Le Doute de Joseph (Mt 1, 18-25)

publicat in Parole de l'Évangile pe 2 Décembre 2014, 23:17

La preuve de la virginité de la Mère de Dieu. L’épreuve qui révéla la justice de Joseph.

Le Doute de Joseph eut lieu lorsqu’il découvrit que la « vierge qu’il avait reçue du Temple du Seigneur » était enceinte, sans qu’il eût pu se douter de quoi que ce soit, ni savoir ce qui avait pu se passer. Il est rapporté uniquement par saint Matthieu au début de son Évangile.

Avant d’en faire une exégèse spirituelle, il faut remarquer que la dimension théologique de cet évènement n’a été réellement perçue qu’en Orient, où elle est exprimée dans un rite – celui du Doute de Joseph – qui est célébré pendant les Heures royales de la « Paramonie » de Noël et qui est une des richesses du rite byzantin1. L’iconographie aussi en témoigne : sur l’icône de Noël, Joseph est représenté en bas à gauche, loin de la scène centrale – la nativité elle-même – car il n’est pas le père réel de l’Enfant-Dieu, et méditatif : il est dans son doute2.

Abordons d’abord l’aspect biblique, avant d’entrer dans le contenu théologique. Deux évangélistes ont parlé de l’enfance de Jésus-Christ : saint Matthieu et saint Luc. Luc est celui qui a révélé les mystères de la conception, de la nativité et de l’enfance du Christ, parce qu’il fut, selon la tradition, proche de la Vierge Marie, dont il fit le portrait3. Étant lui-même un homme cultivé3 – comme son maître saint Paul –, il s’adressait plutôt à un public cultivé, parlant le grec, prosélyte ou païen.

Tandis que saint Matthieu écrivit un Évangile en hébreu4 et pour les Hébreux, comme l’affirment les Pères de l’Eglise4. Il se préoccupe surtout du contexte hébraïque, dans le but de démontrer que le rabbi Ieshouah de Nazareth est bien le Messie annoncé par les Prophètes. En ce qui concerne les origines et l’enfance de Jésus, il ne raconte que ce qui est lié à Israël. A ce titre il rapporte le Doute de Joseph juste après la généalogie du Christ5, qui ouvre son Évangile, pour montrer que Jésus est bien fils d’Abraham et de David, ce qui justifie sa place dans une généalogie « légale » (conforme à la Loi de Moïse) et qu’Israël a accompli son destin, sa mission divine, qui était d’engendrer le Messie. Après le Doute de Joseph, il rapportera le « cycle d’Hérode » (l’adoration des Mages, le massacre des Innocents et la fuite en Égypte), intimement lié à l’histoire juive.

Nous avons deux sources pour ce récit, l’une canonique, l’Évangile selon saint Matthieu, et l’autre apocryphe, le Proto-évangile de Jacques6, complété par son remaniement latin, le Pseudo-Matthieu6, qui donnent tous deux de précieuses informations. Ces deux évangiles apocryphes constituent un élément essentiel de la Tradition, car ils sont pratiquement notre seule source sérieuse concernant l’histoire de la Vierge Marie et de saint Joseph. Voyons d’abord ce qu’ils nous apprennent. Marie est entrée7 dans le Temple de Jérusalem à 3 ans, conformément à la promesse faite à Dieu par ses parents, Joachim et Anne, de Lui offrir l’enfant qu’Il leur donnerait. Elle est demeurée dans le Temple jusqu’à 12 ans (14 ans chez Pseudo-Mt) ne vivant que pour Dieu, lisant l’Écriture et priant, et « nourrie par la main d’un ange ». Étant devenue une « femme » (étant « réglée ») elle ne pouvait plus demeurer dans le Temple (cf. note 10). Les prêtres se sont alors concertés pour savoir ce qu’ils allaient faire d’elle, le grand-prêtre a demandé à Dieu dans le Saint-des-Saints et un ange lui a donné la réponse : la « marier »avec celui que Dieu désignerait. Ils tirèrent donc au sort et Dieu désigna Joseph8, qui était âgé, veuf et avait des enfants (4 garçons et des filles, selon Mt 13, 55-56)9.

La signification spirituelle est très claire : ce mariage formel [un « mariage blanc »] était destiné à protéger la « vierge du Temple du Seigneur » et le choix divin se porta sur un vieillard, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la nature des relations entre lui et la jeune vierge.

Revenons maintenant à l’Évangile, qui ne dit rien de toute cette histoire, car il est centré sur le Christ. Il faut compléter Matthieu par Luc. Les deux Évangiles concordent : il y est dit que Marie était fiancée à Joseph, à Nazareth en Galilée (Mt 1, 18b et Lc 1, 26-27 [Annonciation]), et que Marie, sa fiancée se trouva enceinte (Mt 1, 18b et Lc 2, 5), mais saint Matthieu précise : « par le fait du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble ».

Voici donc le tableau historique : Joseph a accepté de prendre sous sa protection la toute jeune fille vierge Marie, ils habitent à Nazareth en Galilée, mais pas encore dans la même maison10, et Marie se trouve enceinte10. Pour Joseph, c’est un choc terrible. Les prêtres du Temple lui ont demandé de prendre sous sa protection la jeune vierge Marie, il constate qu’elle est enceinte, il sait bien qu’il n’y est pour rien, puisqu’ils n’ont pas encore habité ensemble, et Marie ne lui a rien révélé (comment, d’ailleurs, aurait-elle pu expliquer que cela venait du Saint-Esprit, puisque c’était un concept totalement inconnu et incompréhensible ?) La Loi de Moïse prévoyait, dans ce cas d’adultère, un châtiment terrible : la mort par lapidation (Dt 22, 23-24, confirmé par l’Évangile, en Jn 8, 5)11. Joseph se trouve donc face à un dilemme insurmontable, car les apparences sont contre Marie : elles lui imposent de douter de sa virginité, de son intégrité et de sa fidélité. Mais saint Matthieu précise que Joseph « était un homme de bien » et qu’il « ne voulait pas la dénoncer publiquement », c’est-à-dire la livrer en pâture à l’opinion publique, qui est en général prompte à adopter une attitude radicale (on le constate plusieurs fois dans l’Évangile, notamment lorsque les Scribes et les Pharisiens veulent condamner une femme adultère, en mettant Jésus à l’épreuve, en Jn 8, 1-10). Il réfléchit, entre en lui-même, prie certainement, et finit par « se proposer de la répudier secrètement » (Mt 1, 19).

Admirable Joseph qui se montre digne de son futur Fils « légal » : il est simultanément exact et bon, exact parce qu’il ne veut pas épouser une fiancée qui a pêché (doublement : adultère et mensonge), et bon parce qu’il ne la condamne pas et lui ouvre la porte du pardon. Il préfigure le Christ. Il est par excellence un « juste », comme le fut son ancêtre le patriarche Joseph en Égypte, qui fut injustement accusé et dut souffrir pour sa justice (1650 ans avant lui – Ge 39)12.

Puis il s’endort, avant de passer à l’acte. Dans son sommeil, Dieu lui donne la réponse à tous ses questionnements, car l’épreuve tragique dans laquelle il se trouve va révéler sa justice. Un ange du Seigneur (probablement l’ange Gabriel) lui apparaît et lui dit d’abandonner toute crainte « car l’enfant que Marie a conçu vient du Saint-Esprit » [c’est-à-dire de Dieu]. Et l’ange l’appelle : « Joseph, fils de David », pour bien montrer que, même par la généalogie « légale » (selon la Loi de Moïse, donc par les hommes), que saint Matthieu vient d’écrire dans le paragraphe précédent, l’enfant à venir sera bien « Fils de David », ce qui était un des principaux critères de reconnaissance du Messie. L’ange donne une autre précision : « ne crains pas de prendre avec toi Marie ta femme ». Marie n’est plus désignée comme fiancée, mais comme épouse. On est donc bien dans le cadre normal de la Loi de Moïse (si Marie avait vécu ces évènements seule, en dehors du cadre légal du mariage, aucun Juif n’aurait pu croire que cela vînt de Dieu).

Puis l’ange fait cette révélation sublime : « elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus : c’est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés » [Jésus veut dire : sauveur]. La paternité légale de Joseph est affirmée : tout est donc conforme à la Loi de Moïse. L’évangéliste poursuit la démonstration en citant la plus célèbre prophétie de l’Ancien Testament, celle de l’Emmanuel, faite par Isaïe 740 ans plus tôt : « Voici la Vierge deviendra enceinte, elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous » (Is 7, 14 et 8, 10b).

Nous avons ici, en tête de l’Évangile destiné aux Hébreux, tous les principaux critères permettant à des Juifs de reconnaître dans le fils de la Vierge Marie le Messie, le Christ.

Joseph se réveille et « fait ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné : il prend sa femme avec lui ». Joseph avait douté, mais son doute était honnête et sincère. Dieu a répondu aussitôt pour le dissiper. Joseph n’a pas cherché à en savoir plus : il a obéi sans comprendre, comme l’avait fait Marie elle-même lors de l’Annonciation13 et comme le font les anges. C’est une grande leçon spirituelle pour tous les Chrétiens : le doute est légitime lorsqu’il est honnête et sincère ; Dieu répond toujours et rapidement. Mais si l’on triche, Dieu ne répond pas.

Saint Matthieu conclut l’évènement par une révélation importante : « Mais Joseph ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils14 auquel il donna le nom de Jésus ». C’est un complément à la révélation qui vient d’être faite : Joseph n’a jamais eu aucune relation physique avec Marie, qui est demeurée vierge15. Il n’y a eu aucune intervention humaine masculine dans la conception et l’enfantement de Jésus-Christ : Il est sans père terrestre. Son Père est céleste et sa mère est terrestre, humaine : Il est Dieu et Homme.

Cet Évangile, qui est la révélation d’un « secret », est capital pour l’avenir, car il proclame avec force la virginité de Marie, la Mère de Dieu, condition sine qua non des deux natures du Christ. Il nous apprend aussi que c’est dans l’épreuve qu’est révélée la justice des Justes.

Louange éternelle à saint Joseph le Juste, qui fut un artisan de l’Incarnation du Verbe : il est un géant spirituel et l’honneur de l’humanité masculine. Dans un certain sens, en préfigure de son Fils « légal », il commence la restauration d’Adam.

Notes :

1. Note liturgique. La paramonie est le jour qui précède une grande fête, jusqu’à la vigile elle-même, non comprise (qui est soudée à la liturgie nocturne). Dans les cathédrales, on célèbre alors, comme dans les monastères, les grandes Heures, appelées « royales » (prime, tierce, sexte, none et vêpres) avec solennité. Chacune des Heures comporte des stichères idiomèles ayant trait à la fête. Celles de Noël ont été écrites par saint Sophrone de Jérusalem, l’un des plus grands hymnographes de l’Église d’Orient (+ en 638). La dernière stichère de chaque Heure est un dialogue entre Joseph et Marie, inspiré du Proto-évangile de Jacques, très réaliste, où l’on perçoit toute la douleur de Joseph. A Prime, on lit l’Évangile du Doute de Joseph (alors que la « Généalogie » est lue le dimanche qui précède Noël, en y ajoutant le doute de Joseph).En Occident, dans le rite romain, le Doute de Joseph est lu pendant la « Vigile de Noël » (avant les Matines). Lorsque le rite des Gaules fut restauré dans l’Orthodoxie, à partir de 1945, les restaurateurs prirent soin d’emprunter à l’Orient le Doute de Joseph, en regroupant les stichères idiomèles de saint Sophrone en un seul office, dit du Doute de Joseph, le dimanche précédant Noël, ce qui est pédagogique et beau (un homme et une femme interprètent alternativement Joseph et Marie, en se répondant).
2. Il faut rappeler que l’icône est une image du monde transfiguré, où le temps et l’espace sont abolis : sur l’icône de Noël, on voit simultanément l’Enfant Jésus qui vient de naître et sa mère allongée, les femmes qui lavent l’enfant, pour bien montrer qu’Il est un homme véritable, Joseph dans son doute et les Mages en route. Paul Evdokimov en fait une belle description dans L’Art de l’icône, Desclée de Brouwer, 1972, p. 225-238.
3. C’est à ce titre que saint Luc est considéré par la tradition chrétienne comme le premier iconographe. Il est évident que, s’il a peint le « portrait » de Marie et s’il a rapporté les évènements de l’enfance du Christ, c’est qu’il fut proche d’elle, car ces révélations ne pouvaient être faites que par elle. Il était médecin à Antioche, de langue et de culture grecques, probablement d’origine païenne (sans qu’on en ait la certitude) et fut longtemps le compagnon de saint Paul.
4. Notamment saint Irénée au 2e s. Cela est confirmé au 4e s. par l’historien Eusèbe de Césarée. En fait « l’Évangile des Hébreux » a été certainement écrit en araméen (proche du syriaque actuel), pour que les Juifs, qui parlaient araméen, puissent comprendre, avec une exception notoire, le Notre Père, parce que les prières étaient toujours dites en hébreu.
5. Commentaire in Apostolia n°69 de décembre 2013, p. 8-14. 
6.  Le Proto-évangile de Jacques est attesté pour la première fois par Origène (+253) mais on en trouve des éléments identiques chez Clément d’Alexandrie et saint Justin le Philosophe (+ vers 165) : on peut donc le dater du milieu du 2e siècle. Ses principaux manuscrits sont en grec. L’auteur dit être Jacques de Jérusalem, un demi-frère du Christ (le futur évêque de Jérusalem). Selon B. Altaner (Précis de patrologie) il était utilisé pour les lectures liturgiques dans les églises, lors des fêtes mariales. Le Pseudo-Matthieu en est un remaniement latin, probablement du 4e-5e siècle, dont la source serait syriaque et antérieure à 400. La 1ère partie correspond approximativement au Proto-évangile de Jacques : elle est de moins grande valeur, mais comporte cependant quelques ajouts intéressants. Une édition scientifique a été fait des deux ouvrages par E. Amman (Le protévangile de Jacques et ses remaniements latins, Letouzey, 1910).
Dans de nombreuses églises en Orient, et surtout en Grèce, le cycle de la vie de Marie est peint sur les murs : la source en est le Proto-évangile de Jacques.
7. Cet évènement est fêté le 21 novembre. Il s’agit bien del’Entrée de la Viergeau Temple, et non de sa « Présentation », comme on le trouve dans de nombreux livres liturgiques, tant en Orient qu’en Occident. La « Présentation au Temple » prescrite par Dieu à Moïse concernait les nouveaux nés et uniquement les garçons, les « premiers-nés des mâles » (Ex 13, 13). Les parents venaient « l’offrir » à Dieu au Temple, puis ils donnaient une certaine somme d’argent pour le récupérer (ils le « rachetaient »). Marie, elle, est entrée définitivement dans le Temple à 3 ans : ses parents l’ont réellement offerte à Dieu.
8. En Israël, comme dans toute la société gréco-romaine, une femme n’avait pas de statut juridique : elle passait de la tutelle de son père à celle de son mari et, si elle devenait veuve, à celle de son fils aîné. Il n’y avait pas d’autre solution pour la Vierge du Temple qu’un « mariage », qu’il soit consommé (avec une union charnelle) ou non (mariage symbolique). La vision scolastique de saint Joseph, qui veut en faire un homme « chaste », c’est-à-dire sans vie affective et sexuelle est tout à fait étrangère à la Tradition et à la réalité biblique. Lorsque la statuaire occidentale du 2e millénaire le représente avec un lys blanc dans la main, cela ne signifie pas qu’il soit lui-même vierge, mais qu’il est le gardien de la virginité de Marie. D’ailleurs, dans les deux évangiles apocryphes, Joseph refuse d’abord l’honneur qui lui est fait, parce qu’il craint d’être « ridicule » (Proto-Jacques) : il craint les ragots ! C’est précisément parce qu’il était âgé, veuf et père (les « frères et sœurs de Jésus » dont parle l’Évangile) qu’il ne pouvait y avoir aucun risque d’union charnelle. Si Marie avait été mariée à un homme jeune, veuf ou non, jamais l’humanité n’aurait pu croire à la virginité de Marie enceinte. Le Saint-Esprit, en désignant Joseph, a voulu prévenir toutes les contestations et dissiper tous les doutes à venir quant à la virginité de la Théotokos. Qu’Il soit béni à jamais !
9. D’après Mt 13, 55-56, Jésus avait 4 demi-frères (Jacques, Joseph, Simon et Jude) et des demi-sœurs, dont nous ne connaissons pas les noms (mais dans le v.56, les Juifs de Nazareth disent : « et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? ». Il est intéressant de noter que Jésus, dans son enfance et sa jeunesse, vécut avec des parents « légaux » [jusqu’à la mort de Joseph, qui arriva bien avant que le Christ ne commençât Sa mission] et au milieu d’une fratrie : Il a donc expérimenté l’humanité dans sa réalité vivante, familiale et sociale. Et après la mort de Joseph, le chef de famille devint Jacques, le fils aîné de Joseph, le futur évêque de Jérusalem…
10. Les choses ne sont pas toujours faciles à comprendre, car il y a un hiatus chronologique dans les évangiles apocryphes : les prêtres s’inquiètent de la présence de Marie dans le Temple vers 12 ans (à cause du sang de la menstruation, parce que la perte de sang – symbole de la perte de l’Esprit, conséquence du péché et de la condamnation d’Eve – est considérée par la Loi comme impure (Lev 15, 19-32). Elle va donc se trouver sous la protection de Joseph, en tant que « fiancée », et dans la maison de ce dernier [à Nazareth, mentionnée seulement dans l’Évangile]. Mais elle ne sera « mariée » à Joseph que beaucoup plus tard, à 16 ans (selon Proto-Ja). Entre le moment où une adolescente était « donnée » à un homme et le moment où celui-ci pouvait « consommer » l’union, il y avait une durée de quelques années. Ces usages ont existé en Occident (sous les Mérovingiens ou dans les familles royales) et ils existent encore en Orient, dans des pays islamiques, comme en Iran. Joseph qui était charpentier [confirmé en Mt 13, 55] était un travailleur itinérant. Il installe donc Marie dans sa maison, puis part sur ses chantiers. C’est lorsqu’il rentre du travail (à Capharnaüm, selon Pseudo-Mt) qu’il découvre que Marie est enceinte. Il est consterné et en proie à une intense douleur. Il a des entretiens difficiles avec Marie, qui, curieusement, ne révèle pas ce que l’ange Gabriel lui avait dit dans cette même maison lors l’Annonciation [c’est la limite des textes « apocryphes » : les choses divines y sont vues sous un angle humain, tandis que dans l’Évangile, les choses terrestres sont vues sous un angle divin], mais dit pour sa défense la même phrase évangélique qu’elle avait prononcée devant Gabriel : « je ne connais point d’homme ». Après il y a une sorte de procès fait par les prêtres à Joseph et à Marie : on leur fait boire « l’eau de l’épreuve » et ils en sortent blanchis, l’un et l’autre.
11. Le Deutéronome est formel et terrible : « Si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle, vous les conduirez tous deux à la porte de la ville et vous les lapiderez » (Dt 22, 23-24).
12. On peut aussi remarquer que, comme son ancêtre patriarcal, Joseph aura des songes (lors de son doute, et aussi, lors de la fuite en Égypte, par trois fois : Mt 2, 13.19 et 22), c’est-à-dire une relation intime avec le Ciel, le monde angélique.
13. Lors de l’Annonciation, Marie n’a pas douté, ni demandé d’explications (« pourquoi ? ») : elle a simplement demandé « comment ? » (« Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » – Lc 1, 34), ce qui était légitime. Marie et Joseph, contrairement à Eve et Adam, obéissent à Dieu sans comprendre, parce qu’ils Lui font totalement confiance, c’est-à-dire parce qu’ils L’aiment.
14. Cela ne signifie nullement qu’ils aient eu des relations charnelles après l’enfantement de Jésus, comme le pensent certains Protestants, mais il était important, à ce moment du récit évangélique, d’affirmer catégoriquement que Joseph et Marie n’avaient eu aucune relation charnelle pendant la grossesse de Marie et jusqu’à la naissance du Christ. Il faut même préciser qu’ils n’ont eu aucune relation d’ordre affectif ou sentimental, car Marie est toute à Dieu, sans partage, vierge par amour pour Dieu exclusivement. « Marie » veut dire « l’amante de la lumière » : elle aime Dieu exclusivement, de tout son être. Il n’y a pas l’ombre d’un amour humain entre elle et Joseph. Joseph fut simplement un protecteur « légal » et nourricier. La pseudo-icône dite de la sainte famille, où l’on représente Joseph et Marie tendrement enlacés avec l’enfant Jésus entre eux, est une erreur théologique, une hérésie.
15. La virginité de Marie n’est pas seulement physique et extérieure : elle est aussi et surtout une virginité intérieure, psychique et spirituelle. C’est une virginité totale, et qui n’est pas centrée sur elle-même mais sur Dieu. C’est une virginité « pour » Dieu, pour l’Époux céleste. Marie accomplit ce que Eve a refusé de faire. Ayant fermé totalement l’oreille de son cœur aux paroles mensongères du serpent antique, dans lequel se cachait Satan, elle n’a écouté que Dieu et n’a été ensemencée que par le Saint-Esprit (selon l’enseignement du Christ, la parole est une semence).