publicat in Varia pe 10 Mars 2015, 07:05
Avec cet article nous désirons réveiller les âmes de beaucoup de chrétiens pour l’invitation qu’adresse l’Église à chaque liturgie : « Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez ».
Combien répondent à cette invitation à communier ?
La grande réussite du diable
Si le diable réussit à nous jeter dans la tentation du péché, au fond cette victoire n’est pas tellement importante. Le plus grand pécheur peut être sauvé par un repentir sincère, et peut ainsi ne pas mourir spirituellement. La plus grande réussite du diable, sa plus grande ruse est de faire que l’homme soit privé, et de plus volontairement, de la nourriture de son âme. Il a réussi l’exploit de nécroser dans les cœurs de nombreux chrétiens la sensation de faim pour la nourriture de l’âme et du corps qui est le Corps et le Sang du Christ !
Nous sommes ainsi arrivés à cet aboutissement affligeant qu’il existe des « chrétiens » qui communient seulement à Noël et à Pâques, des chrétiens qui depuis des années ne communient pas, des chrétiens qui n’ont plus jamais communié dans leur vie, depuis que leur mère les conduisait par la main vers la Sainte Communion.
La nourriture quotidienne
Celui qui lit le Nouveau Testament et accepte tout ce qu’a enseigné et appliqué notre Église depuis ses débuts, celui qui veut être véritablement chrétien et pas seulement en paroles, celui-ci ressent au plus profond de lui-même la faim pour le pain de vie et s’efforce de communier au Corps et au Sang du Christ le plus souvent qu’il peut.
Le désir du Christ, le commandement de l’Église, l’intérêt éternel de ton âme est que tu communies, si tu en as la possibilité, chaque fois que tu participes à la Divine Liturgie. « Donne-nous aujourd’hui notre pain essentiel » (Mt : 6, 11). Cette prière est dite avant la Communion eucharistique, avant que nous recevions le Pain du Ciel et la Coupe du salut.
Les premiers chrétiens communiaient chaque jour. Plus tard, à l’époque de saint Basile le Grand, ils communiaient quatre fois par semaine. Et pendant les quarante jours du Carême, comme la liturgie n’était pas célébrée quotidiennement, mais seulement les dimanches, l’Église avait fixé la célébration de la liturgie des Saint Dons Présanctifiés pendant les jours de la semaine.
Mon frère, unique est le chemin correct qu’il te faut suivre sur cette question importante. Prends soin d’aller vers la confession et vers ton père spirituel (confesseur), qui préparera et déterminera avec toi, en fonction de l’état de ton âme, ton chemin vers la sainte eucharistie afin que tu communies « pour la rémission des péchés et la vie éternelle », le plus souvent possible.
Mais, tout d’abord nous répondrons à ta première hésitation : pourquoi faut-il me confesser ?
« Tu te confesseras pour trouver la sérénité. Tu es angoissé et triste. Beaucoup de pensées et d'agitation tourmentent ton âme. Tu crois que la cause de ton inquiétude est la pauvreté, la maladie, les difficultés que tu rencontres. Mais en réalité, la raison est ailleurs.
La joie et la tristesse qui naissent en toi ont leur source dans ta conscience. Lorsque celle-ci est en paix et ne proteste pas, alors, aussi nombreux que soient les nuages de l'extérieur, toi tu te réjouis de ta vie. Mais lorsque ta conscience crie que tu es coupable, alors, même dans la santé la plus enviable, dans la plus grande richesse et dans les plus vives jouissances, tu seras misérable.
Dans cette situation, seule la confession a la force de te délivrer et de te soulager, car avec elle, sont remis et pardonnés les péchés et, par conséquent, ta conscience se calme. Par la bouche du prophète Isaïe, Dieu ordonne : « Lavez-vous et devenez purs, arrachez les méchancetés de vos âmes ».Saint Jean le Précurseur et le Seigneur lui-même nous appellent au repentir (metanoïa) « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche ». Et il n’existe pas d’âme chrétienne qui ne soit touchée en lisant la parabole du fils prodigue lequel, grâce au véritable repentir de son cœur et à sa confession sincère, reprend sa première place dans la maison paternelle. »1
Arrivés à ce point, nous devons préciser certaines choses sur la relation entre les deux sacrements autonomes que sont la confession des péchés et la Communion eucharistique. L’archimandrite Nectaire Antopoulos souligne :
« Beaucoup croient que la Divine Communion est liée nécessairement à la confession et au jeûne. Nous n’allons pas vers la Sainte Communion si auparavant nous ne nous sommes pas systématiquement confessés et si nous n’avons pas jeûné un nombre suffisant de jours. C’est pourquoi aussi nous communions tellement rarement.
Ceci est une faute et c’est contraire à la tradition orthodoxe qui recommande la Divine Communion fréquente. Ce qui souvent est observé de nos jours, à savoir communier seulement 2 à 3 fois par an, est complètement inacceptable et sape dangereusement le corps du Christ qui est l’Église.
Lors de chaque liturgie nous préparons le vin et le pain de l’Eucharistie, nous les présentons aux fidèles lors de l’entrée des saints dons, nous prions Dieu de les transformer en Corps et Sang du Christ. Dieu accède à notre demande, l’Esprit Saint descend sur les dons, le miracle a lieu. Notre Seigneur prépare sa table, Il nous invite à participer : « avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez » et nous, nous Le dédaignons.
Nous repartons affamés, mais rassasiés par des justifications de peu de valeur. A ce stade, saint Jean Chrysostome dit : « n’as-tu pas blessé Celui qui t’a invité ? ».
Mais si nous voulons communier fréquemment – toujours bien sûr en accord et avec l’avis de notre père spirituel – il n’est pas possible que nous nous confessions fréquemment. Lorsque nous aurons quelque chose à confesser, alors nous verrons le père spirituel. Mais pas pour les plus petites choses. Si, par exemple, nous faisons une chute et que le traumatisme est léger, il n’est pas nécessaire de déranger le médecin. Si le traumatisme est important, alors sûrement, nous lui rendrons visite.
Les recettes connues d’avance n’existent pas. Chacun et chacune d’entre nous possède sa spécificité, ses besoins propres et nous pouvons trouver avec notre père spirituel notre règle d’or ! De toute façon, ce sur quoi il est besoin d’insister, c’est que toute notre vie doit être un chemin de repentir devant Dieu, source de joie, mais aussi une préparation pour la Sainte Communion. Chaque jour, vivons avec sérénité et paix, en « état de repentir » et avec le désir ardent de la Divine Eucharistie. Expérimentant ce mode de vie et communiant fréquemment aux mystères immaculés, notre vie acquiert un sens, devient festivité, fête, sagesse et joie. »2
La richesse des Saints Dons
Saint Jean Chrysostome dit, comme toujours avec force et conviction : « Nous, nous mangeons ce Corps, celui devant qui les anges frissonnent en le voyant, et n’osent lui faire face sans crainte, yeux dans les yeux. C’est le Corps pur et irréprochable du Christ, qui est uni à sa nature divine et grâce à Lui nous existons et nous vivons. Grâce à ce Corps, nous ne sommes plus cendre et poussière, nous ne sommes plus prisonniers mais libres. Grâce à Lui, nous espérons jouir du ciel et de ses biens : la vie immortelle, la vie avec les anges, dans la compagnie du Christ.
La sainte table de la Divine Eucharistie est le système nerveux de notre âme, notre espoir et notre soleil, notre vie et notre lumière. Armés du viatique de la Sainte Communion nous partons pour l’autre vie et avec courage nous franchissons les portes du ciel.
Saint Nicolas Cabasilas complète : « Il est nécessaire que nous communions fréquemment au Corps et au Sang du Christ pour conserver florissante et prospère notre vie spirituelle. Le Pain de vie nous fait membres du Corps du Christ. Par cette union, de mortels, nous devenons immortels, de sots nous devenons sages, d’esclaves du péché, nous devenons justes et enfants de Dieu. Le Pain de vie, le Corps du Christ auquel nous communions ici-bas, nous le prendrons comme viatique éternel à l’heure de notre sortie de ce monde. Ce même Corps glorieux et incorruptible apparaîtra le jour de son second Avènement venant au-dessus des nuages. Alors apparaîtra le Seigneur en gloire et Il recevra avec Lui ceux qui furent ses propres membres par la Communion à son Corps et à son Sang ».
C’est donc une faute majeure que font (comme nous l’avons déjà dit) tous les chrétiens qui se rappellent « qu’il leur faut communier » seulement à Noël et à Pâques. C’est une faute aussi de se rappeler, seulement « par devoir », de communier lors de ces deux grandes fêtes. La Communion qui n’a pas lieu librement, de plein gré, avec un ardent désir d’amour et d’union avec le Christ n’est pas la Communion.
Le dernier Viatique
Avec émotion et admiration, tenons-nous en face de la bravoure et de la ténacité avec lesquelles faisaient front les saints martyrs devant leurs terribles tourments. Mais quel était le secret de leur victoire ? Quelle était l’arme toute puissante qu’ils prenaient avec eux pour avancer vers le martyr, non seulement sans peur mais aussi avec joie ?
La veille de leur martyr, leur unique et ardent désir était de ne pas être privés de ce qui leur donnait la vie et qui les fortifiait pendant toute leur vie, le sang du premier Martyr, le sang de la victoire sur la mort, la Communion Eucharistique ! Et l’Église, malgré tous les dangers et les difficultés veillait, lors de chaque sacrifice, à envoyer aux prisonniers et aux condamnés à mort, qui étaient des confesseurs du Christ, le dernier viatique, la Communion.
Ô combien indispensable est ce dernier viatique, pour nous les tièdes dans la foi et les distraits dans la vie. Avec cette force et cette grâce en nous, nous pourrons alors affronter en paix l’heure de la mort .
Un accueil avec une manière digne
Lorsque tu as l’intention de communier, réfléchis à cette aussi simple que grande vérité : Celui qui va entrer sous le « toit de ton âme », c’est le Créateur, ton Seigneur et ton Dieu ! Il est en même temps la personne que tu aimes le plus. Tu lui dois aussi reconnaissance parce qu’il a sacrifié sa vie et versé son sang pour ton salut éternel. Quelle préparation et quel accueil sont-t-ils dignes d’un tel visiteur ?
Il nous demande de nous aimer "comme il nous a aimés", de nous repentir et de purifier notre âme de nos péchés, de ceux qui l’empêchent d’entrer, ceux qui ferment la porte de notre âme, de notre cœur. Prends donc soin, avec ta confession, de bien nettoyer la maison de ton âme. Balaye bien dans tous les coins et dans ses parties les plus cachées où tu vois des détritus dans la mémoire de ta conscience. Fais cela pour l’unir à ta prière fervente. Fais aussi attention au sujet du jeûne que te conseillera ton confesseur. Et depuis minuit jusqu’à l’instant où tu communies ne prends aucune nourriture, si ton état de santé le permet. Mais sache que le père spirituel peut fixer un jeûne en rapport avec les conditions de vie et les besoins personnels de chaque âme.
Je n’oublierai pas non plus de me réconcilier avec mes ennemis et avec ceux que j’ai blessés, de nettoyer mon cœur de tout sentiment de vengeance et de rancune. Ma prière tournera autour de toutes ces choses. Chaque jour qui passe deviendra plus chaleureux. Et le point culminant arrivera la veille, où je lirai avec recueillement l’office de la Sainte Communion, puis le jour de la Divine Liturgie où toute mon existence sera changée en celle d’un séraphin de feu, qui lui, ne volerait pas au-dessus de la terre, mais qui serait tombé humblement aux pieds du trône du Très-Haut.
Voici que je me dirige vers la Communion
Et voici que tu te trouves maintenant à l’intérieur de l’Église et chaque instant qui passe te porte vers une nouvelle Pâque de ta vie !
Tiens-toi donc avec crainte et recueillement. Prie humblement, comme le publicain. Comment se tenir autrement lorsqu’on réfléchit à la sainteté de Dieu et à notre état de pécheur. Et comment éprouver quoi que ce soit d’autre à cet instant, en dehors de la longanimité sans borne et de la condescendance du Créateur qui accepte d’offrir à sa créature sa Chair comme pain : « Prenez et mangez… » et son Sang comme vin : « Buvez-en tous… ». Silence absolu donc d’un cœur saisi d’un double sentiment : crainte devant un Seigneur tout puissant qui s’est offert sur sa Croix pour devenir nourriture pour le monde entier et joie profonde de recevoir Celui qui s’est fait homme, non pour nous juger, mais pour nous pardonner et nous guérir par le remède de son propre Corps et de son propre Sang.
Et puisque nous communions avec foi et ferveur, lorsque la sainte cuillère entrera dans notre bouche pour déposer le saint et vivifiant Corps et Sang de notre Christ, nous entendrons, nous aussi, notre ange nous murmurer ces paroles consolatrices et salvatrices qu’a prononcées le séraphin au prophète Isaïe : « Voici, ceci a touché tes lèvres, tes iniquités sont enlevées et tes péchés sont pardonnés ! » (Isaïe 6,7)
Garde le Christ en toi
A cet instant, tu es la plus heureuse créature du monde. Tu as communié au Corps et au Sang du Christ. En toi se trouve maintenant le Christ vivant lui-même, le Seigneur du ciel et de la terre. Garde-Le.
Dès que tu as communié, ne commets pas la faute de quitter l’Église. La Divine Liturgie n’est pas encore terminée. Rappelle-toi que dans l’Église primitive les premiers chrétiens, dès qu’ils avaient communié, revenaient à leur place et faisaient la prière secrète d’action de grâce, parlant avec un désir ardent au Seigneur qui se trouvait en eux. Et attendant en priant, jusqu’à ce qu’ils entendent l’appel du prêtre : « Tenons-nous droit. Ayant participé aux mystères redoutables du Christ, mystères divins, saints, immaculés, immortels, célestes et vivifiants, rendons grâce dignement au Seigneur ».
Le sens intérieur de la présence du Christ en toi, guidera aussi et inspirera les contacts et les conversations fraternelles que tu souhaites cultiver, après la Divine Liturgie, avec les membres de la communauté.
De même, l’atmosphère au cours des agapes et des réunions paroissiales qui peuvent suivre pourra être nourrie par la douceur et la paix que tu as reçues du Christ pendant la Divine Liturgie. C’est l’occasion de vivre le "sacrement de la communion avec le frère", c'est-à-dire la communion de cœur et d’esprit avec tes frères qui sont comme toi, les membres d’un même Corps, celui du Christ.
Cela sera encore meilleur, lorsque tu retourneras à ta demeure où, là, dans un lieu calme, tu pourras lire les prières d’action de grâce d’après la Communion et t’entretenir encore plus avec ton Seigneur. Monte avec Lui au « Thabor ». Ne te presse pas de redescendre et de perdre rapidement ce sentiment tellement suave de sa divine présence. Dis-toi en toi-même : je demeurerai en compagnie du Christ encore un peu de temps, comme le souhaitait l’apôtre Pierre auprès du Christ transfiguré : « Seigneur il nous est bon d’être ici… ».
Tu goûteras et tu bénéficieras ainsi en plénitude des fruits des mystères et du sacrement de l’Eucharistie, de la douceur du Pain de vie. Alors tu seras en mesure et en place de le proclamer aussi aux autres, autour de toi et de les inviter à la table céleste de la Divine Eucharistie : « goûtez et voyez combien le Seigneur est bon ».
Traduction et adaptation, Père Pierre Deschamps