Fête et icône de la Protection de la Tres Sainte Souveraine, notre Mere de Dieu et toujours Vierge Marie

publicat in Icônes orthodoxes pe 3 Octobre 2014, 12:17

La fête du VOILE - dont le nom russe POKROV signifie à la fois VOILE et PROTECTION – célébrée le 1er octobre, fut instituée pour commémorer l’apparition de la Mère de Dieu à Constantinople au Xème siècle, dans l’église des Blachernes où était gardée la relique de Son Voile (maphorion1).

Le récit de cette apparition qui se trouve dans la Vie de saint André2 le fou pour le Christ – qui mourut en 956 – est le suivant : « Le bienheureux André vint, autrefois, dans l’église des Blachernes, lors de la célébration d’un de ces offices de louanges qui dure toute la nuit. Epiphane3, un adolescent noble, disciple de saint André, se trouvait là avec l’un de ses serviteurs. Saint André se tenait debout selon son habitude, comme soutenu par une force invisible, parfois jusqu’à l’office de minuit, parfois jusqu’au matin. A la quatrième heure de la nuit, le bienheureux vit, de ses yeux, une Dame majestueuse qui sortait par les Portes Royales avec un vêtement lumineux que l’honorable Précurseur et le fils du Tonnerre (saint Jean le Théologien) retenaient de leurs mains ; de nombreux saints La précédaient dans des vêtements blancs, d’autres La suivaient, en chantant des hymnes et des cantiques spirituels. Quand Elle arriva sur l’ambon4, le saint moine s’approcha d’Epiphane et lui dit : « Est-ce que tu vois là la Souveraine et Reine du monde ? » « Je La vois, père », lui répondit-il. Ils contemplèrent longuement la Mère de Dieu. Elle pria une longue heure, prosternée à genoux, arrosant de larmes Son visage à l’aspect divin et très pur. Après avoir terminé Sa prière, Elle S’avança jusqu’à l’autel où Elle pria pour le peuple présent. A la fin de Sa prière, Elle retira un voile très grand, brillant et lumineux, qui était à l’image de l’éclair et qu’Elle portait sur Sa tête très pure. Elle l’étendit sur tout le peuple qui se tenait là. Saint André et Epiphane, émerveillés, regardèrent longuement le voile étendu sur le peuple et la gloire du Seigneur qui brillait à l’image de l’éclair : le voile fut visible durant le séjour de la Mère de Dieu dans l’église. Il protégeait les fidèles. Il devint invisible après Son départ. Elle le prit avec Elle et laissa la grâce à ceux qui étaient présents. »

Cette fête est une fête importante, mais elle n’appartient pas aux douze grandes fêtes. Elle est presque inconnue en Orient. Au contraire, l’Eglise russe a toujours célébré la Protection de la Mère de Dieu avec une solennité particulière. Plusieurs églises en Russie lui sont dédiées. La fête du Voile de la Mère de Dieu aurait été instituée en Russie sous le prince de Vladimir et Souzdal’, André Bogolioubsky, vers 11605.

En France, nombreux sont les églises et monastères qui lui sont dédiées, dans plusieurs juridictions6.

Une tradition rapporte que la Mère de Dieu étendit ainsi Son voile au-dessus de l’assistance des fidèles comme symbole de la protection de la ville de Constantinople contre un siège ennemi7.

La protection invisible de la Mère de Dieu, intercédant auprès de Son Fils pour l’univers entier, protection que saint André put contempler sous la forme d’un voile recouvrant les fidèles est le thème central de la fête du 1er octobre : « La Vierge en ce jour Se tient dans l’église invisiblement avec les chœurs des saints, priant pour nous notre Dieu ; les anges et les hiérarchies se prosternent, les Apôtres et les prophètes exultent de joie, car la Mère divine intercède pour nous auprès du Dieu d’avant les siècles, » dit le Kondak de la fête (ton 3).

« Sur notre icône, la Mère de Dieu Se tient debout sur un petit nuage, trônant dans les airs, au-dessus de la foule des fidèles. Vêtue de Son maphorion traditionnel, Elle étend les bras dans un geste de prière, qui est ici une prière d’intercession. Deux anges tiennent les deux extrémités d’un grand voile ondoyant en forme de voûte au-dessus des bras écartés de la Vierge en prière. La procession des saints qui entouraient la Reine des Cieux lors de Son apparition est représentée en-dessous par deux groupes d’apôtres et de prophètes précédés par l’apôtre Jean (à la gauche du spectateur) et le Précurseur (à sa droite). Sur son rouleau : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche. »

Au premier plan, sur l’ambon semi-circulaire au centre de l’église, un jeune homme avec un halo, vêtu d’une dalmatique de diacre, tient dans sa main gauche un manuscrit déroulé avec le texte du kondak de Noël en l’honneur de la Mère de Dieu, tandis qu’il semble diriger le chœur de la main droite. C’est saint Romanos le Mélode, célèbre hymnographe qui vécut au VIème ou au VIIème siècle. Cet anachronisme s’explique facilement car la commémoration de saint Romanos le Mélode, le 1er octobre, coïncide avec la fête de la Protection de la Mère de Dieu. La vie de saint Romanos nous apprend que ce jeune choriste, très prisé par ses camarades, reçut de la Mère de Dieu, avec le kondak de Noël, le merveilleux don de l’hymnographie. Le nouvel hymne de Romanos qui impressionna le patriarche et l’empereur lui valut sans doute le rang de premier chantre à Sainte-Sophie. Nous voyons en effet, à la droite de l’ambon, un évêque en dalmatique cédant humblement sa place à saint Romanos. Le chœur des jeunes gens et des jeunes filles se tient derrière le demi-cercle de l’ambon. Cette scène de la vie de saint Romanos, introduite dans la composition iconographique de la Protection, nous entraîne hors de l’histoire, mélangeant des personnages de la Vie de saint André le Fol en Christ. Ainsi, le patriarche et l’empereur, tous deux couronnés d’un halo, n’étaient pas contemporains de l’apparition aux Blachernes. Tous deux ont les yeux tournés vers le Mélode dont ils admirent le chant. De même, les deux moines avec leur capuchon noir, derrière le patriarche et l’empereur dans l’angle gauche de l’icône, font partie de la même scène. Mais à droite de l’ambon, au premier plan, deux personnages se détachent de la foule des fidèles qui admirent saint Romanos. Ce sont saint André et saint Epiphane, témoins de l’apparition de la Mère de Dieu. Saint André est tourné vers son disciple et lui montre l’apparition d’un geste du bras droit tendu vers la Mère de Dieu. Le « Fol en Christ » a pour seul vêtement un manteau laissant voir son corps à demi nu, ses bras et ses jambes décharnés. Epiphane couronné comme son maître d’un halo, porte une longue tunique sous son manteau. Il fait un geste d’étonnement à la vue de la miraculeuse apparition.

L’arrière-plan architectural représente l’église des Blachernes mais ressemble davantage à une cathédrale russe à cinq coupoles ». Ce texte est extrait du Livre de Léonide Ouspensky et Vladimir Lossky, « Le sens des Icônes » aux Editions du Cerf.

L’icône représente aussi l’image de la Jérusalem Céleste, où les bienheureux contemplent la Vierge intercédant pour tous auprès du Christ.

Par simplification, pour centrer notre attention sur la Protection que la Mère de Dieu nous apporte, l’icône de la fête montre simplement parfois – de nos jours – la très Sainte Mère de Dieu et Son voile, tendu au-dessus de Ses bras écartés. On retrouve cette image sur les icônes de tous les saints des différents groupes ethniques ou communautaires. Par cette icône toute simple que l’on retrouve dans les nouvelles églises consacrées à la Protection de la Mère de Dieu, on comprend qu’avec Son voile, la Mère de Dieu protège les fidèles qui se tiennent là debout devant l’icône et qui demandent Ses prières. Comme conclue le père Macaire dans son Synaxaire, « C’est en effet partout et à tout moment que la Souveraine du monde étend mystiquement Son voile sur les chrétiens, en faisant monter vers Son Fils et Seigneur Ses prières et Ses intercessions pour le salut du monde. »

Texte écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Eglise Russe », 1999, moniale Sofia (complété par des informations extraites de l’ouvrage de Léonide Ouspensky et Vladimir Lossky, « Le sens des icônes », des Editions du Cerf – 2007).
Distributeur : Librairie des Editions de l’Age d’Homme à Paris.
L’icône reproduite ici date de la fin du XVème siècle. Elle est de l’Ecole de Novgorod.

Notes :

  1. Le maphorion est le voile de la Mère de Dieu. Dans cette même église des Blachernes, un voile recouvrait une icône de la Vierge. Chaque vendredi, le voile se soulevait lui-même et se maintenait en l’air.
  2. La mémoire de saint André, le Fou pour le Christ, est célébrée le 2 octobre dans les Eglises Slaves et le 28 mai dans l’Eglise grecque. C’était un esclave d’origine scythe. C’est le Christ qui l’appela à la folie pour Lui. Il fut assisté dans ses combats contre les forces du mal par saint Jean le Théologien.
  3. Selon l’opinion de certains, Epiphane reçut par la suite l’habit monastique avec le nom de Polyeucte et devint patriarche de Constantinople ; il fut compté au chœur des saints.
  4. L’ambon est l’avancée en demi-cercle de la plate-forme qui prolonge le sol du sanctuaire.
  5. Le premier édifice de Russie consacré à la protection de la Mère de Dieu fut élevé en 1165 sur la Nerl. Il s’agit d’un véritable joyau architectural.
  6. La fête est fixée au 1er octobre. En Grèce, depuis 1960, cette fête a été transférée le 28 octobre, en mémoire de la protection accordée par la Mère de Dieu aux troupes grecques résistant à l’invasion nazie sur le front albanais en 1940.
  7. Le livre des Vies des Saints d’après les Ménées de saint Dimitri de Rostov situe cet événement sous Léon VI le Sage (886-912).