L’icône de la Mere de dieu du Buisson Ardent

publicat in Icônes orthodoxes pe 7 Septembre 2014, 17:15

Texte écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Eglise Russe », 1999, moniale Sofia.

Distributeur : Librairie des Editions L’Age d’Homme à Paris.

L’icône reproduite ici provient de l’église de Kichert, dans la région de Perm en Russie (1604-1605). Sverdlovsk, Galerie de Peinture. Cette icône fut restaurée en 1988-1990.

La Sainte Église chante dans le Dogmatique du ton 2 aux Vêpres du samedi soir :

« L’ombre de la Loi s’évanouit devant la Grâce et, comme brûlait le buisson ardent sans être consumé, ô vierge Tu as enfanté et vierge Tu es demeurée, le Soleil de justice s’est levé au lieu de la colonne de feu ; à la place de Moïse voici le Christ, le Sauveur de nos âmes ».

Et dans le Théotokion du 1er ton du mercredi soir aux Vêpres : « … Moïse vit Ton mystère de ses yeux de voyant : c’est le buisson qui brûlait sans être consumé, car le feu de la divinité n’a pas brûlé Ton chaste sein. (…) »

Le thème du Buisson ardent, embrasé mais non consumé, reconnu comme une préfiguration de la conception virginale, n’est guère associé à la Vierge dans l’iconographie byzantine avant le XIème siècle et se développe au XIIIème siècle, en particulier autour du monastère Sainte Catherine du Sinaï.

Il s’introduit dans la peinture monumentale sous les Paléologue. C’est à cette même époque que les icônes à la Mère de Dieu se multiplient et que naît une illustration de l’Hymne Acathiste. L’exaltation de la Vierge apparaît en Russie dans la peinture du XVIème siècle. C’est au cours de cette même période que les représentations du Jugement Dernier se multiplient dans ce même pays.

L’icône a été inscrite en Russie dans le calendrier liturgique en 1680 et est célébrée le 4 septembre en même temps que le prophète Moïse.

Les deux icônes les plus vénérées se trouvent dans l’église moscovite de la Mère de Dieu du Buisson Ardent.

Sur le plan de la représentation, cette icône a une thématique abstraite et allégorique. Elle est exégétiquement complexe. Mais dans la réalité, ces icônes, en Russie, sont vénérées avec simplicité, même si elles semblent « compliquées ». C’est en effet vers ces icônes que le peuple se réfugie spontanément lorsqu’il y a des incendies terribles ou de gros orages : il accourt auprès de la Mère de Dieu pour Lui demander Sa protection.

La représentation de la Mère de Dieu du Buisson Ardent figure une étoile à huit branches, composée de deux quadrangles à angles aigus avec des extrémités concaves. Un quadrangle est de couleur rouge vif ; il mémorise le feu annoncé par la vision du buisson de Moïse ; l’autre est, selon les icônes, d’aspect vert, vert bleu, marron : il indique la couleur naturelle du buisson qui s’est conservé, même lorsqu’il était en proie aux flammes. La Vierge très Sainte est dessinée à l’intérieur de l’étoile à huit branches (Huit étant le nombre qui exprime l’accomplissement de la création, le Huitième jour, celui du nouveau monde, et c’est aussi le jour de la Résurrection.), comme si Elle était dans le buisson. Elle est représentée avec le Petit Enfant qui existait avant les siècles. Dans les angles du quadrangle rouge il y a un homme, un lion, un bœuf et un aigle comme signes manifestes du récit particulier des quatre évangélistes sur la vie et l’enseignement de ce Feu Divin et Immatériel que la Sainte Vierge Marie reçut sans brûler dans Son sein. Dans les angles du quadrangle marron, il y a des images des Anges de l’Apocalypse avec les fléaux.

Des visions prophétiques sont exprimées dans les angles de l’icône : en haut à gauche, Moïse s’agenouille devant le buisson ardent dans lequel est représentée la Mère de Dieu du Signe ; à droite un séraphin s’approche d’Isaïe pour lui purifier les lèvres avec un charbon ardent ; en bas à gauche, Ézéchiel a la vision du Temple reconstruit, qui conserve une porte fermée (« Personne n’y passera, parce que c’est par là qu’est entré le Seigneur, le Dieu d’Israël. » Ez. 44,2) qui symbolise la Vierge de qui naîtra le Christ. En bas à droite, enfin, est figurée l’échelle de Jacob.

Autour, les puissances angéliques dominent les puissances de la nature (symbolisées dans les attributs que chaque ange tient dans ses mains).

La Mère de Dieu qui est également évoquée par le symbole d’une échelle (qui depuis l’Incarnation a réuni le ciel et la terre), porte dans Son sein, Emmanuel, le Sauveur des païens. Elle tient les attributs qui symbolisent les prophéties de l’Ancien Testament : l’échelle de Jacob et le rocher de Daniel. La prophétie concernant l’échelle de Jacob est lue aux fêtes de la Mère de Dieu. Le rocher qui n’a pas été arraché de main d’homme à la montagne (Daniel 2,45) a donné lui-même un type d’icônes de la Mère de Dieu. Le rocher qui a ébranlé les quatre royaumes de ce monde est interprété comme une préfiguration du Christ. Quant à la chute du rocher qui s’est détaché tout seul de la montagne, elle est perçue comme le symbole de la naissance miraculeuse du Christ, conçu par une vierge.

Une inscription entoure le quadrangle marron : il s’agit de louanges à la Mère de Dieu, La comparant à divers éléments.

Nous avons choisi de présenter cette icône pour le mois de septembre, malgré sa complexité », car en Roumanie, près de Bucarest, il y a un monastère célèbre où se trouve une icône de la Mère de Dieu du Buisson Ardent. Il s’agit du monastère Saint-Antime. C’était dans ce cadre monastique que se réunissait le groupe d’Antime, dans les années 1940-1950. Ce groupe était composé d’intellectuels roumains, clercs et laïcs, et s’appelait le « Buisson Ardent ». Ce groupe de réflexion sur le renouveau de l’Orthodoxie fut inspiré par la présence temporaire d’un moine russe, Jean l’Etranger (Ivan Strannik), originaire du monastère d’Optino, et ayant au cœur la tradition philocalique et la transmission de la pensée hésychaste.

Iconographiquement parlant, il y a des icônes de la Mère de Dieu du Buisson Ardent plus simples, parfois très belles : la Vierge se tient dans un buisson en flammes.

On trouve aussi l’appellation « la Vierge du Buisson Ardent », comme type iconographique de représentation de la Mère de Dieu. La Vierge avec l’Enfant dans Ses bras, placé contre Sa poitrine, est représentée entre saint Jean Baptiste et Moïse, ou entre Moïse, Elie et saint Nicolas.

Au contraire de l’icône de la Mère de Dieu de la Passion que nous avons présentée le mois dernier, l’icône de la Mère de Dieu est à l’origine de plusieurs offices et acathistes, dont un qualifié « d’hésychaste ».

Le tropaire (dans la traduction de père Denis), du Ton 4, est le suivant :

« Celui qui, dans le feu du buisson non consumé dont Moïse eut jadis la vision, mystérieusement préfigura Son incarnation de la Vierge Marie, Celui-ci encore à présent comme auteur de merveilles et créateur de l’univers a glorifié de miracles Son image sacrée, la donnant aux fidèles pour la guérison des maladies et la protection contre le feu des incendies ; c’est pourquoi nous crions à la Toute Bénie : Espérance des chrétiens, préserve du malheur, de la foudre et du feu ceux qui espèrent en Toi et sauve nos âmes, dans la tendresse de Ton cœur. »