publicat in Grands spirituels pe 11 Décembre 2014, 15:30
Le 2 décembre, nous célébrons la mémoire de saint Porphyre (le Kapsokalyvite)
Le saint Ancien Porphyre, Évangélos Baïraktaris selon le monde, est né le 7 février 1906, dans l'île d'Eubée, au village Haghios loannis (Saint-Jean) de la province de Karystia. Ses parents, Léonidas Baïraktaris et Hélène, fille d'Antoine Lambros, étaient des gens pieux et aimant Dieu. La famille était nombreuse, aussi ses parents, pauvres paysans, arrivaient à grande peine à subvenir aux besoins de celle-ci. Cette raison fit que le père s'expatria en Amérique, où il prit part aux travaux du canal de Panama.
Le petit Evangélos était le quatrième enfant de la famille. Il gardait les moutons, dans la montagne. A peine avait-il fréquenté l'école – la première année de l'école primaire seulement – qu'il fut obligé d'aller travailler, à son tour, dans la ville de Chalkis. Il avait sept ans à peine. Il travailla deux ou trois ans dans un magasin. Il se rendit, ensuite, au Pirée, où il travailla deux ans dans l'épicerie d'un parent.
A l'âge de douze ans, il partit, en cachette, pour la Sainte Montagne (Mont-Athos), dans son désir d'imiter saint Jean le Calyvite dont il avait, depuis longtemps déjà, lu la biographie et qu'il avait aimé tout particulièrement. La grâce de Dieu le conduisit dans la calyve1 de Saint-Georges aux Kafsokalyvia2, où il se soumit à l'autorité de deux Anciens, frères selon la chair, Pantéléïmon, qui était aussi père spirituel, et loannikios. Il s'attacha fidèlement à ces deux vieillards, lesquels, de l'aveu général, étaient particulièrement sévères, dans un esprit de grand amour et d'obéissance absolue.
Il devint moine à l'âge de quatorze ans et reçut le nom de Nicétas. Deux ans plus tard, il devint mégaloschimos ou moine à part entière. C'est quelque temps plus tard que Dieu lui fit le don de clairvoyance.
A l'âge de dix-neuf ans, l'Ancien tomba gravement malade. Cette circonstance l'obligea à quitter définitivement la Sainte Montagne. Il revint alors en Eubée, où il s'installa au monastère de Saint-Charalampos, à Lefka.
Un an plus tard, en 1926, à l'âge de vingt ans, il fut ordonné prêtre, à Saint-Charalampos de Kymi, par Porphyre III, archevêque du Mont-Sinaï, qui lui donna le nom de Porphyre. A l'âge de vingt-deux ans, il devint père spirituel et confesseur et, peu après, archimandrite. Pour un temps, il fut recteur du village de Tsakéi, en Eubée.
Il vécut douze ans en Eubée, dans le monastère de Saint-Charalampos, au service des hommes comme confesseur et père spirituel, et trois ans à Ano Bathia, dans le monastère abandonné de Saint-Nicolas.
En 1940, à la veille de la deuxième guerre mondiale, l'Ancien Porphyre s'installa à Athènes, où il assuma la charge de recteur et père spirituel à la Polyclinique d'Athènes. Ainsi qu'il le disait lui-même, il y vécut trente-trois années durant comme un seul jour, y exerçant, sans jamais se fatiguer, son ministère spirituel et soulageant la misère et la maladie des hommes.
A partir de 1955, il s'était installé aux Kailisia. Il y avait loué au monastère de Pentéli le petit monastère de Saint-Nicolas, situé à cet endroit-là, ainsi que le petit domaine agricole alentour, qu'il cultivait avec grand soin. En ce lieu, il exerçait, d'une manière parallèle, son riche ministère spirituel.
L'été 1979, il s'installa à Milési, dans le rêve d'y édifier un monastère. Les premiers temps, il y vivait dans une caravane, dans des conditions particulièrement difficiles, puis dans une petite cellule en parpaings où il endurait sans se plaindre les nombreuses épreuves que lui infligeait son état de santé. En 1984, il déménage dans un édifice du monastère en construction. Bien qu'il fût très malade et aveugle, il travaillait sans relâche sans mesurer sa peine. Avec la pose de la première pierre du katholikon3 du monastère de la Transfiguration, le 26 février 1990, Dieu lui fit la grâce de voir son rêve devenir réalité.
Dans les dernières années de sa vie sur terre, il commença à se préparer à sa dormition. Il désirait se retirer sur la Sainte Montagne, dans sa calyve bien-aimée de Kafsokalyvia où, secrètement et sans bruit, ainsi qu'il avait vécu, il allait faire don de son âme à l'Epoux de celle-ci. A plusieurs reprises, on l'avait entendu dire: « Me voici vieux désormais. J'aspire à aller mourir là-haut. »
Et, de fait, il parvint à une fin bienheureuse, dans sa cellule, le matin du 2 décembre 1991.
Les dernières paroles que l'on entendit de sa bouche étaient celles de la prière pontificale du Seigneur, celles qu'il aimait tant et qu'il répétait très souvent : « Que tous soient un !»
Je suis allé à Bathia, en Eubée, an monastère de Saint-Nicolas
Des années plus tard, tandis que je me trouvais en Eubée, j'étais à la recherche d'un nouveau lieu de recueillement. J'étais comme le petit oiseau qui désirait se réfugier entre les bras de Dieu par la prière en esprit. J'étais seul et abandonné.
Je suis allé à Bathia, en Eubée, au monastère de Saint-Nicolas, et j'y suis resté dix jours. Il y avait là certaines cellules abandonnées, pleines de gros rats. Mais que se passa-t-il ? Deux jours durant, une grande tempête avait sévi et la mer était déchainée. Il pleuvait sans arrêt et la pluie heurtait violemment les murailles, frappait les vitres, comme si c'était la grêle. Le vent soufflait en furie sur le grand platane. J'entendais ses branches s'entrechoquer. C'était comme la fin du monde dans le désert intégral. Tous les éléments de la nature mugissaient. Et moi, je me trouvais dans la petite église de Saint-Nicolas : elle était pauvre, couverte de fresques pieuses, sanctifiée depuis bien des années par de petites âmes que je « voyais » penchées devant les saints ; elles leur ouvraient leur cœur, fermé à clef.
Là, dans ce lieu désert, je ressemblais à un petit oiseau du ciel, exposé au vent de la plaine et pris en chasse. Réfléchis : que ferait un petit oiseau ans une telle tempête ? Ne se mettrait-il pas en recherche, pour trouver un petit nid, une grotte où se réfugier ? C’est ce que j'ai fait, à mon tour, dans le fracas et la tempête, frappé de terreur par les éléments déchainés de la nature. J'ai couru trouver un refuge ; j'ai couru me cacher dans les bras de mon Père céleste. Je ressentis la douce chaleur du Christ, mon union avec Dieu. J'éprouvai une grande joie, une allégresse, un grand réconfort en m'introduisant dans le divin. Je n'avais cure désormais de la mer déchainée, de l'orage, qui appartiennent à ce monde-ci. Mon âme cherchait quelque chose de plus élevé et de mieux accompli. Je me sentais en sécurité, consolé et reposé. J'ai passé des journées en or. J'ai tiré profit d'une période de grand mauvais temps.
C'est ainsi que nous devons toujours penser. C'est ainsi que nous devons vivre la difficulté et l'épreuve. Nous devons voir en tout des occasions de prière, des occasions de nous rapprocher de Dieu. Voilà le secret : comment l'homme fera de tout une prière. C'est cela aussi, sans doute, que veut dire l'apôtre Paul quand il dit : « Je me réjouis de mes épreuves4 », de tous les sujets d'affliction qui venaient l'éprouver. C'est de cette manière que s'opère la sanctification. Que Dieu nous en rende dignes. C'est avec insistance que, moi, je demande cela dans ma prière. A Vathia, à Saint-Nicolas, je suis resté assez longtemps – trois années entières. J’en suis parti au moment où éclata la guerre avec l'Italie5.