Lettre Pastorale

publicat in Lettre Pastorale pe 1 Septembre 2014, 15:33

Chers frères et sœurs dans le Seigneur,

Cette année, les activités de notre Métropole ont eu comme point culminant l’organisation du Congrès de la Métropole et de l’Assemblée Métropolitaine hébergés par l’Evêché Orthodoxe Roumain d’Espagne et du Portugal, au cœur du sanctuaire de Valle de los Caidos - Escorial, Espagne, les 11-15 juin. Les deux organismes statutaires de notre Métropole, constitués de représentants des Centres éparchiaux, des paroisses et des monastères, clercs et laïcs, représentent un cadre de manifestation pour la communion et la co-responsabilité dans la recherche de solutions aux problèmes communs administratifs et de mission pastorale, mais aussi une bonne occasion pour approfondir des thèmes spirituels importants pour la vie de chacun d’entre nous et pour les communautés au sein desquelles nous vivons notre foi. A cet événement ont participé plus de 170 délégués de toute la métropole.

Comme le Saint Synode de l’Eglise Orthodoxe Roumaine a déclaré l’année 2014 comme Année Hommagiale Eucharistique des Saints Sacrements de la Confession et de la Communion, les travaux du Congrès de la Métropole ont eu comme sujet d’analyse et de débat ces deux Saints Sacrements. Les conférences présentées et les discussions plénières ou au sein des groupes de travail nous ont aidées à approfondir ces thématiques et à en saisir l’importance dans la vie de chacun d’entre nous et dans la dynamique de la mission des paroisses et des monastères.

Le congrès métropolitain a pour vocation d’apporter un profit spirituel à tout le clergé, aux moines et aux laïcs de nos communautés, c’est pourquoi nous considérons profitable de vous partager les enseignements les plus importants et les conclusions qui sont issues de cette manifestation.

En premier lieu, nous vous rappelons que tout le service sacramentel de l’Eglise est une manifestation du lien entre l’action de la grâce et la disponibilité de la personne humaine de s’engager dans la voie du Salut. En parlant de cette activité sacramentelle de l’Eglise, le Père Dumitru Stăniloae montre qu’à travers le Sacrement du Baptême, chacun devient membre de l’Eglise, à travers une première union avec le Christ, et à travers les autres Sacrements est accentuée encore plus, ou se rétablit, l’union des membres de l’Eglise avec le Christ, son Chef, consolidant ainsi l’unité ecclésiale1. Les Saints Sacrements, manifestations restauratrices par le travail de la grâce, sont également des remèdes que nous offre le Christ à travers l’Eglise, et qui sont reçus par les fidèles de manière libre et avec tout le discernement, pour la santé de l’âme et du corps. Le Saint Sacrement de la Confession et le Saint Sacrement de la Communion ont un rôle primordial dans l’obtention du Salut. A travers eux, Dieu pardonne nos péchés et nous renouvelle, en tant qu’héritiers du Royaume des Cieux. C’est pourquoi, le Christ Sauveur nous parle en nous disant : Je suis le Pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. (Jean 6, 51; 54; 56).

Ces paroles ont déterminé l’Eglise, dès ses commencements, à considérer ceux qui ne communient pas au Saint Corps Sang comme se séparant de l’Eglise comme Corps du Christ. Le Canon 11 Sardique, appuyé par le Canon 80 Trulan montre que l’Eglise ne peut pas tolérer la non-participation à la Divine Liturgie plus de trois dimanches de suite, et les Canons 9 Apostolique et 2 Antioche nous montrent que la participation est couronnée par la Sainte Communion, et ceux qui participent à la Divine Liturgie, en écoutant l’Evangile et les prières, sans communier, sont considérés par l’Eglise comme "compromettant le bon ordre établi".

Par le Baptême, le chrétien s’est uni au Christ comme par une "greffe" et on sait bien que la greffe, pour ne pas se dessécher, a le besoin vital d’être nourrie par la sève du tronc. De même, chaque chrétien a besoin de cette nourriture, afin de pouvoir avoir la vie en lui. C’est pourquoi le Sauveur appelle Son Corps et Son Sang vraiment une nourriture et vraiment un breuvage (cf. Jean 6, 55).

Le fait de rester trop longtemps éloigné de cette nourriture salutaire favorise l’apparition et le développement des maladies de l’âme, contre lesquelles l’homme ne peut pas lutter tout seul. C’est pourquoi, Saint Ignace d’Antioche, grand martyr tué à Rome pendant les festivités présidées par l’Empereur Trajan à l’occasion de l’inauguration de sa Colonne (113 apr. J.-C), après sa victoire en Dacie, disait que la Sainte Communion est le remède de l’immortalité (farmakon athanasias). Cette révélation a été assumée par l’Eglise et est exprimée par la prière de préparation pour la Sainte Communion, dans laquelle nous demandons que celle-ci soit pour la guérison de l’âme et de l’esprit ; elle est aussi soutenue par les Saints Pères. Saint Jean Chrysostome nous dit que le Corps et le Sang du Christ reçus par celui qui communie manifestent leur pouvoir de guérison dans tout notre être. Saint Basile le Grand et Saint Jean Damascène nous montrent que les Saints dons purifient l’âme et le corps de celui qui communie, de tout péché et de toute souillure qui a pu le frapper après le baptême, à cause de sa négligence à vivre conformément aux dons qu’il y a reçus. Saint Nicolas Cabasilas nous montre que Le repentir et le combat contre les péchés sont certainement des remèdes, mais s’avèrent inefficaces si on n’y ajoute pas la thérapie fondamentale qu’est la Sainte Communion. Les Saints Sacrements – note le même Père – ont le pouvoir de restaurer [en nous] l’image [de Dieu] dès que celle-ci commence à se déformer, à restaurer la beauté de notre âme, à guérir la matière qu’il y a en nous, dès qu’elle commence à être altérée, et à corriger notre volonté qui a fléchi.

En entendant ces principes vitaux pour le Salut de l’homme, nous nous demandons comment l’homme de nos jours, plein de péchés et cerné par tant d’impuissances et de tentations, peut arriver à s’approcher fréquemment de la Sainte Communion, sans que ce soit pour son jugement ou sa condamnation ? A cette question nous répond d’abord le Saint Apôtre Paul, en disant : Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe (1 Cor. 11, 28).

Que signifient en fait ces paroles, que chacun s’éprouve soi-même ? Cela signifie qu’il examine sa conscience et qu’il confesse au Christ, devant le prêtre qui est son témoin, tout ce que sa conscience lui signale avoir fait de mal, en identifiant avec celui-ci, comme il le fait avec un médecin pour le corps, les symptômes du péché, et en recevant par lui le remède de la guérison.

Comme il est dit dans la règle de préparation pour la Confession, le prêtre est un témoin, confessant devant le fidèle qui se repent l’enseignement de l’Eglise et le chemin du Salut, et devant le Christ l’état de repentir et le désir de se corriger devant celui qui confesse. Ceci représente en fait l’essence de la Confession, qui, loin d’être limitée à un simple interrogatoire, ou un jugement, a la vocation d’être une libération et une purification continuelle de l’âme, qui, pour être sereine et tranquille, a besoin d’un permanent renouvellement.

La Confession est aussi appelée un second Baptême, et c’est un renouvellement du vêtement lumineux qui a été souillé par les péchés. Si dans le Baptême nous nous unissons au Christ, la Confession est également la voie vers l’union au Christ dans la Sainte Communion reçue elle aussi pour le pardon des péchés et la vie éternelle. Ainsi, l’homme impuissant est soutenu par l’Eglise pour être tiré du péché et il est réintégré au Corps Mystérieux du Christ.

Les deux Saints Sacrements, ensemble, établissent le Fils de Dieu Ressuscité dans nos cœurs, dans la chambre intérieure, là où le Sauveur nous a exhortés à entrer pour prier, le lieu où est accumulé notre trésor. C’est là, dans le cœur, que le fils prodigue rencontre son Père aimant, qui ne l’a même pas laissé achever sa confession, lui faisant miséricorde, car il avait vu son repentir, signe de la restauration de son être.

La restauration de l’être, le repentir, est la voie vers la rencontre avec le Christ. Cet état ne peut pas être simplement épisodique, au gré des quatre carêmes ou au moins une fois par an. C’est un travail spirituel permanent, qui commence au moment où l’on devient conscient de l’œuvre accomplie par le Christ en nous, indignes serviteurs, et finit seulement au moment où le Dieu miséricordieux et qui aime les hommes nous appelle à la vie éternelle. Saint Basile le Grand souligne cette vérité en nous disant que Le repentir doit se faire le long de toute la vie

Le repentir comme changement de l’esprit, comme renoncement au vieil homme, comme éloignement du péché, et accomplissement des vertus, est la voie d’entrée dans la volonté de Dieu, rencontre avec Celui qui désire que tout homme qui vient dans le monde soit sauvé, et se nourrisse par la véritable nourriture et le véritable breuvage (Jean 6, 55). Ainsi, de même que la nourriture corporelle donne la force et la vie au corps pour qu’il puisse vivre dans ce monde, ainsi le Corps et le Sang du Sauveur nous donnent la force et nous aident à combattre le péché, dans ce processus du repentir pour obtenir la vie éternelle.

Chers fidèles,

Il est bon de savoir que notre premier souci, en tout temps, doit être d’accomplir les commandements et les paroles du Christ Seigneur qui a été crucifié, est mort, est ressuscité et a élevé la nature humaine aux cieux pour nous, dans tout ce que nous pensons, disons ou faisons !

Pour pouvoir accomplir le commandement salutaire de la communion à Son Corps et à Son Sang, l’Eglise nous donne aussi bien les moments convenables, que la manière de nous préparer et ainsi chaque jour retrouve son sens dans l’économie du Salut, et le cœur de notre vie commence à battre selon le rythme de la Divine Liturgie.

En faisant attention aux paroles du Seigneur, comme des paroles de la vie éternelle (cf. Jean 6, 68), toute âme qui s’est unie au Christ par le Baptême, va chercher à les accomplir et les garder, afin de respecter ainsi le commandement de l’amour, comme nous l’enseigne le Seigneur Lui-même: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole (Evangile de Jean 14, 23). C’est pourquoi, dès le commencement, les apôtres et ceux qui les ont suivis, ont cherché à accomplir ces paroles, d’autant plus que le Seigneur les a affermis, la nuit où Il a été vendu, ou plutôt Il s’est donné Lui-même pour la vie du monde, ayant pris du pain dans ses mains saintes et immaculées, ayant rendu grâce, l’ayant béni, consacré, rompu, il le donna à ses saints disciples et apôtres en disant : Prenez, mangez, ceci est mon Corps qui est rompu pour vous, pour la rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi(cf. Luc 22, 19).De même Il prit la coupe, après le souper, en disant : Buvez-en tous, ceci est mon Sang, de la Nouvelle Alliance, qui est répandu pour vous et pour beaucoup,en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. Cartoutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'Il vienne. (cf. Luc 22, 20 ; 1 Corinthiens 11, 25-26; et la Divine Liturgie de Saint Basile le Grand).

L’Eglise nous exhorte à nous garder de la piété trompeuse qui nous tient loin de la Sainte Communion mais aussi de prendre garde à ne pas communier avec négligence. Saint Jean Chrysostome dans les prières de préparation pour la Divine Liturgie nous exhorte à dire : Car je ne m'approche pas de toi, ô Christ Dieu, avec négligence, mais avec confiance dans ton ineffable bonté, de peur que, complètement privé de communication avec toi, je ne sois saisi par le loup mystique ravisseur.

Cette capacité à s’examiner soi-même pour ressentir la Joie de s’éloigner du péché et rencontrer le Christ en rend digne le fidèle. Nous voir indignes de la Sainte Communion n’est pas une raison de nous éloigner des Saints dons mais au contraire, c’est un signe de lucidité spirituelle. Personne n’est pur devant Dieu, et personne n’est digne de communier au Tout-Saint, mais pourtant, c’est Lui qui se donne aux malades qui ont besoin de guérison. Il est bon de savoir et de comprendre que ce n’est pas nous qui devenons dignes de ce grand don de Dieu, mais c’est Dieu qui nous en rend dignes, lorsqu’Il trouve en nous un cœur broyé et humilié qu’Il ne méprisera point (Ps. 50). Dieu qui est sans péché ne regarde pas le péché, ne regarde pas par où l’homme a péché, mais Il regarde la sortie du péché pour aller vers le Salut.Le vénérable Teognost dit : Nous ne serons pas punis et condamnés dans l’éternité pour avoir péché, mais parce qu’en ayant péché nous ne nous sommes pas repentis et nous n’avons pas quitté la voie mauvaise pour aller vers le Seigneur.

La Sainte Communion n’est donc pas un prix que quelqu’un recevrait pour ses efforts, mais un don de guérison. Le don de la Communion doit être reçu avec une conscience pure dont nous parle Saint Jean Chrysostome dans sa XVIIIème Homélie sur les Hébreux : certains chrétiens communiaient plus souvent, d’autres plus rarement, mais ni les habitudes, ni les délais ne doivent vous exhorter à vous approcher (des Saints Sacrements), mais la pureté et l’ascèse de l’âme, l’esprit purifié. Le temps de la communion pour vous doit être la conscience pure.

Voici, donc, que les deux Saints Sacrements représentent ensemble une aide et une arme que nous devons, nous les fidèles, utiliser pour grandir à la ressemblance de Celui qui nous a appelés du non-être à l’être.

En tant que pères spirituels, nous les hiérarques du Synode Métropolitain de la Métropole Orthodoxe Roumaine de l’Europe Occidentale et Méridionale, vous exhortons à mener une vie spirituelle zélée pour la confession et la communion, avec le discernement et la conscience pure, sachant que nous nous trouvons dans une guerre spirituelle continuelle, et qu’il est important de gagner, avec l’aide de Dieu, cette guerre, en nous relevant des défaites passagères, et en demeurant ainsi obéissants à Dieu pour accomplir sa volonté.

Enfin, nous souhaitons vous partager la décision du Congrès de cette année, d’organiser une fois tous les quatre ans la rencontre de tout le clergé et des représentants des plus de 600 paroisses, monastères et ermitages de notre Métropole, lors d’un Grand Congrès, dont le premier est prévu pour l’année 2016, pour avoir ainsi la joie de la communion les uns avec les autres, et pouvoir nous nourrir spirituellement de Celui qui nous unit tous, le Christ, notre Vie et notre Salut.

Avec nos bénédictions paternelles pour le commencement de la Nouvelle Année Ecclésiale, vos pères qui prient Dieu pour vous,

† Métropolite JOSEPH
de la Métropole Orthodoxe Roumaine de l’Europe Occidentale et Méridionale
 
† Evêque SILOUANE
de l’Evêché Orthodoxe Roumain d’Italie
 
† Evêque TIMOTHEE
 de l’Evêché Orthodoxe Roumain de l’Espagne et du Portugal
 
† MARC DE NEAMȚ
Evêque Vicaire de l’Archevêché Orthodoxe Romain de l’Europe Occidentale
 
† IGNACE DE MUREȘ
 Evêque Vicaire de l’Evêché Orthodoxe Roumain de l’Espagne et du Portugal


1. Dumitru Stăniloae, Teologia Dogmatică III, IBMO, București 1997, p. 11.