lévirat est une prescription mosaïque qu’on trouve exposée en Deutéronome 25, 5 et suivants, et mise en pratique en Ruth 4, 7 selon laquelle : « si la frère de quelqu’un meurt et laisse une femme après lui, et ne laisse pas d’enfant, que son frère prenne la femme et qu’il suscite une semence à son frère » (Marc 12, 19 citant Dt 25, 5). Ainsi le nom et les biens du défunt reviendront à cet enfant que la veuve du défunt aura engendré avec le frère du défunt. En passant, notons combien le lien entre époux est fort et incarné dans la culture juive, puisque la femme, qui a formé une seule chair avec son mari – « et les deux, ils seront chair une » (Mc 10, 7 citant Gn 1, 3) – peut transmettre l’héritage de son mari défunt.