publicat in Parole de l'Évangile pe 5 Septembre 2014, 16:36
Matthieu 25, 31-46 « Jugement dernier » *
Cette péricope évangélique – devenue ‘récitatif’ par le fait qu’elle a été traduite et mise en forme, puis mise en musique et illustrée par des gestes, dans le but d’être ruminée et méditée à loisir, puisqu’elle aura été fixée dans la mémoire de façon précise – est le fruit du travail de l’Association Parole & Geste. (www.parole-et-geste.org) C’est elle qui a été retenue pour l’Université d’Eté 2014.
Une observation attentive de la mise en page, permet de noter que pour ceux qui sont à la droite, le Fils de l’Homme est ‘le roi’, eux-mêmes sont ‘les justes’, et le Royaume leur a été préparé depuis l’éternité : il n’a jamais été question d’autre chose ;
pour ceux qui sont à la gauche, ce n’est pas pareil : ils sont ‘eux’ ou ‘ceux-ci’, et le Fils de l’Homme est ‘il’. Personne n’a de nom. Ils n’avaient donc pas de relation ? De plus, ils ne sauront jamais que les ‘très petits’ sont les frères du Fils de l’Homme. Tout ceci est à méditer.
Deux aspects m’ont particulièrement frappée :
1) Est ‘juste’ celui qui plaît à Dieu parce qu’il accomplit des commandements qui ont été énoncés très, très tôt – on les trouve précisés dans Job 31,16-20 et 31-32 et 40 ; dans Isaïe 58, 1-12 ; et dans Ezéchiel 18, 5-9 – à savoir, donner du pain à l’affamé, vêtir celui qui est nu, accueillir l’étranger, etc. C’est à dire tout simplement, si je puis dire, pratiquer la miséricorde.
Tel est « celui qui fait la volonté de mon Père » (Mt 7, 21) Matthieu insiste toujours sur la pratique.
2) Pourquoi les brebis sont-elles « bonnes », et les chèvres « mauvaises » ?
En fait, en grec, il y a ‘probaton’ pour brebis, et ‘ériphos’ (v.32) ou ‘ériphion’ (v.33) pour chèvre.
‘Probaton’ est un mot neutre, et signifie principalement le petit bétail : l’ensemble des ovins et des caprins. Parmi eux on choisit des bêtes d’un an sans défaut pour les sacrifices. Parmi eux aussi on choisit l’agneau ou le chevreau qu’on mangera pour la Pâque : on a le choix, c’est précisé. (Ex 12, 5)
Parfois, et si dans la même phrase il est parlé de caprins, ce qui est le cas ici, ‘probaton’ signifiera plus précisément ‘brebis’. (Gn 31, 38 et Gn 32, 15 Dialogue de Jacob avec Laban).
Dans Isaïe 53,7 le ‘mouton’ qui va à l’abattoir sans ouvrir la bouche, c’est probaton. (Et dans la suite du verset, l’agneau muet devant celui qui le tond, c’est ‘amnos’, l’agneau.)
‘Eriphos’ est un nom masculin ou féminin, qui signifie ‘chevreau’ ou ‘chevrette’. ‘Eriphion est son diminutif, il est neutre.
Qu’ont-ils donc fait qui les disqualifie, ces charmants chevreaux, chevrettes et cabris ?
Dans la Bible on en parle soit comme d’animaux de sacrifice, soit comme de cadeaux ou comme de menu pour un repas de fête. Ex : Le frère du fils prodigue reproche à son père de ne lui avoir jamais donné même un chevreau pour festoyer avec ses amis. (Luc 15, 29).
En Genèse 27, 9 Rebecca demande à Jacob « deux chevreaux (‘ériphoi’ au pluriel) tendres et beaux … J’en ferai un régal pour ton père… »
Mais Jacob proteste : (Gn 27,11) Je suis un homme lisse, mon frère est un homme velu. Le père va me reconnaître .... Alors sans hésiter, avec la peau des chevreaux, elle lui recouvre la peau des mains et de la nuque. Et le tour est joué ! Isaac, en le palpant s’y trompera.
Apparemment, c’est dans ce ‘velu’ qu’est la clé de notre énigme : Une note de ‘La Bible d’Alexandrie LXX’ (Le Cerf, 2010), dit à la page 215 pour le verset 27,11 : « Lisse, glabre », ici opposé au caractère « velu » d’Esaü. Sur l’opposition symbolique Jacob-Esaü, (…) « lisse » désigne la vertu ; « velu », le mal.
Donc, dans cette première occurrence de ‘ériphos’, c’est son caractère velu qu’il faut retenir.
Mais les ‘probata’ aussi ont des poils … ? Oui, mais ce n’est pas cela qu’il faut retenir.
Pour ‘probaton’, on a dans le Psaume 78/77, au verset 52:
« Il prit en main son peuple comme des brebis (probata)
« et il les fit monter comme un troupeau dans le désert … » Ainsi Dieu s’occupe d’eux et les protège.
Puis il y a : « Mais ils se révoltèrent » (v.57) Et patatra ! Voilà la colère entre Dieu et son peuple !
Donc, ‘probata’ désigne le peuple de Dieu quand il ne se révolte pas, qu’il est en paix avec son Dieu, et accomplit sa volonté en vue du salut du monde, comme fait le Christ notre Maître et notre Sauveur. Et les chèvres, ‘ériphoi’ signifient les révoltés que Dieu vomit.
Mais il ne faut pas perdre espoir car il y a toujours le pardon. Le repentir et le pardon. Gloire à Dieu.